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Glass, Ravel, Pépin par Célia Oneto Bensaid : Métamorphoses en Miroirs

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Philip Glass (né en 1937) : Metamorphosis. Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs. Camille Pépin (née en 1990) : Number 1. Célia Oneto Bensaid, piano. 1 CD NoMadMusic. Enregistré en mai 2020 à la Maison de l’Orchestre national d’Île-de-France. Notice en français et anglais. Durée : 73:41

 

Ce disque à la grâce infinie prolonge la séduction des récents concerts de .

Une double audace sous-tend l’ambition de la jeune pianiste, lauréate de nombre de concours internationaux. La première est de donner à entendre les voix d’une famille recomposée : l’aïeul, , à l’autorité indiscutée ; le père, , à la légitimité de moins en moins contestée ; la fille, , aux lauriers verts mais déjà vigoureux. Pépin a écouté les enseignements de ces deux figures tutélaires et cela s’entend dans sa musique, où science (Ravel) et séduction immédiate (Glass) font très bon ménage. Célia Oneto Ben Said imagine le compositeur américain en poseur de fondations. Ce qu’elle démontre d’emblée avec aplomb, en enchaînant La vallée des cloches ravélienne à la Metamorphosis One glassienne (celle que tout pianiste débutant peut « jouer sous la douche ») qui ouvre le disque, les quatre autres venant régulièrement rappeler l’assise troublante desdites fondations.

Une seconde audace caractérise ce disque aux transitions très pensées : en plus de mélanger trois univers musicaux (les 5 Metamorphosis de Glass, les 5 Miroirs de Ravel, Number 1 de ), Celia Oneto Bensaid, pour étayer sa démonstration, bouleverse également l’ordre des pièces de chaque cycle. Que les réfractaires au genre (nous en sommes) peuvent se rassurer : la démarche militante de la pianiste (qui avait enchanté la clôture du dernier Festival de Besançon, dont ce disque, à une exception près – The Road not taken, de Camille Pépin – reproduit le minutieux déroulement) n’a rien en commun avec les visées racoleuses autant que vaines du « crossover » ! Les pièces défilent avec une logique imparable tandis que la délicatesse d’un toucher de cristal parachève la démonstration. L’irréprochabilité de la prise de son fait le reste. L’art et la manière des trois compositeurs ressortent magnifiés. Sur Glass (et notamment sur l’inusable Metamorphosis Two) sont enfin osées des nuances bien éloignées de bien de la plupart des interprétations précédentes, en tous cas totalement affranchies de l’interprétation originelle du compositeur (CD Sony, 1989). Ravel bénéficie de l’arachnéenne transparence nécessaire. Et Pépin retrouve en (dédicataire, interprète et créatrice de plus d’un de ses opus), l’interprète idéale de la compositrice à suivre qu’elle est.

Le geste audacieux de ce disque ajoute une version qui n’en est pas « une de plus » à la petite vingtaine existante des Métamorphoses. Et l’on caresse l’espoir que la critique musicale française, longtemps impitoyable au sujet de Glass (à propos des Études dont l’imposant corpus est, dix ans après sa parution, déjà fêté par sept intégrales, Jacques Drillon, n’osait-il pas, dans le Nouvel Observateur :« Est-il musique plus bête que celle de ? Non, c’est la musique la plus stupide de toutes les musiques stupides. ….Les Études de Philip Glass sont si cons qu’elles sont mortes. »), sera tentée de tendre enfin vers lui une oreille aussi attentive que celle de Célia Oneto Ben Said, pianiste à suivre, elle aussi, attentivement.

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Philip Glass (né en 1937) : Metamorphosis. Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs. Camille Pépin (née en 1990) : Number 1. Célia Oneto Bensaid, piano. 1 CD NoMadMusic. Enregistré en mai 2020 à la Maison de l’Orchestre national d’Île-de-France. Notice en français et anglais. Durée : 73:41

 
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