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Avec Bibilolo, l’imaginaire « sans frontière » de Marc Monnet

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Monte-Carlo. Printemps des Arts. Théâtre des Variétés. 5-IV-2021. Marc Monnet (né en 1947) : Bibilolo, opéra de chambre en douze tableaux pour objets manipulés et claviers électroniques ; mise en scène, construction et manipulation, Arno Fabre ; Éric Dubert, Latifa Le Forestier, constructions et manipulations ; Frédéric Blin, lumière et interprétation vidéo live ; Joris Guibert, recherche et création vidéo ; Laetitia Grisi, Julien Martineau, Stéphanos Thomopoulos, claviers ; Thierry Coduys, Sylvain Nouguier, informatique musicale

Les premières images projetées sur l’écran sont celles du Jardin des Délices de Jérôme Bosch : une fantasmagorie joyeuse et un espace-monde où la vie foisonne et l’imaginaire s’enflamme. La toile du peintre a porté le travail du metteur en scène Arno Fabre dans Bibilolo, l’opéra de chambre en douze tableaux de Marc Monnet donné aux Théâtre des Variétés dans le cadre du Printemps des Arts de Monte-Carlo.

Bibilolo est un opéra sans texte ni chanteurs, sans histoire non plus (ou alors celle que l’on veut bien se raconter). C’est un spectacle « par numéros », comme ceux qui se succèdent, sans logique apparente, dans l’univers du cirque notamment : celui de la marionnette un rien intrigante, manipulée par Latifa Le Forestier, qui vient sur le devant de la scène avec une sorte de longue-vue, ou, plus réussi encore, celui du robot qui exécute une chorégraphie très stylisée. La musique de Marc Monnet nous parvient des haut-parleurs ; elle provient des trois synthétiseurs placés sur les côtés de la scène et joués en direct par les interprètes, Laetitia Grisi, Julien Martineau et Stéphanos Thomopoulos. Musique d’objets sonores qui s’invente à mesure, elle contribue, avec les artistes-manipulateurs sur la scène et les lumières qui modèlent l’espace et jouent avec les ombres, à donner vie à une foule de choses, poupées désarticulées, animaux et oiseaux en plastic, qui cohabitent sur le plateau.

Tout est actionné manuellement et sous nos yeux dans ce spectacle en train de se faire, le geste participant poétiquement du mouvement scénique : changements de plateau opérés par un balai-nettoyeur, apparitions et disparitions, grâce aux fils qui les relient, des « objets-acteurs » voyageant jusqu’aux cintres où ils sont momentanément immobilisés. « Plusieurs actions peuvent se dérouler simultanément et sur différents plans (au sol, dans l’air…) comme autant de couches évoluant dans des temporalités et des espaces différents », explique Arno Fabre ; la conception visuelle est en lien avec la musique de Marc Monnet, superposant elle aussi les strates sonores dans un univers bruitiste autant que poétique qui renouvèle à l’envi les morphologies sonores (impacts sourds, glissades, sons-fusée, itérations, signaux, bruits de nature, etc.) tout en favorisant la cinétique de mouvements répétitifs. A noter cette horloge qui fait partie du décor et que l’on entend souvent sonner à travers les haut-parleurs, clin d’œil à Ravel et à ses « sortilèges ». On passe d’ailleurs dans Bibilolo, de la chambre d’enfant au jardin peuplé de chants d’oiseaux synthétiques, où ce n’est plus l’horloge qui sonne mais les cloches qui résonnent au lointain. Marc Monnet joue avec les sons et s’en amuse. En témoignent ses mimiques réjouies à l’écoute de sa propre musique dans une séquence très drôle où il apparaît sur l’écran. « L’emploi des sons électroniques apporte une réponse satisfaisante à ce besoin d’imaginaire », nous dit le compositeur, adepte du low-tech (la modulation de fréquence des anciens DX7), qui modèle son dispositif sonore au gré de son désir d’invention.

Bibilolo est un spectacle pour les petits et pour les grands, une féérie sonore et visuelle où le jeu et le plaisir sont la règle.

Crédit photographique : © JM Emportes / Printemps des arts de Monte-Carlo

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