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Seong-Jin Cho dans Chopin : la garantie du luxe et de la virtuosité

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Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzi n° 1 à n° 4 ; Concerto pour piano n° 2 op. 21. Seong-Jun Cho, piano ; Orchestre symphonique de Londres, direction : Gianandrea Noseda. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré à St Luke’s, Londres, en avril 2021. Notice en anglais et allemand. Durée : 60:08

 

Vainqueur, en 2015, du Concours international Chopin de Varsovie, poursuit son chemin avec Deutsche Grammophon. Après un récital avec Matthias Goerne et un album Debussy, il revient à l’œuvre de Chopin, pierre angulaire de son répertoire. Il y réussit fort bien, retrouvant à nouveau et le LSO dans le Concerto en fa mineur.

Énergie fulgurante, ruissellement millimétré de notes, maîtrise totale de la polyphonie… Tout cela nous est servi sur un plateau d’ivoire et sans surprise aucune. Les deux premiers accords du Scherzo n° 1 révèlent déjà l’impatience d’en découdre, le premier forte, sans interrogation et le second double forte. L’inverse d’un Pollini qui construit un drame. C’est précisément cette narration qui nous manque chez le pianiste coréen dont le Scherzo n° 2 prend des proportions lisztiennes. Lequel Liszt se moqua de la partition en l’appelant “le scherzo des gouvernantes” et alla jusqu’à interdire à ses élèves qu’ils la travaillent. Un soupçon de jalousie, à l’évidence… Dans cette optique, on se remémore le jeu de Cziffra.

Mais, ne boudons pas notre plaisir : Cho possède un toucher d’une grâce magnifique (même si quelques fins de phrases sont un peu dures). C’est un piano grandiose, impérial dans la maîtrise de l’architecture (ce que le pianiste démontra d’ailleurs au Concours Chopin quand on réécoute quelques-unes de ses prestations captées par Deutsche Grammophon, lors des éliminatoires). Devant une réalisation d’une telle qualité, on ne peut que s’incliner. Joué dans une colère à peine contenue, le Scherzo n° 3 est certainement le plus “avant-gardiste” des quatre opus. L’interprétation en est “bousculée”, tendue dans un climat de lutte. Voilà une interprétation très libre et, une fois encore, lisztienne par la saturation des effets. Les accords joués aux deux mains, leggierissimo, par exemple, renouent par leur intensité expressive et leur originalité harmonique avec l’atmosphère angoissante du début de l’œuvre. Terriblement efficace. Le Scherzo n° 4 rompt avec une certaine violence soulignée dans les trois autres partitions. La liberté y chante davantage du côté du bel canto. La concision – toute relative – de l’écriture et la recherche du timbre suggèrent un “autre” piano. Cho se joue des spirales sonores, le toucher alternant entre caresse et impact, pas de danse et esquisses de marches. Cette lecture scintillante et d’une polyphonie très claire – comment ne pas penser à Zimerman ? – séduit sans contestation possible.

avait été critiqué pour la lourdeur de son accompagnement dans le Concerto pour piano n° 1. Le disque couplé avec les Ballades obtenait toutefois – et à juste titre – une Clef ResMusica. Nous retrouvons les mêmes interprètes dans le Concerto en fa mineur (n° 2) qui est, en réalité, le premier dans l’ordre chronologique. Reconnaissons que la direction musicale de Noseda durant les trois premières minutes de l’introduction n’a nullement gagné en finesse. Bien des chefs compensent ce qu’ils estiment peut-être pour une faiblesse, l’écriture orchestrale de Chopin, en forçant les traits, en surlignant le chant, les contrechants des bois, par exemple. Cho assure que Krystian Zimerman est son mentor, lequel dirige les deux concertos depuis le clavier (disque de “légende” avec le Polish Festival Orchestra). Chez le pianiste polonais, les défauts supposés de l’écriture orchestrale de Chopin disparaissent comme par enchantement. Ici, le travail d’introduction effectué, Noseda s’en remet au pianiste qui prend la direction de l’ensemble. C’est brillant et lumineux. Uniquement.

Avec le Larghetto, nous quittons l’univers de la salle de concert pour celui du salon particulier. Construit comme un nocturne, le mouvement étouffe l’émotion des cordes et des vents, concentrant toute son énergie dans l’expression du chant. Zimerman, encore et toujours… Pour autant, le piano de Cho est d’une superbe plastique et d’un contrôle splendide. Est-ce suffisant lorsque Zimerman fait surgir la passion comme par miracle ? Ici, n’apparaît que le raffinement sans l’extase. Noblesse du chant et caractère rustique des danses se combinent efficacement dans le finale. Cet album est un nouveau beau jalon dans la discographie sans faille du pianiste.

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Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzi n° 1 à n° 4 ; Concerto pour piano n° 2 op. 21. Seong-Jun Cho, piano ; Orchestre symphonique de Londres, direction : Gianandrea Noseda. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré à St Luke’s, Londres, en avril 2021. Notice en anglais et allemand. Durée : 60:08

 
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