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Cursus Ircam 2021 : Au croisement du son et de la vidéo

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Paris. Centquatre. 12-VI-2021. Festival Manifeste. Megumi Okuda (née en 1993) : QU pour électronique, (trompette), et vidéo holographique ; Damián Gorandi (né en 1991) : The Perfect anti-object (… a silent agent…), pour percussion et électronique ; Alexandru Sima (né en 1990) : Éqstr_FM, pour électronique ; Matteo Gualandi (né en 1995) : Rituale Ritorno Ricordo pour alto, vidéo et électronique ; Clara Olivares (née en 1993) : Solide, amorphe, fragile et transparent, pour percussion et électronique ; Jon Yu (né en 1988) : This affirmation, pour saxophone alto, vidéo et électronique ; Yang Song (née en 1985) : Phoenix Eye, Dragon Eye, pour violoncelle, geste, live vidéo et électronique ; Didem Coskunseven (née en 1985) : Day was departing, pour ténor, vidéo et électronique ; Jug Marković (né en 1987) : defiant walks barefoot, pour voix, vidéo et électronique. Joshua Hyde, saxophone, Olivia Martin, Rémi Schwartz, percussions ; Vivien Simon, ténor ; Thea Soti, chanteuse ; John Stulz, alto ; Yi Zhou, violoncelle ; avec la participation de Clément Saunier ; Joseph Bona, vidéo holographique ; Thierry De Mey, compositeur associé au Cursus ; Simone Conforti, Jean Lochard, Grégoire Lorieux, Mikhaïl Malt, Sébastien Naves, encadrement pédagogique Ircam

Collaboration, échanges ouverts, interaction constante : ce sont des termes qui animent la recherche des stagiaires du Cursus de composition et d’informatique musicale 2021 de l’ dont le concert à l’affiche de Manifeste investit cette année deux studios du Centquatre à Paris.

Ils sont neufs (quatre filles et cinq garçons, et autant de contrées différentes) à présenter leur travail au terme d’une année passée dans les labos et les studios de l’ avec les chercheurs, ingénieurs du sons, RIM (réalisateurs en informatique musicale) et sous la houlette du compositeur associé au Cursus, . Plus encore que les années précédentes, c’est l’interaction du son et de l’image qui nourrit la plupart des propositions artistiques, impliquant une collaboration étroite du vidéaste et du musicien. Soulignons qu’il s’agit souvent de projets en cours dont l’identité formelle peine parfois à se définir. En cause également, la situation pandémique et la difficulté de finaliser un travail souvent mené à distance par les artistes. Pour des raisons de logistiques scéniques, le concert se déroule en trois temps, déplaçant le public de l’atelier 9 au 11 puis retour dans le 9.

QU de la Japonaise est un projet original, en voie de réalisation. Il engage la présence de Iko (un haut-parleur Ircam en 3D) et la vidéo holographique de Joseph Bona en vue d’une reconstruction sonore et visuelle d’un « vieil ami », le trompettiste Clément Saunier. Son visage et sa voix, via la trompette, prennent vie sous nos yeux et nos oreilles à la faveur d’un dispositif scénique sophistiqué. Mais l’histoire, nous dit la compositrice, ne fait que commencer…

Avec la vidéo toujours, la pièce de l’Argentin , The perfect anti-object (… a silent agent…) sollicite la percussionniste (membre des Percussions de Strasbourg) et l’électronique. L’intention du compositeur est d’immerger l’auditeur dans un contexte sonore urbain et hostile : virtuosité du geste, impacts violents et saturation du matériau y contribuent. A noter, côté électronique, ce jeu pervers des transducteurs mettant en vibration une plaque tonnerre que l’interprète est amenée plusieurs fois à « faire taire » !

Éqstr_FM, la proposition sonore du Roumain Alexandru Sima est acousmatique, conçue sous forme de Hörspiel qui engage un travail électroacoustique très fin sur le matériau sinon sur les voix moins séduisantes.

Subtile et mettant à l’œuvre l’ingénierie technologique, la pièce de l’Italien Matteo Gualandi Rituale Ritorno Ricordo (notre coup de cœur) invite sur scène l’altiste et soliste de l’Intercontemporain John Stulz. Trois anciens postes de télévision aux ondes brouillées occupent le centre du plateau. C’est en fonction du volume de l’alto, dont le timbre est traité et les sons spatialisés, qu’apparaissent les images sur l’écran (apparition tendre d’images familiales) et la couleur émotive du souvenir (Ricordo). Le processus interactif aussi mystérieux que poétique est sublimé par la beauté du son de l’interprète.

Le dispositif imaginé par la compositrice franco-espagnole pour sa pièce Solide, amorphe, fragile et transparent impressionne, avec ses quatre timbales recouvertes d’une plaque de verre et son glass harmonica géant que Rémi Schwartz (également membre des Percussions de Strasbourg) va mettre en action : travail délicat sur la vibration et la résonance des matériaux et belle complicité du geste de l’interprète et de l’électronique live pour forger une matière, évoquant les étapes de la fabrication du verre. L’ interaction du son – celui du saxophoniste – et de l’image – une danseuse filmée – est recherchée, sinon atteinte, dans The affirmation de , états-unien d’origine taïwanaise. Les deux protagonistes se font face, situés très loin l’un de l’autre, « selon une ligne imaginaire qui les relierait de loin », explique le compositeur. La tentative nous laisse un rien dubitative.


Plus convaincante est la proposition, à la croisée des traditions occidentale et asiatique, de la compositrice chinoise dans Phoenix Eye, Dragon Eye, pour violoncelle, geste, vidéo live et électronique. Elle invite la violoncelliste Yi Zou à reproduire sur son violoncelle placé à l’horizontale les gestes requis sur la cithare chinoise Guqin. La vidéo live et les trois canaux de diffusion détaillent en direct le jeu de l’interprète tandis que l’électronique « agit en parallèle ou en contrepoint des actions de l’interprète ». Dans defiant walks barefoot (provocante marche pieds nus), le Serbe Jug Marković est sur scène avec la chanteuse dans ce qui relève plus d’une performance, lui avec son ordinateur et elle avec son texte chanté, la vidéo en sus. On regrette que le travail granulaire sur la voix des premières minutes ne soit pas plus exploité, l’hétérogénéité revendiquée par le compositeur n’opérant par ailleurs que partiellement.

L’espace poétique et onirique que crée la compositrice turque dans Day was departing, pour ténor, vidéo et électronique, nous séduit, tout comme le traitement électronique de la voix. L’œuvre-installation jouée ce soir est à retrouver dans l’exposition Orbital Orchestra initiée dans le cadre de la chaire Supersonique où étudiantes et étudiants des Beaux-Arts et compositrices et compositeurs de l’Ircam ont fait converger leur talent. En acte, cette performance donnée lors du vernissage de l’exposition avec Oren Boneh et Maxime Mantovani aux manettes réagissant aux prouesses physique et gastronomique de deux étudiants des Beaux-Arts, Anaïs Legros et Chucky Schuster. Dans Orbital Orchestra, six installations plastiques et sonores occupent l’espace ovoïde de la scène Melpomène du Palais des Beaux-Arts. Cette collaboration prend la forme d’une partition numérique activée par un dispositif sonore central et programmée par les réalisateurs en informatique musicale Ircam. L’exposition à ne pas manquer est prolongée jusqu’au 18 juillet.

Crédit photographique : © Omer Corlaix

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Paris. Centquatre. 12-VI-2021. Festival Manifeste. Megumi Okuda (née en 1993) : QU pour électronique, (trompette), et vidéo holographique ; Damián Gorandi (né en 1991) : The Perfect anti-object (… a silent agent…), pour percussion et électronique ; Alexandru Sima (né en 1990) : Éqstr_FM, pour électronique ; Matteo Gualandi (né en 1995) : Rituale Ritorno Ricordo pour alto, vidéo et électronique ; Clara Olivares (née en 1993) : Solide, amorphe, fragile et transparent, pour percussion et électronique ; Jon Yu (né en 1988) : This affirmation, pour saxophone alto, vidéo et électronique ; Yang Song (née en 1985) : Phoenix Eye, Dragon Eye, pour violoncelle, geste, live vidéo et électronique ; Didem Coskunseven (née en 1985) : Day was departing, pour ténor, vidéo et électronique ; Jug Marković (né en 1987) : defiant walks barefoot, pour voix, vidéo et électronique. Joshua Hyde, saxophone, Olivia Martin, Rémi Schwartz, percussions ; Vivien Simon, ténor ; Thea Soti, chanteuse ; John Stulz, alto ; Yi Zhou, violoncelle ; avec la participation de Clément Saunier ; Joseph Bona, vidéo holographique ; Thierry De Mey, compositeur associé au Cursus ; Simone Conforti, Jean Lochard, Grégoire Lorieux, Mikhaïl Malt, Sébastien Naves, encadrement pédagogique Ircam

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