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Simone Young décevante face à l’Orchestre de Paris

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 3-XI-2021. Alban Berg (1885-1935) : Sept lieder de jeunesse ; Johannes Brahms (1833-1897) : Un Requiem allemand op. 45. Elza van den Heever, soprano. Wolfgang Koch, basse. Chœur et Orchestre de Paris, direction : Simone Young.

Dans un programme conçu comme un splendide hommage à la voix mettant judicieusement en miroir les très intimistes Sept lieder de jeunesse d’Alban Berg et le grandiose et très humain Requiem allemand de Johannes Brahms, Simone Young à la tête du Chœur et de l’Orchestre de Paris et Elza van den Heever en soliste délivrent une lecture assez plate et sans émotion.

Alors que ses premières œuvres sérielles remontent aux années 1923-1925 avec notamment le Concerto de chambre, Alban Berg revient au lied en 1928 en orchestrant ses anciens lieder de jeunesse, composés initialement pour piano et voix entre 1905 et 1907 sous la férule de Schönberg. Tout en conservant leur inspiration post romantique (amour, nature, nostalgie, nuit et rêve) Alban Berg y développe une orchestration brillante pour grand effectif visant à en enrichir les sonorités, la polyphonie et le lyrisme. Hélas, bien loin de respecter ce cahier des charges, Simone Youg ne parvient à aucun moment à trouver le juste équilibre entre orchestre et voix. Si les performances solistiques individuelles sont louables (cordes graves, petite harmonie, cuivres et harpe) et les plans sonores bien individualisés au sein d’une texture orchestrale claire, tout lyrisme, tout envoutement et toute symbiose entre voix et orchestre font cruellement défaut, conduisant à une lecture insipide et sans émotion qui confine rapidement à l’ennui.

Après la pause, la deuxième partie est entièrement dévolue au Requiem allemand de Johannes Brahms. On connait la difficile genèse de ce Requiem dont la composition s’étale sur plus de dix ans (1854-1868), reprise à l’occasion de différents épisodes douloureux survenus dans la vie de Brahms, comme la mort de Robert Schumann en 1856, ou encore la mort de sa mère en 1865. Probablement agnostique mais élevé dans le protestantisme luthérien, Brahms puise tout naturellement ses sources dans la bible de Luther, sans référence à une quelconque liturgie. Prière humble et confiante, ce Requiem dramatiquement humain, héritier des cantates funèbres baroques de Schütz ou Bach, met l’accent sur la souffrance humaine et la consolation, pour s’achever dans la joie, sans aucune référence au Christ, ni à la Résurrection. Pas plus que précédemment Simone Young ne parvient à convaincre totalement. Dès le premier mouvement « Selig sind, die da Leid tragen », l’entrée du Chœur au sein de sonorités graves (orgue, cordes graves et cors) se fait sans finesse, sans cette humilité fervente qui porte l’émotion. Mieux réussi le second mouvement « Denn alles Fleisch, es ist wie Gras » développe un beau crescendo parfaitement mené à grand renfort de timbales sur une dynamique tendue, avant que Wolfgang Kock ne fasse valoir son profond baryton chargé d’humanité, de retenue et de détresse dans une poignante supplication : « Herr, lehre doch mich, daβ ein Ende mit mir haben muβ » en parfaite symbiose avec le Chœur et l’orchestre (cordes graves et cuivres). L’ambiance pastorale du quatrième mouvement « Wie lieblich sind deine Wohnungen, Herr Zebaoth ! » annonce la félicité de la vie céleste et l’espoir de la consolation dans une communion entre chœur et orchestre soutenue par une belle intervention du violon solo invité Anton Barakhovsky (violon solo de l’orchestre de la radio bavaroise). Nonobstant des qualités vocales reconnues dans l’opéra, le cinquième mouvement : « Ihr habt nun Traurigkeit » confirme de façon flagrante qu’ Elza van den Heever n’a pas la voix adaptée à ce genre d’emploi : malgré la puissance d’émission, le timbre trop charnu, le vibrato mal contenu et la ligne de chant trop fluctuante ôtent toute verticalité à son affliction, en dépit des prouesses de la petite harmonie (clarinette de Pascal Moragues notamment). Le sixième mouvement « Denn wir haben hie keine bleidende Statt » est probablement le seul qui puisse être rapproché du Dies Irae de la liturgie catholique par son climat d’urgence, de colère et d’effroi dans l’évocation du Jugement dernier, négocié de façon assez théâtrale par Simone Young avant l’apaisement final de la consolation : « Selig sind die Toten, die in dem Herrn sterben » concluant une interprétation en demi-teinte alternant le bon et la moins bon, sauvée par un Chœur de Paris irréprochable, bien préparé par Lionel Sow.

Crédit photographique : © Klaus Lefebvre

 

 

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 3-XI-2021. Alban Berg (1885-1935) : Sept lieder de jeunesse ; Johannes Brahms (1833-1897) : Un Requiem allemand op. 45. Elza van den Heever, soprano. Wolfgang Koch, basse. Chœur et Orchestre de Paris, direction : Simone Young.

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