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Thierry Escaich expose la voix dans tous ses éclats

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Thierry Escaich (né en 1965) : La Piste des chants (2018) ; Visions nocturnes (2004) ; Cris (2016). La Piste des chants : Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Sofi Jeannin) ; Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck. Visions nocturnes : Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Sanja Bisjak, piano ; Jessica Bessac, clarinette ; Quatuor Ellipse (Lyodoh Kaneko, 1er violon ; Young-Eun Koo, 2e violon ; Allan Swieton, alto ; Marlène Rivière, violoncelle), direction : Julien Masmondet. Cris : Laurent Gaudé, récitant ; Chœur de Radio France (chef de chœur : Martina Batic) ; Trio K/D/M (Anthony Millet, accordéon ; Jean-Baptiste Bonnard, percussions ; Adélaïde Ferrière, percussions) ; Ensemble Nomos. 1 CD Radio France. Enregistré les 6, 10 et 11 février 2018 à la Maison de la Radio et de la Musique, dans le cadre du Festival Présences. Notice en français et anglais. Durée : 64:13

 

Cet enregistrement réalisé au festival Présences 2018, est une monographie consacrée au compositeur à l’honneur cette année-là : . Trois œuvres au programme, toutes centrées sur la voix.

« Le plaisir du jeu » : ce titre du programme du festival Présences 2018 résume à sa façon l’art de , musicien qui fait flèche de tout bois pour ouvrir, dès les premières mesures et dans un climat tendu, un espace foisonnant où il se passe toujours quelque chose. Un monde immédiat dans lequel se télescopent plusieurs traditions.

Ainsi, avec La Piste des chants pour chœur d’enfants et orchestre de chambre (2018), ensemble de cinq chants amérindiens qu’inaugure cet appel du rite navajo : « Biké hatali haku », « venez sur la piste des chants ». Ce sont tout d’abord quelques battements à la percussion, des mouvements confus à l’intérieur de l’orchestre, puis des voix indistinctes dans les graves avant que, d’un coup, ne s’élèvent les voix cristallines sur un motif sautillant de quelques notes. Soutenu par la grosse caisse ou la caisse claire, repris tel quel ou à peine varié à la trompette, ce dernier entretiendra tout au long du morceau une atmosphère dansante de cérémonie païenne. Rapidement s’adjoignent à ce refrain expressif des nappes méditatives loin musicalement du monde indien et qui, en espagnol, interrogent l’Homme sur sa place dans la Nature. Cette Piste est un hymne panthéiste harmonieusement articulé entre l’énergie obsessionnelle d’une affirmation maintenue par un rythme vigoureux, et un mélange d’invocation et de recueillement. Tout cela respire. De même fait merveille le mariage des voix enfantines (la dirigée par ) et d’un orchestre très coloré (le « Philhar », dirigé par ). La prise de son rend à la perfection cet univers incandescent.

Changement de décor avec Visions nocturnes pour mezzo-soprano, clarinette, quatuor à cordes et piano (2004), poème musical dont les paroles réunissent cinq extraits signés Péguy, Claudel, Huysmans et Cendrars. Son sujet : la nuit du Vendredi saint. Malgré la différence de ton, de langage et de point de vue des auteurs convoqués, ce monologue est bien un thrène. Profonde, puissante, vibrante et nuancée, la voix d’ se marie fort bien au piano délicat de et au dans ce drame intime de la solitude de l’Homme.

Nouveau contexte avec Cris pour récitant, chœur de chambre, huit violoncelles, deux percussions et accordéon (2016), oratorio de presque 40 minutes sur un texte d’une intensité incroyable signé et dit par Laurent Gaudé. Le cadre : la bataille de Verdun, dont on commémora le centenaire en 2016. Habité mais sans pathos, le récitant incarne plus qu’il ne raconte les destins fracassés de plusieurs poilus : un « je » d’une puissance hallucinatoire, tour à tour fataliste, rêveur, révolté, cynique. Pour le soutenir, un accordéon et deux percussionnistes (Trio K/D/M), et, pour donner un écho à la noirceur de son discours, huit violoncelles () ainsi qu’un chœur de chambre (de Radio France, dirigé par ). La musique n’écrase pas mais accompagne cette tragédie de la modernité, qu’on ne peut pas lâcher, fût-ce un instant.

Ainsi passe-t-on de la joyeuse vitalité d’un chœur d’enfants au clair-obscur d’une nuit métaphysique porté par une mezzo-soprano, puis à une tragédie interprétée par un récitant inspiré. Trois pièces contrastées d’un musicien aussi étonnant qu’attachant. Un disque à tout le moins vibrant.

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Thierry Escaich (né en 1965) : La Piste des chants (2018) ; Visions nocturnes (2004) ; Cris (2016). La Piste des chants : Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Sofi Jeannin) ; Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck. Visions nocturnes : Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Sanja Bisjak, piano ; Jessica Bessac, clarinette ; Quatuor Ellipse (Lyodoh Kaneko, 1er violon ; Young-Eun Koo, 2e violon ; Allan Swieton, alto ; Marlène Rivière, violoncelle), direction : Julien Masmondet. Cris : Laurent Gaudé, récitant ; Chœur de Radio France (chef de chœur : Martina Batic) ; Trio K/D/M (Anthony Millet, accordéon ; Jean-Baptiste Bonnard, percussions ; Adélaïde Ferrière, percussions) ; Ensemble Nomos. 1 CD Radio France. Enregistré les 6, 10 et 11 février 2018 à la Maison de la Radio et de la Musique, dans le cadre du Festival Présences. Notice en français et anglais. Durée : 64:13

 
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