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Le Concours du Ballet de l’Opéra de Paris : avec des manques

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Paris. Opéra Garnier. 30-X-2019. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet de l’Opéra, classe des artistes femmes. Jury: Alexander Neef, directeur de l’Opéra national de Paris et Président du jury; Aurélie Dupont, directrice de la danse; Sabrina Mallem, maîtresse de ballet; Carolyn Carlson, chorégraphe; Cyril Atanassoff, danseur étoile et professeur. Membres du jury tirés au sort: Héloïse Bourdon, Pablo Legasa, Cyril Mitilian, Julia Cogan, Grégory Dominiak.

Le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris se distingue de nombre de compagnies de danse en procédant annuellement à un concours de promotion permettant de déterminer les grades des membres qui le composent. Cette année 2021 aura vu deux concours dont le premier à huis clos, eu égard aux circonstances sanitaires exceptionnelles et à l’arrêt du spectacle vivant durant l’année 2020. Si ça ne doublait en rien les chances d’être promu (puisqu’il s’agissait de la récupération de l’annulation de la cuvée 2020), certains danseurs sont passés ainsi de quadrille à sujet en moins de six mois !

La première impression de la journée des artistes femmes est celle d’une génération nouvelle, entre de très nombreux engagements de danseurs n’ayant pas eu encore l’occasion de se faire valoir sur scène et la surprenante quasi-absence de danseurs qui avaient été engagés il n’y a pas si longtemps (quand Brigitte Lefèvre était encore directrice de la danse). Manifestement, autres temps, autres mœurs : les danseuses ne sont plus appelés par le titre de Mademoiselle mais celui de Madame, ce qui est détonnant aux oreilles dans le monde du théâtre et encore plus de la danse où les artistes sont engagées si tôt dans la vie. Autre changement notable : les membres du jury (pour moitié artistes de la maison) sont désormais tirés au sort et non plus élus par le corps de ballet lui-même.

La classe des quadrilles a la variation imposée de Lise dans La fille mal gardée d’Ashton. On peut y remarquer Sabi Kuwabara, qui fait valoir de jolis épaulés et une belle descente de pointes. attire l’œil avec de très beaux tours fouettés, mais avec peut-être un peu trop de violence dans le développement de ses grands jetés. impose une grande stabilité et un maintien très harmonieux. Apolline Anquetil est très dansante, avec de jolies pirouettes planées et parvient à donner du sens aux phrases musicales. Camille Calazans se défend avec une grande hauteur de jambes, de la tonicité dans les pirouettes et un soin dans le haut du corps.

Dans les variations libres, Claire Gandolfi se démarque par la première variation d’Émeraudes de Joyaux, qui lui permet d’avoir le lyrisme qui sied à Fauré. On retrouve le talent de Kuri Kawabata qui prend crânement la variation de l’Étoile d’Études d’Harald Lander : même si la danse manque d envergure (le manège est assez timide), elle est assez irréprochable sur l’ensemble. est absolument remarquable dans la Sérénade de Suite en Blanc de Lifar : de grandes arabesques, une vivacité du travail de pointes et la gestion entre les mesures lyriques et celles plus nerveuses est joliment équilibrée. Apolline Anquetil maitrise la variation de la Cigarette de Suite en Blanc (les entrechats six et les diagonales sont bien dessinés). déride l’austérité du concours avec la variation des Bijoux d’Arepo de Maurice Béjart et clôt la classe des quadrilles femmes avec une belle variation d’In the middle, somewhat elevated de William Forsythe. Les deux postes pourvus l’ont été par Mlles Claire Gandolfi et Clara Mousseigne, très légitimement.

La classe des coryphées se distinguent habituellement par un niveau supérieur à celle des quadrilles, et l’on constate seulement sept artistes se présentant cette année. La classe paraît plutôt homogène et ouvre la série de la variation imposée (la variation de Gamzatti de La bayadère de Noureev d’après Petipa), qui pourrait lui convenir dans son corps et son caractère. travaille beaucoup ses directions par le regard. Victoire Anquetil est très concentrée, malgré une dernière diagonale peu convaincante. manque de vigueur dans les tours qu’elle parvient toutefois à correctement finir. saute, tourne et convainc très bien par sa fierté. Dans les variations libres, Mlle Higgins prend un gros risque en choisissant l’impossible variation de l’acte trois du cygne noir. Cette variation est déjà redoutable pour les plus téméraires et ce ne sont les petits arrangements chorégraphiques qui la sauveront d’avoir fait un aussi mauvais choix. Hohyun Kang instille un réel moment de posée avec la variation lente de l’Étoile de Paquita (dans la version Vinogradov et non celle de Lacotte comme indiquée dans la distribution). choisit la Badinerie du Magnificat par John Neumeier qui convient parfaitement à sa technique ramassée et compacte. La Cigarette de Lifar permet une autorité à Mlle Battistoni mais il faut avouer que est captivante la variation de l’Ombre des Mirages de Lifar, ce qui ne lui a pas permis finalement de se classer, les deux danseuses promues étant et Inès McIntosh.

Enfin, la classe toujours très attendue des Sujets a comme variation imposée la difficile vision de la Belle au Bois Dormant de Noureev d’après Petipa. On connaît les difficultés dans chacune des parties qui composent cette variation et bien peu de danseuses ne parviennent pas à éviter une certaine crispation, d’autant plus que la lenteur du tempo rend lénifiant ce qui relève de la poésie. développe de jolis phrases grâce à une belle liaison entre le travail des épaules et le bas du corps. Roxane Stojanov approche une certaine forme de perfection jusque dans la dernière diagonale. Alice Catonnet qui fait un travail habituellement très propre dans les positions se trouve un peu en difficulté, et suscite un certain intérêt. C’est donc sur les variations libres que l’intelligence de l’interprète se font jour, et c’est , dans Marie de Clavigo de Roland Petit, qui développe un réel propos artistique. Caroline Osmont subit une cruelle comparaison dans la première variation d’Other Dances de Jerome Robbins en étant suivie par Bianca Scudamore qui ravit tout sur son passage. La perfection couronne l’Esmeralda de Notre-Dame de Paris de Rolant Petit de Roxane Stojanov, dont la technique, le physique, la puissance la destinent au sillage des plus glorieuses danseuses. présente une très belle Claque.
Roxane Stojanov est logiquement promue Première danseuse dans cette classe où aucune danseuse ne démérite vraiment mais dans laquelle aura manqué toute une génération que l’on n’oublie cependant pas.

Crédits photographiques : photo 1 Roxane Stojanov ; photo 2 Clara Mousseigne © Julien Benhamou/ Opéra National de Paris

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Paris. Opéra Garnier. 30-X-2019. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet de l’Opéra, classe des artistes femmes. Jury: Alexander Neef, directeur de l’Opéra national de Paris et Président du jury; Aurélie Dupont, directrice de la danse; Sabrina Mallem, maîtresse de ballet; Carolyn Carlson, chorégraphe; Cyril Atanassoff, danseur étoile et professeur. Membres du jury tirés au sort: Héloïse Bourdon, Pablo Legasa, Cyril Mitilian, Julia Cogan, Grégory Dominiak.

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