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Les Trente-deux Sonates de Beethoven avec Michaël Levinas

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Michaël Levinas (né en 1949) : Beethoven, toujours ; trente-deux Sonates pour quel infini ? Livre d’entretiens avec Danielle Cohen-Levinas. Éditions du Cerf. 232 pages. 18 euros. Avril 2021

 

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Les trente-deux Sonates de Beethoven accompagnent depuis son enfance et nourrissent toujours sa réflexion. En dialogue avec Danielle Cohen-Levinas, le compositeur et pianiste livre sa vision interprétative du corpus beethovénien.

Levinas distingue trois étapes dans son cheminement avec le corpus des Sonates pour piano. La période, première, où il s’immerge dans l’écriture du maître de Bonn qu’il fréquente depuis son plus jeune âge, alors qu’il travaille avec Lazare Levy et son assistante  ; une période d’identification avec la musique de Beethoven durant laquelle il enregistre l’intégrale des Sonates avec l’audace et l’énergie qui le traversent et sa propre vision de compositeur. Il dit avoir, dès l’âge de trois ans, la conscience très nette de son statut de compositeur-interprète : « Enfant j’étais à la fois le compositeur que je jouais et le pianiste qui interprétait […] ». Les quatre photos du livre, en noir et blanc, en disent long sur l’enfant prodige qu’il a été !

La seconde période arrive avec son enseignement au Conservatoire National Supérieur de Paris où, sous l’autorité de l’édition d’ (détenant les sources du texte beethovénien), il analyse les Sonates pour piano avec ses étudiants, situant Beethoven à l’avant-garde du XIXᵉ, « explorateur de l’acoustique d’un instrument à venir ». Il s’intéresse de plus près à l’évolution de la facture instrumentale : le passage crucial entre les cordes du clavecin et l’instrument à marteaux consacré par le titre « Hammerklavier » de la Sonate n° 29. Sur les conseils de Messiaen, rappelle-t-il, frappait le si b inaugural de l’opus 106 avec le poing ! Testant lui-même les instruments d’époque, Michael Levinas entend dans la musique du maître l’instabilité des hauteurs et le transitoire d’attaque de la percussion, autant d’éléments qui animent son intérêt de compositeur. Il mène également, au travers de sa pédagogie, une investigation passionnante sur la forme beethovénienne et ses retournements (« la surprise modulante »), avançant le concept de « clairière » en tant que moment névralgique du parcours qui peut se situer hors du système formel (« entre la loi et le hors-la-loi »).

La troisième période voit , pianiste-compositeur et compositeur-pianiste, comme il aime à se définir, jouer les Trente-deux Sonates sur un piano moderne et s’engager pleinement dans une interprétation nourrie de l’intérieur, en insistant sur le fait qu’il n’est pas un pianiste analyste mais un interprète à l’écoute du son. « Le son respire, vit et pleure », fait remarquer Levinas, qui dit entendre dans le piano de Beethoven « les larmes du son » (c’est aussi le titre de son Étude n°4 pour piano). Entre l’atelier de Beethoven où Levinas nous fait entrer pour ausculter le début de la « Waldstein », et celui du compositeur écrivant Les désinences (pour piano et clavier midi), les frontières sont de plus en plus poreuses, confirmant tout ce que le compositeur Levinas doit au piano de Beethoven.

Les Trente-deux Sonates sont la source intarissable dont ce livre d’entretiens sonde la richesse, entre révélations passionnantes et propos passionnés.

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Michaël Levinas (né en 1949) : Beethoven, toujours ; trente-deux Sonates pour quel infini ? Livre d’entretiens avec Danielle Cohen-Levinas. Éditions du Cerf. 232 pages. 18 euros. Avril 2021

 
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