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Le piano élégant de Maurice Emmanuel sous les doigts de Patrick Hemmerlé

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Maurice Emmanuel (1862-1938) : Sonatines pour piano n° 1 à n° 6. Patrick Hemmerlé, piano. 1 CD Melism. Enregistré à l’église évangélique Saint-Marcel à Paris en juillet 2020. Notice en anglais et français. Durée : 57:00

 

Dans son excellent texte de présentation, l’interprète des six Sonatines de évoque « un langage qui semble sortir de nulle part ». Il paraît difficile, en effet, de le décrire par analogie. Cela rend d’autant plus précieuse cette édition d’une œuvre rare et attachante.

L’écriture par modes (Messiaen étudia avec , professeur au Conservatoire de Paris) irrigue les six opus qui s’échelonnent de 1893 à 1926. “Sonatine” : diminutif de sonate ? Assurément, le modèle est classique – si l’on songe à l’opus de Ravel – mais celui-ci détourne avec humour le classicisme, maniant la solennité aussi ardemment que l’enfantillage, et n’offrant à la postérité qu’un seul opus portant ce titre. Les dissonances et timbres acidulés ravéliens n’appartiennent pas à l’univers de . En effet, ce compositeur prit ses distances avec les “révolutions sonores” qui virent le jour durant la période 1890-1920. Il ne fut pas convié au banquet des grands créateurs, ayant été expulsé du Conservatoire par son professeur de composition, le très conservateur . En retrait du sérail officiel – si utile en France pour la reconnaissance des talents artistiques – Maurice Emmanuel ne fut redécouvert qu’au crépuscule de sa vie.

En 1974, , l’une des élèves de Maurice Emmanuel tout comme et , enregistra quelques-unes des sonatines (Solstice). Il fallut attendre , en 1986 (Accord) puis Peter Jacobs, en 1992 (Continuum) et, enfin, , en 2012 (Timpani) pour que le cycle soit entièrement gravé. et firent “danser” ces pages qui se révèlent d’une étonnante fantaisie, dans l’esprit d’un Chabrier parfois, offrant un semblant de néoclassicisme pour la Sonatine n° 1 à une pulsation jazzée pour la dernière.

À son tour, jongle habilement entre les styles, évacuant non seulement toute trace de romantisme et d’impressionnisme, mais proposant un piano au caractère tantôt interrogatif, tantôt enflammé et, surtout, sans pathos. Cette musique est un mystère temporel tout comme l’univers de Satie, la virtuosité en plus et la revendication d’une certaine fumisterie en moins. Oublions le maître d’Arcueil dans ces pages aux trois mouvements traditionnels, à l’exception des Sonatines n° 1 et n° 5. Toutes brillent par leur sens du mouvement, une certaine unité stylistique préservée tout au long de trois décennies. saisit la volubilité de ces pièces audacieuses qui mêlent quelques danses et mélodies régionales – sources d’inspiration si rare en France – souvenirs d’une enfance passée dans la Côte-d’Or. La souplesse du jeu, l’expression naturelle de la respiration y sont remarquablement traduites, avec autant de douceur que de clarté.

Il est vrai que les timbres chatoyants et suaves à la fois du C. Bechstein Concert Grand ainsi que la prise de son charnue, magnifient ces pièces incisives et charmantes. Charmantes à l’instar de la Sarabande d’une étonnante pudeur, de la Sonatine n° 5 sous-titrée “Alla Francese”. Un disque excellent qui fait suite à un premier volume consacré à Roger-Ducasse, également interprété par Patrick Hemmerlé.

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Maurice Emmanuel (1862-1938) : Sonatines pour piano n° 1 à n° 6. Patrick Hemmerlé, piano. 1 CD Melism. Enregistré à l’église évangélique Saint-Marcel à Paris en juillet 2020. Notice en anglais et français. Durée : 57:00

 
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