Audio, Musique de chambre et récital, Parutions

Isaline Leloup à la redécouverte du violone viennois

Plus de détails

Johannes Matthias Sperger (1750-1812) : Concerto pour basse viennoise et orchestre n° 18 en ut mineur (arrangement pour quintette à cordes par Isaline Leloup). Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799) : Duetto en mi bémol majeur pour alto et basse viennoise. Franz Anton Hoffmeister (1754-1812) : Quatuor concertant pour basse viennoise, violon, alto et violoncelle n° 2 en ré majeur. Isaline Leloup, basse viennoise ; Patrick Oliva, violon ; Martha Moore, violon ; Jean-Philippe Gandit, alto ; Ronan Kernoa, violoncelle. 1 CD Da Vinci Classics. Enregistré en octobre 2020, au Sound Respect studio de Bruxelles. Textes de présentation en anglais. Durée : 63:10

 

nous invite, avec quelques amis comparses chambristes, à la (re)découverte du violone viennois : un instrument particulièrement en vogue dans la capitale autrichienne durant toute la période classique.

Pour , la pratique de la contrebasse est musicalement avant tout « une possibilité de transmettre l’émotion et d’éveiller l’imagination ». Après l’obtention de son Master en contrebasse classique au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, de par sa rencontre avec , elle s’ouvre à l’interprétation sur instruments d’époque (violone et contrebasse ancienne) en conjuguant travail d’apprentissage technique et recherches musicologiques et stylistiques. C’est forte de cette expérience qu’elle se spécialise dans la pratique de la contrebasse classique viennoise et travaille à la réhabilitation du violone viennois et à l’étude de son répertoire à la Schola Cantorum de Bâle. Dans la foulée, elle conçoit le projet An Afternoon with the Viennese Bass dont le présent disque constitue l’écho.

L’instrument appartient par ses frettes et son jeu d’archet à la famille des violes, mais s’en distingue par ses cinq cordes et surtout par l’accord particulier de celles-ci, alternant tierces et quinte (fa-la-ré-fa dièse- la). L’instrument acquiert ainsi une souplesse d’articulation et une très large tessiture, sorte « d’éléphant à la voix d’oiseau » pour reprendre la jolie formule de l’interprète dans un texte de présentation hélas juste disponible en anglais. Par cet accord si particulier, par sa maniabilité accrue et idéale, l’instrument permet bien des traits virtuoses plus difficilement réalisables à la contrebasse « classique », même si cette dernière, par sa puissance et par l’assise harmonique ainsi procurée à l’orchestre symphonique, supplantera vite sa concurrente.

Le présent programme, chambriste, s’avère assez passionnant. En lever de rideau, Isaline Leloup y va de sa propre adaptation en quintette du XVIIIᵉ (!) et ultime Concerto pour le violone du virtuose de l’instrument (1750-1812), une œuvre à placer formellement et stylistiquement dans la descendance haydnienne, aux couleurs sombres, et au dramatisme latent dans ces temps extrêmes, juste un peu bavarde par ses redites dans l’Andante poco adagio central. La comparaison avec quatre autres concerti de ce maître du genre enregistrés sur contrebasse chez Cpo tourne indéniablement par l’agilité, la vocalité, et la couleur instrumentale, à l’avantage du violone viennois d’Isaline Leloup, même si (ou parce que ?) il faut nous contenter ici de l’accompagnement d’un simple quatuor à cordes.

(1739-1799), éditeur et compositeur prolifique, est resté dans l’histoire de la musique pour son amitié et sa générosité matérielle envers W.A. Mozart, qui lui dédiera un de ses plus beaux quatuors (KV 499). Mais à vrai dire, l’assez convenu deuxième (des quatre composés) quatuors concertants du mécène n’est pas exactement de la même eau : c’est le violone qui mène la danse juste, accompagné par un trio à cordes assez en retrait. Malgré une réplique un peu timide et la justesse parfois un peu approximative de ses comparses, Isaline Leloup, par le truchement de son choix instrumental, s’impose face à la seule version concurrente disponible (Niek de Groot, sur contrebasse « classique » chez BIS Records.

Mais la perle de ce disque est sans doute le plus connu et fréquenté, original et imprévisible, Duo pour alto et violone en mi bémol, de l’atypique et attachant (1754-1812), où notre soliste, en compagnie de l’altiste Jean Philippe Gandit, explore la palette expressive de la funambulesque formule au fil d’une partition capricieuse, tour à tour expérimentale, poétique ou franchement ironique et humoristique (en particulier au fil des menuets et de son final à variations).

Pour ce moment de bravoure, opportunément disposé au centre de ce récital, pour la découverte d’un instrument oublié, pour la curiosité juvénile et l’éloquence conquérante de l’interprète et pour la réhabilitation de trois maîtres secondaires de l’école viennoise classique, voici un disque pertinent et délectable.

(Visited 111 times, 1 visits today)

Plus de détails

Johannes Matthias Sperger (1750-1812) : Concerto pour basse viennoise et orchestre n° 18 en ut mineur (arrangement pour quintette à cordes par Isaline Leloup). Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799) : Duetto en mi bémol majeur pour alto et basse viennoise. Franz Anton Hoffmeister (1754-1812) : Quatuor concertant pour basse viennoise, violon, alto et violoncelle n° 2 en ré majeur. Isaline Leloup, basse viennoise ; Patrick Oliva, violon ; Martha Moore, violon ; Jean-Philippe Gandit, alto ; Ronan Kernoa, violoncelle. 1 CD Da Vinci Classics. Enregistré en octobre 2020, au Sound Respect studio de Bruxelles. Textes de présentation en anglais. Durée : 63:10

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.