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La Salle Philharmonique de Liège à l’heure du bicentenaire de César Franck

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Haut lieu de la musique en Wallonie, la compte aujourd’hui parmi les grandes salles de concerts d’Europe construites à la fin du XIXᵉ siècle. Un classement qu’elle doit à son histoire, à son orgue symphonique et à l’OPRL, dont l’identité musicale est indéfectiblement liée à et à son œuvre. Une saison faste et exceptionnelle commence pour elle et son orchestre cet automne, avec les célébrations du bicentenaire de la naissance du compositeur belge.

Du Conservatoire à la Salle Philharmonique

En 2000, une importante campagne de travaux de restauration et de réaménagement s’achevait, donnant à la salle du Conservatoire de Liège toutes les caractéristiques d’une grande salle de concert, la dotant des équipements modernes indispensables à son utilisation. Elle change alors d’appellation sur la proposition de Jean-Pierre Rousseau, à l’époque directeur général de l’OPL, rebaptisée Salle Philharmonique. Une victoire et une renaissance pour cette salle historique, après une décennie de marasme où elle s’est vue menacée de fermeture. Un sauvetage quasi inespéré qui lui valut, au programme de son inauguration, la Symphonie Résurrection de Gustav Mahler !

La construction du Conservatoire de Liège, aujourd’hui Salle Philharmonique, date de la fin du XIXᵉ siècle. Le bâtiment d’architecture néo-classique d’inspiration renaissance conçu par Louis Boonen, modifié en cours de construction par l’architecte Laurent Demany, fut inauguré en 1887, avec le concours du violoniste liégeois Eugène Ysaÿe. L’histoire du Conservatoire partage très tôt celle de la Salle Philharmonique. Elle remonte au début du XIXᵉ siècle, alors que le régime hollandais en vigueur après la défaite de Waterloo décide de créer les Écoles Royales de Musique et de Chant, institutions laïques qui se substituent aux maîtrises religieuses supprimées en 1798. Le tout premier conservatoire est installé dans les locaux exigus de l’immeuble situé au 4 de la rue Sainte-Croix, en face de la maison natale de , qui y étudie le piano de 1830 à 1834. Ne possédant pas de salle de concerts, il migre ensuite en différents endroits au cours des 60 années qui suivent, sans apporter de solution satisfaisante, alors que son effectif s’accroit. Les concerts sont dispersés en différents lieux peu adaptés tels l’ancienne salle de la Société d’Émulation, la Salle des Variétés, le Casino du Beau Mur et le Théâtre Royal.

En 1878, un an après que le Quatrième Festival de Musique Classique et Nationale ait célébré avec éclat le jubilé du Conservatoire, la ville de Liège accède aux demandes réitérées de construction d’un nouveau conservatoire, constatant la vitalité de l’activité musicale et la haute qualité de l’enseignement dispensé. L’emplacement choisi se situe boulevard Piercot, dans un nouveau quartier né du comblement de bras de la Meuse. Les travaux commencent en 1882. L’édifice, qui comprend principalement une grande salle de concerts, une trentaine de classes et les appartements du directeur, est doté d’une installation d’alimentation électrique, et d’un chauffage central, ce qui alors est exceptionnel. La scène, d’un extrême dépouillement, contraste avec les décors abondamment rehaussés d’or de la salle à l’italienne, surplombée d’une coupole éclairante ceinte de dix toiles peintes. En son fond, une niche vide attend le futur orgue. Conçu et réalisé par , l’instrument sera installé deux ans après, en 1889, et inauguré en 1890. 

L’orgue symphonique de , un apport majeur

Construit pour la grande salle des fêtes de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1888, l’orgue, dont le Conservatoire a fait l’acquisition, trouve sa place définitive dans la Salle Philharmonique tout juste terminée. Il est aujourd’hui l’unique grand orgue de salle présent dans un bâtiment civil en Wallonie, et à ce titre, contribue à faire de la Salle Philharmonique l’un des lieux de concerts les plus prisés d’Europe, à l’instar du Victoria Hall de Genève, du Musikverein de Vienne ou du Concertgebouw d’Amsterdam. L’instrument originel se compose de trois claviers de 56 notes, d’un pédalier de 30 notes, de 46 jeux, et est équipé d’un système de leviers pneumatiques améliorant le toucher. Il reçoit son buffet dix ans après son installation, un meuble en forme d’arc de triomphe réalisé par l’architecte Charles Soudre. 

L’orgue va faire l’objet de plusieurs campagnes de travaux, jusqu’à la dernière entre 2002 et 2005. Au sortir de la Première Guerre Mondiale, une remise en état s’avère nécessaire. Elle durera quatre ans jusqu’en 1925, et permettra quelques apports : une nouvelle console, et un positif rendu expressif. Durant les années 1938 et 1939, une réfection et son électrification sont réalisées. il s’agit de rendre l’orgue propre à l’interprétation du répertoire romantique comme de la musique ancienne. Il rejoint ainsi la famille des orgues néoclassiques en plein développement, dont les fameux Cavaillé-Coll. Une console mobile remplace l’ancienne, le pédalier est agrandi et des jeux neufs sont ajoutés, ainsi que des boîtes expressives. À peine 15 ans après ces transformations, entre 1953 et 1956, il subit à nouveau des modifications portant notamment le nombre de jeux à 61. Arrivent les années 2000. L’orgue à bout de souffle nécessite une importante restauration, alors que celle de la salle est entreprise. Elle s’oriente vers une reconstitution de sa composition d’origine, augmentée de nouveaux jeux. On procède notamment au remplacement des sommiers, à la remise en état des boîtes expressives, à la mise en place d’un système électrique avec combinateur et séquenceur pour le tirage des jeux. Une nécessité s’impose : l’orgue doit être renforcé dans le grave et ses aigus, pour permettre l’exécution des grandes œuvres solistes et de celles avec orchestre symphonique de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, dont celles de César Franck. Pourvu désormais de 3 claviers de 61 notes, un pédalier de 32 notes, 55 jeux, 70 rangs et 9 jeux ajoutés, le voici dans sa configuration actuelle, à même de satisfaire cet objectif. 

vue photographique de la scène avant décoration et installation de l’orgue (depuis la mezzanine de la Salle Philharmonique)

La Salle Philharmonique d’hier à aujourd’hui

La Salle Philharmonique d’une capacité de 1162 places, a elle aussi été restaurée et remaniée plusieurs fois, pour être équipée des infrastructures nécessaires qui lui faisait défaut. En 1955, la décoration est parachevée avec, en pourtour de la scène, des panneaux peints par l’artiste liégeois Edgar Scauflaire, dont à cour et jardin des allégories des deux plus grands musiciens liégeois André-Modeste Grétry et César Franck, représentant les personnages de leurs œuvres. Des travaux sont réalisés en 1978 apportant des corrections acoustiques. Mais ils s’avèrent insuffisants et dans les années 1990, le bâtiment est menacé de fermeture en raison de sa vétusté. Son exploitation ne peut continuer qu’au prix d’une mise en conformité aux normes de sécurité, d’une nouvelle amélioration de l’acoustique, d’une modernisation avec la création de loges et de sanitaires auparavant inexistants, le réaménagement du hall, l’installation sur scène d’un ascenseur à piano et la réaffectation d’une partie des locaux (ancien logement du directeur) pour permettre à l’administration de l’Orchestre Philharmonique de Liège de réintégrer les lieux. Les travaux s’achèvent en 2000. L’Orchestre Philharmonique de Liège devenu entreprise culturelle prend alors en charge la gestion de la Salle. 

L’ : un hôte de qualité

Créé en 1960 et dans un premier temps attaché à la Société des Concerts du Conservatoire, l’Orchestre de Liège devient en 1983 l’Orchestre Philharmonique de Liège, puis en 2010 prend l’appellation d’, recevant le titre de « Société Royale ». Dès sa première année d’existence, sa diffusion prend une dimension internationale qui ne cessera de s’accroître. Une pléiade de grands chefs le dirige successivement : Charles Munch, Kirill Kondrachine, Bruno Maderna, puis Manuel Rosenthal, Paul Strauss, Pierre Bartholomée, Louis Langrée, Pascal Rophé, François-Xavier Roth et Christian Arming. L’OPRL possède cette identité très particulière liée à son appartenance à la ville de Liège, située au carrefour des influences française et allemande, cet alliage d’ « élégance par la douceur de ses bois, et de densité par la rondeur de ses cuivres et de ses cordes » (propos de Javier Pérez Senz). Quelle plus grande affinité pourrait-on imaginer avec César Franck, compositeur belge et français par adoption ? L’OPRL est depuis sa création attaché à sa musique, en témoignent notamment les nombreux enregistrements (7 albums pour 6 labels) dont trois versions de sa Symphonie en ré mineur qu’il a jouée plus de 100 fois à Liège et à travers le monde, et qu’il s’apprête à jouer encore…Le jeune chef hongrois à sa tête depuis 2019 a aujourd’hui le privilège de préparer l’évènement du bicentenaire de la naissance de César Franck.

Buste de César Franck,

La Salle Philharmonique de Liège, épicentre du bicentenaire César Franck

Pour rendre hommage au compositeur né en 1822, une programmation extraordinaire au sens littéral du terme a été élaborée par l’OPRL avec un soin particulier et des moyens exceptionnels, en partenariat avec la Ville et les Musées de Liège, plusieurs labels discographiques et le . La Salle Philharmonique et son orchestre vont se trouver jusqu’au 10 décembre 2022, jour de la naissance du compositeur, sous les feux des projecteurs, au cœur de cet évènement qui sera également largement célébré à Bruxelles et Namur, en France et jusqu’en Amérique du sud ! L’OPRL donnera en 15 concerts l’incontournable Symphonie en ré mineur et deux autres œuvres maîtresses rarement jouées : l’opéra Hulda (en collaboration avec l’Opéra Royal de Wallonie et en coproduction avec le ) et l’oratorio Les Béatitudes. Au programme également, une première audition moderne du morceau symphonique Rédemption. On pourra aussi entendre à la Salle Philharmonique, la musique de chambre ainsi que l’œuvre pour piano et orchestre de César Franck, et comme il se doit, l’intégrale de son œuvre pour orgue. L’intégralité des concerts donnés à la Salle Philharmonique sera captée et diffusée par la RTBF/Musiq’3, et certains d’entre eux par des chaînes internationales (Mezzo et Medici.tv). 

Un anniversaire à ne pas manquer à la scène, sur les ondes et au disque. L’occasion, pourquoi pas, d’un pèlerinage musical à Liège, à la rencontre de celui qu’on a surnommé le « Messie de l’art ». 

Sources

Le grand Orgue Pierre Schyven 1888 de la Salle Philharmonique de Liège, sous la direction d’Éric Mairlot, Orchestre Philharmonique de Liège,  et de la Communauté Wallonie-Bruxelles. 2005

Crédits photographiques  : © Jany Campello

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