Audio, Musique de chambre et récital, Parutions

Le duo de pianos Książek assez prosaïque dans Rachmaninov et Arenski

Plus de détails

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Première suite pour deux pianos « fantaisie-tableaux » op. 5. Anton Arenski (1861-1906) : Suites pour deux pianos n° 4 op. 62, n° 1 op. 15, n° 2 op. 23 « Silhouettes ». Książek Piano Duo. 1 CD DUX. Enregistré du 23 au 26 juin 2020, au Centre Européen de la Musique Krzysztof Penderecki à Lusławice. Textes de présentation en polonais et en anglais. Durée : 72:27

 

Le duo Książek nous gratifie d’un captivant programme Rachmaninov/Arenski pianistiquement accompli, mais où chaque œuvre aurait pu être sans doute encore davantage caractérisée.

La relativement célèbre Première suite pour deux pianos opus 5 de Rachmaninov « Fantaisie –Tableaux » est une enfilade de quatre pièces de caractère liées par leur argument littéraire et poétique. C’est là l’œuvre juvénile et ambitieuse (mais assez inégale) d’un compositeur de vingt ans se libérant peu à peu de la tutelle de son maître à penser Tchaïkovski : si la barcarolle liminaire d’après Lermontov, ou le nocturne La Nuit… l’amour d’après Byron, demeurent inspirées voire flamboyantes, Les larmes d’après Tioutchev et surtout l’évocation des carillons de Pâques d’après Khomiakov, par leurs ostinatos mélodiques ou rythmiques, apparaissent nettement plus minimalistes et répétitives.

laisse cinq suites pour duo de pianos, moins célèbres mais assez fréquemment enregistrées : la composition des trois présentement retenues (numéros 1, 2 et 4) s’étale sur quinze ans, et par-delà leurs communes exigences techniques, elles montrent l’immense l’évolution stylistique de l’auteur entre sa maturité accomplie et ses premiers essais quelque hésitants, entre les essences françaises (romance, valse) et slaves (polonaise) pour la première, et les cinq silhouettes bien typées de la deuxième (l’austère fugue illustrant le savant, le pas espagnol figurant la danseuse, l’élégance factice de la coquette, la malice d’un Polichinelle, la douceâtre évaporation du rêveur). Mais retenons avant tout l’originale et très solide conception cyclique de la quatrième, culminant dans l’impalpable et pénultième Rêve.

Le duo constitué par et mène déjà une brillante carrière en Pologne. À titre individuel, Krzysztof a notamment été demi-finaliste du concours Chopin de Varsovie 2015 (avec diverses mentions) et a remporté un troisième prix au même Concours Chopin 2018, dédié aux prestations sur instruments historiques. Il a donné une mémorable interprétation au disque du premier concerto du maître polonais (Clef ResMusica), outre un intéressant et prometteur récital soliste paru chez DUX. Agnieszka est une chambriste patentée, membre fondateur du Trio Legend, distinguée dans plusieurs concours internationaux.

Ensemble, ils nous livrent au fil des plages des interprétations directes et un rien péremptoires. Certes les partitions sont en place, et la mécanique digitale est parfaitement huilée, mais au prix d’un certain prosaïsme. Dans la Fantaisie -Tableaux de Rachmaninov, la sonorité manque par moment de ductilité et s’avère cassante et crispée dans l’aigu des claviers. Dès la Barcarolle liminaire, le jeu et la polyphonie manquent d’aération et d’étagement des plans sonores : les lignes mélodiques directrices finissent quelque peu noyées sous le flux des détails ornementaux. Les forte (Pâques) semblent à saturation et sans épanouissement. La présente version ne saurait éclipser l’approche virtuose et symphonique du tandem Prévin/Ashkenazy (Decca), ou l’impériale légèreté discursive de Lylia Zilberstein et Martha Argerich en état de grâce en concert à Lugano (Warner).

L’approche presque trop sérieuse dans les deux premières suites d’Arenski, en gomme tout aspect délibérément parodique (Valse ou Polonaise de l’opus 15) ou humoristique (les diverses Silhouettes de l’opus 23). La Quatrième Suite opus 62 est ici d’une littéralité un peu confite : le Prélude et le Finale sont par moment trop raides et monolithiques alors que le Rêve, pris dans un tempo de sénateur, s’éternise. Dans ce répertoire, l’intégrale des Cinq Suites par le duo bulgare Genova/Dimitrov (Cpo) nous semble plus incontournable, puisque Naxos n’a pas à ce jour réédité l’intégrale du duo belge Blumenthal/Groslot, autrefois publiée jadis sous étiquette Marco Polo. Et pour qui veut se contenter des quatre premières, l’ancienne gravure par Stephen Coombs et Ian Munro est elle aussi bien plus convaincante.

Un intéressant disque « carte de visite », prélude probable à une intégrale « croisée » des cycles pour deux pianos des deux maîtres, mais au demeurant, la déjà riche discographie de ces œuvres demeure inchangée.

(Visited 77 times, 2 visits today)

Plus de détails

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Première suite pour deux pianos « fantaisie-tableaux » op. 5. Anton Arenski (1861-1906) : Suites pour deux pianos n° 4 op. 62, n° 1 op. 15, n° 2 op. 23 « Silhouettes ». Książek Piano Duo. 1 CD DUX. Enregistré du 23 au 26 juin 2020, au Centre Européen de la Musique Krzysztof Penderecki à Lusławice. Textes de présentation en polonais et en anglais. Durée : 72:27

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.