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Le Troisième livre de pièces de viole de Marais par l’Achéron

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Marin Marais (1656-1728) : Troisième livre de pièces de viole. François Joubert-Caillet, basse de viole ; L’Achéron : Sarah Van Oudenhove, basse de viole ; Robin Pharo, basse de viole ; Miguel Henry, théorbe, guitare ; André Heinrich, théorbe ; Philippe Grisvard, clavecin. 4 CD Ricercar. Enregistrés en septembre 2017, septembre 2018 et mai 2019 en l’église Notre-Dame de Centeilles. Livret en anglais, français et allemand. Durée totale : 4:20:24

 

L’Achéron poursuit son projet d’intégrale des cinq livres de pièces de viole de , avec la parution d’un nouveau coffret consacré au Troisième livre de 1711.

Le corpus des pièces de viole de Marais comprend près de six cents pièces. Le Troisième livre est publié dix ans après le précédent, alors que le musicien de la Chambre du Roi n’a plus rien à prouver, ayant connu les plus grands succès à la cour et à la ville avec ses tragédies lyriques (voir le portrait que nous lui avons consacré). Mais la concurrence avec la nouvelle génération de violistes est rude, et Marais a besoin d’asseoir sa réputation de maître incontesté. Dans son « Avertissement », il annonce vouloir offrir au public des pièces « plus faciles d’exécution » que dans le livre précédent, mais aussi quelques pièces « pour contenter ceux qui sont le plus avancez« . C’est ainsi qu’on trouve dans le Troisième livre des danses suivies de leur double d’une grande virtuosité. Comme dans les livres précédents, les pièces sont classées par tonalités et c’est à l’interprète de puiser dans une même tonalité pour constituer sa propre suite. Ici, comme il s’agit d’une intégrale, François Joubert-Caillet enchaîne toutes les pièces d’une même tonalité, ce qui conduit à des ensembles qui peuvent atteindre la demi-heure. En plus des danses qui forment traditionnellement la suite (allemandes, courantes, sarabandes, gigues…), on trouve ici de nombreuses pièces de caractère qui apportent de la variété au programme et témoignent de l’évolution du langage de la musique instrumentale. Pour Marais, l’expérience de la musique de théâtre est passée par là, et la vocalité de la ligne mélodique est l’atout principal de ce Troisième livre.

Un des intérêts de cette intégrale, outre ses grandes qualités expressives, est le choix de varier l’instrumentation de la basse continue d’une suite à l’autre. Comme dans les deux précédents volumes, l’enregistrement de ces pièces s’étend sur plusieurs années, avec des continuistes différents. Selon les cas, le continuo se compose d’une deuxième viole associée aux cordes pincées : clavecin, guitare ou théorbe. Il y a même deux suites où le clavecin remplit seul la fonction de continuiste. L’oreille de l’auditeur réajuste ainsi son écoute à chaque suite, tant la réalisation de l’accompagnement influence l’ensemble du jeu, plus brillant avec le clavecin, plus intime avec le théorbe. Au clavecin, ne se prive pas de suivre le conseil de Marais qui préconise que l’accompagnement se fasse en imitation de la ligne principale. François Joubert-Caillet rappelle très justement dans le texte du livret que la perception des pièces change selon les conditions extérieures d’écoute et que l’interprétation « demeure intrinsèquement toujours fluctuante ». C’est ce qui fait la richesse de cette intégrale et la rend particulièrement vivante.

Les Préludes par lesquels s’ouvre chaque suite sont des pièces proches du style improvisé, où l’interprète peut donner libre cours à son expressivité. Marais était très précis dans la gravure de sa musique : il ajoute dans le Troisième livre un signe d’ornementation nouveau pour marquer qu’il faut enfler certains sons, en plus des indications d’agréments déjà décrits. Loin d’être un carcan pour l’interprète, ces indications permettent de « donner de l’âme » aux pièces, ce que François Joubert-Caillet réalise à merveille. Il fait aussi la démonstration d’un sens de la danse très affûté. Et puis il y a la virtuosité dans les Doubles, jamais prise en défaut ; dans la Bourrasque qui conclut la Suite en fa majeur, les rafales de doubles croches qui balayent la pièce évoquent les vents impétueux. De même dans la Brillante et le Charivari qui terminent la Suite en ré majeur, où les deux violes se partagent le devant de la scène. Dans cette suite, l’accompagnement n’est pas en reste de moments virtuoses, avec les spectaculaires diminutions de la basse dans deux gigues où la viole de se déchaîne. Mais c’est dans les pièces tendres que les interprètes nous touchent le plus : la Sarabande de la Suite en la mineur, le Prélude de la Suite en sol mineur ou la Plainte de la même suite, riche en chromatismes déchirants, sont autant de moments de grande émotion où la viole se fait élégiaque. Un seul petit regret : que le livret ne dise rien de la facture de la viole jouée par François Joubert-Caillet. On attend maintenant avec impatience le prochain volume de cette grande intégrale.

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Marin Marais (1656-1728) : Troisième livre de pièces de viole. François Joubert-Caillet, basse de viole ; L’Achéron : Sarah Van Oudenhove, basse de viole ; Robin Pharo, basse de viole ; Miguel Henry, théorbe, guitare ; André Heinrich, théorbe ; Philippe Grisvard, clavecin. 4 CD Ricercar. Enregistrés en septembre 2017, septembre 2018 et mai 2019 en l’église Notre-Dame de Centeilles. Livret en anglais, français et allemand. Durée totale : 4:20:24

 
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