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Tom Borrow, révélation du festival Piano aux Jacobins

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Toulouse. Cloître des Jacobins. 10-IX-2021. Frédéric Chopin (1810-1849) : Fantaisie en fa mineur op. 49. Claude Debussy (1862-1918) : Ondine, Canope, Feux d’Artifice (Préludes Livre 2). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Prélude et Fugue n° 15 (24 Préludes et Fugues op. 87). Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate en la majeur n° 6 op. 82. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurka n° 13 op. 17 n° 4. Tom Borrow, piano

La 42ᵉ édition du Festival Piano aux Jacobins ne faillit pas à sa réputation, celle de dénicher de jeunes et brillants pianistes aux quatre coins du monde, avant qu’en France ils n’accèdent à la notoriété. , à tout juste vingt ans, est la nouvelle pépite de la manifestation toulousaine.

: ce nom ne vous dit rien ? Normal, ce jeune pianiste israélien a mis le pied sur le sol français pour la première fois ce vendredi 10 septembre, pour donner son premier concert dans la ville rose, au cloître des Jacobins. On doit à l’oreille et à la sagacité de Catherine d’Argoubet la découverte de cet artiste d’à peine vingt ans, qui n’a pas encore fréquenté les grand concours internationaux, et dont la carrière débute en Israël et au Royaume-Uni, où il vient d’être nommé artiste BBC « New generation » 2021-2023. 

D’origine anglaise par son père, Tom Borrow est né et a étudié à Tel Aviv où il réside aujourd’hui. Pas de musiciens chez lui, mais des parents mélomanes, une chaîne hifi et un petit clavier où à cinq ans ses doigts galopent déjà…Une poignée de Prix en poche dans son pays, jusqu’à ce jour où il remplace au pied levé Katia Buniatishvili dans le Concerto en sol ! Ce musicien qui voue une admiration à l’art du pianiste disparu Ivan Moravec, commence à parcourir le monde aux côtés de beaux orchestres : Vancouver, Londres, Seattle, la République tchèque, la Corée du Sud, et bientôt l’Espagne pour « tourner » les deux concertos de Brahms.

Ce qui frappe d’emblée chez ce jeune homme aux grands yeux noirs en amandes, c’est son sourire discret et la sereine douceur qui émane de son expression. De son attitude, la noblesse mâtinée de retenue laisse présager que la Fantaisie en fa mineur op. 49 de qui ouvre son récital en portera la marque. Dès son début, il y a le son, dans sa profondeur et sa plénitude. Rythme de marche paisible, douce nuance rabattue, puis le timbre s’éclaircit, noblesse du chant, perfection du legato… Pas d’effusions superflues, pas de maniérisme, Tom Borrow possède une distinction et un sens de la ligne musicale comme on l’entend rarement, une diction naturelle et un sens de la dramaturgie aussi lorsque la tension monte. Mais surtout, il voit loin et construit cette Fantaisie telle une grande arche, trouvant les justes enchaînements, la fluidité, dans la disparité de ses épisodes. Son choral Lento sostenuto est un répit, un baume d’une grande finesse expressive ; le torrent qui suit se déploie dans la largeur de son forte, puis fortissimo avec une belle vigueur, dans une dimension orchestrale, avant une coda de triolets s’élevant magnifiquement de l’ombre à la lumière. 

Après Chopin vient naturellement et trois de ses Préludes : quel travail de la couleur, du fondu, des pianissimi, dans la délicate et dansante Ondine puis dans l’immobile Canope ! Tom Borrow, le geste souple et précis, passe ainsi du son au silence, et du silence au son, avec un art du mystère et de la suggestion qui nous rappelle celui de Gieseking. Le crépitement sonore de Feux d’artifice et sa multitude de couleurs révèle un toucher vif, et une sensibilité « photographique » lorsqu’il passe subtilement du flou à la netteté sonore. 

La suite est russe. Le Prélude et Fugue n° 15 (des 24 préludes et Fugues op. 87 ) de prépare idéalement l’arrivée de la Sonate pour piano n° 6 op. 82 de Prokofiev. Après le Prélude dansant, tournoyant, et son épisode pianissimo d’une candide douceur, le pianiste donne à la Fugue à quatre voix la démesure de ses accès de violence frisant la démence, traduit l’asphyxie de son écriture touffue sans en troubler la lecture. Il continue de nous subjuguer avec la Sonate n° 6 de , la première des sonates « de guerre ». Quelle technique éblouissante, quelle énergie et quelle puissance sonore au service d’une narration et d’une mobilité expressive constantes ! Il s’en dégage une force inouïe, le son se faisant épais, noir, « sale » et sans concessions, ou cinglant sous ses phalanges d’acier dans la mitraille des traits aigus. La valse lente du troisième mouvement, construite sur la longueur, d’une remarquable luxuriance sur ses basses rondes et larges, chante sans excès, presque désabusée, et conduit peu à peu au final jubilatoire pris à un tempo hallucinant.

Alors que les applaudissements redoublent, le musicien referme la boucle avec, en bis, Chopin et sa Mazurka op. 17 n° 4 dont l’atmosphère intimiste et nostalgique clôt à merveille le récital. Tom Borrow : un nom à retenir ! 

Crédit photographique : Tom Borrow © Michael Pavia

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Toulouse. Cloître des Jacobins. 10-IX-2021. Frédéric Chopin (1810-1849) : Fantaisie en fa mineur op. 49. Claude Debussy (1862-1918) : Ondine, Canope, Feux d’Artifice (Préludes Livre 2). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Prélude et Fugue n° 15 (24 Préludes et Fugues op. 87). Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate en la majeur n° 6 op. 82. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurka n° 13 op. 17 n° 4. Tom Borrow, piano

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