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Lea Desandre, Iestyn Davies et Thomas Dunford dans un florilège d’airs d’oratorio de Haendel

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Fénétrange. Collégiale Saint-Rémi. 18-IX-2021. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Eternal source of light divine » extrait de Ode for the Birthday of Queen Anne. « With darkness deep », « As with rosy steps the morn », « Thither let our hearts aspire! » et « To Thee thou glorious son of birth » extraits de Theodora. « Yet, can I hear that dulcet lay » extrait de The Choice of Hercules. « Joys of freedom » extrait de Hercules. « Despair no more shall wound me », « Prepare, then, ye immortal choir », « Hence, hence, Iris, hence away », « You’ve undone me », « No, no, I’ll take no less » et « But hark! The heavenly sphere turns round » extraits de Semele. « Will the sun forget to streak » extrait de Solomon. « To my chaste Susanna’s praise » extrait de Susanna. « Oh Lord, whose mercies numberless » extrait de Saul. « Prophetic raptures swell my breast ». « Guardian Angels » extrait de The Triumph of Time and Truth. « Fly from the threatening vengeance, fly » extrait de An Occasional Oratorio. « Who calls my parting soul from death » extrait de Esther. Suite n°4 en ré mineur, dite « Sarabande ». Léa Desandre, mezzo-soprano. Iestyn Davies, contreténor. Ensemble Jupiter, direction : Thomas Dunford

Au Festival de Fénétrange, réunion de deux grandes voix du baroque, dans un programme 100% haendélien tiré des grands oratorios anglais. Professionnalisme, musicalité, convivialité et chaleur humaine pour un concert où l’on redécouvre le plaisir d’être ensemble.


La trame du programme consiste à créer une dramaturgie à partir d’une sélection d’airs anglais de Haendel. Un homme, une femme traversent les tourments de la passion amoureuse, partageant avec le public les diverses émotions humaines qui les agitent. C’est là, depuis la nuit des temps, tout le principe de l’opéra. Nul ne saurait contester la beauté et la qualité des morceaux retenus, même si la décontextualisation de certaines pièces pourra créer quelques effets surprenants. Un contreténor pour chanter la colère de Juno, ou les émois d’Ino, la sœur et rivale de Sémélé ? Le véritable emploi de dans l’oratorio Semele ne saurait être que celui d’Athamas, comme l’indique à point nommé le choix de l’air « Despair no more shall wound me », ou celui du duo « You’ve undone me ». De même, le mezzo-soprano naturel de destine davantage la jeune chanteuse à être une Ino qu’une Sémélé, ce qui ne l’empêche pas ce soir d’interpréter des extraits dévolus aux deux personnages. Les vocalises de « No, no I’ll take no less » sont délivrées avec toute la justesse, la précision et la vélocité qui conviennent, mais la folie hystérique de cet air théâtral entre tous paraît absente quand il est détaché de son contexte. Dans Theodora, Desandre se frotte là aussi à deux rôles de la partition, celui de la rayonnante Theodora et celui de la plus moralisatrice Irène, sans parvenir à convaincre totalement. Dans la partie de soprano on attendrait en effet des aigus filés plus planants, surtout pour le duo qui ferme le concert « To thee thou glorious son of worth ». L’air de Beauty « Guardian Angels », sur lequel s’achève l’ultime ouvrage de Haendel The Triumph of Time and Truth, gagnerait lui aussi à être chanté par un soprano plus clair, aux aigus plus légers et plus planants.

Ces réserves sur quelques choix de programmation étant formulées, on aurait tort évidemment de bouder son plaisir devant tant de beautés vocales et musicales. Quoique relativement proches de par leur tessiture commune, les voix de et de se marient idéalement, grâce notamment à leurs différences de timbre et de couleur. L’instrument rond, chaud et puissant de – un des rares contreténors à avoir suffisamment de métal dans la voix pour être invité régulièrement dans les grandes salles d’opéra comme La Scala et le Met – domine assez nettement dans les duos, et le chanteur ne manque ni de souplesse, ni d’agilité vocale. De toute évidence, les contextes des airs qu’il interprète lui sont connus. À ses côtés, Lea Desandre se détache par une voix au timbre délicieusement frais et fruité, dont les exquises moirures se déploient au gré de phrasés de toute beauté. Les graves savent se faire amples et généreux, l’aigu est relativement aisé et les vocalises, nous l’avons dit, sont audacieuses et virtuoses, même si l’on peut regretter un certain manque d’extension dans les hauteurs de la voix. Nul doute que celle qui est aujourd’hui dans Giulio Cesare un Sesto idéal, saura un jour être une grande Cléopâtre.

Nos deux chanteurs sont accompagnés par une dizaine de musiciens de l’. Effectif peut-être un peu léger pour ce répertoire, même si la présence d’une formation réduite privilégie l’écoute du continuo et contribue à clarifier les différentes parties de l’écriture instrumentale. Ce qui est perdu en puissance est gagné en légèreté et transparence. À la tête de ses instrumentistes organise un jeu souple et aéré, n’hésitant à interpeler le public pour présenter le concert. Ce dernier s’achève d’ailleurs sur une « jam session », ou séance d’improvisation, dont l’ensemble a visiblement le secret. Totalement insolite dans un tel programme, ce « bœuf » musical aura été le point final d’un concert marqué par le plaisir, la décontraction et la convivialité.

Crédit photographique : Lea Desandre © Monika Rittershaus

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Fénétrange. Collégiale Saint-Rémi. 18-IX-2021. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Eternal source of light divine » extrait de Ode for the Birthday of Queen Anne. « With darkness deep », « As with rosy steps the morn », « Thither let our hearts aspire! » et « To Thee thou glorious son of birth » extraits de Theodora. « Yet, can I hear that dulcet lay » extrait de The Choice of Hercules. « Joys of freedom » extrait de Hercules. « Despair no more shall wound me », « Prepare, then, ye immortal choir », « Hence, hence, Iris, hence away », « You’ve undone me », « No, no, I’ll take no less » et « But hark! The heavenly sphere turns round » extraits de Semele. « Will the sun forget to streak » extrait de Solomon. « To my chaste Susanna’s praise » extrait de Susanna. « Oh Lord, whose mercies numberless » extrait de Saul. « Prophetic raptures swell my breast ». « Guardian Angels » extrait de The Triumph of Time and Truth. « Fly from the threatening vengeance, fly » extrait de An Occasional Oratorio. « Who calls my parting soul from death » extrait de Esther. Suite n°4 en ré mineur, dite « Sarabande ». Léa Desandre, mezzo-soprano. Iestyn Davies, contreténor. Ensemble Jupiter, direction : Thomas Dunford

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