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La musique en partage avec Les Cris de Paris

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Paris. Auditorium du Louvre. 8-XII-2021. Luciano Berio (1925-2003) : Folk songs pour mezzo-soprano et sept instruments ; Pierre-Yves Macé (né en 1980) : Jardins Partagés : Prologue aux jardins pour cinq instruments ; Jardins Partagés I – À contre-allée, pour ensemble vocal et instrumental ; Jardins Partagés II – Tour de chant, pour 5 chanteurs et 5 haut-parleurs ; Jardins Partagés III – Chansons migrantes, cantate pour orchestre de chambre, ensemble vocal mixte et enregistrement. Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Les Cris de Paris, direction : Geoffroy Jourdain

Naviguer entre l’oral et l’écrit, jeter des ponts entre le savant et le populaire : c’est la démarche qui anime depuis plusieurs années et leur chef . Le projet vient résonner intimement avec la proposition des Jardins Partagés de , une œuvre que l’on entend ce soir dans l’intégralité de son cycle.


Les Folk Songs de figurent en première partie du programme, œuvre iconique de ce « cosmopolitisme esthétique », dont parle le chef des Cris de Paris et qui habitait également la pensée de l’Italien. Toutes les chansons ne sont d’ailleurs pas authentiquement populaires : les deux premières ont été composées par le chanteur américain Jacob Niles ; La donna ideale et Ballo sont de la main même de Berio, écrites pour son épouse Cathy Berberian qui a créé le cycle en 1964. L’habillage sonore est économe et stylisé, Berio y apposant sa griffe dans de surprenantes codas instrumentales. Le charme et la séduction opèrent dans l’interprétation soignée (peut-être un peu sage) qu’en donne la mezzo-soprano au côté de l’ensemble instrumental et sous la direction de . Un bel équilibre s’instaure entre la voix et les musiciens, dans le très poétique Motettu de tristura notamment où la mezzo trouve d’autres couleurs fondues dans le paysage sonore instrumental.

En lien avec Les Jardins partagés de , il y a cette collecte de chants traditionnels du monde entier que mènent par le biais d’ateliers de médiation et qui constitue le matériau de base de cette partition très originale. Quatre années d’écriture (2017 à 2020) auront été nécessaires à l’élaboration des trois cantates précédées aujourd’hui d’un court prologue instrumental, commande du Festival d’Automne en 2020 : violon et alto sont à jardin, hautbois, basson et cor leur font face à cour. Ce sont eux qui amorcent la joute sonore, le hautbois surtout, avec un petit air populaire qui va nourrir la glose instrumentale. Des échanges cordiaux animent ce petit théâtre sonore au terme duquel les instrumentistes quittent la scène en jouant…

Chaque cantate réclame un dispositif singulier. Chanteurs et instrumentistes (5+5) sont placés en alternance et forment un arc de cercle autour du chef dans Jardins Partagés I – À contre-allée. Pierre-Yves Macé recherche la porosité entre figures vocales et couleurs instrumentales. Un flux sonore s’élabore, qui charrie des langues, des couleurs et des énergies différentes et où chanteurs et instrumentistes finissent par se fondre et se confondre.

La deuxième cantate, Jardins Partagés II – Tour de chant est essentiellement vocale et plus étonnante encore. Elle convoque cinq chanteurs (ensemble mixte) et cinq haut-parleurs placés derrière eux. L’ambiguïté et la fusion des sources, acoustique et électroacoustique cette fois, est toujours au cœur du processus musical : voix en résonance, en surimpression, en polyphonie, dans des textures variées et des modes d’émission qui se diversifient selon l’itinéraire de ce «Tour de chant ». La cantate s’achève sur une séquence plus intimiste : la voix off parlée puis chantonnée d’une jeune fille que relaient discrètement les voix de femme sur scène.

Jardins Partagés III – Chansons migrantes pour orchestre de chambre, ensemble vocal mixte et enregistrement, est la pièce la plus ancienne (2017), la plus intense également. Les voix enregistrées (chants de traditions populaires) sont accueillies, partagées par les chanteurs et les instrumentistes du plateau qui les prolongent, offrant leur résonance singulière et leur retour d’écoute. L’espace d’échanges est chaleureux et foisonnant, qui confine à l’émotion avec cette courte chanson en langue arabe scandée par des voix d’enfants qui est donné à entendre in fine dans sa beauté nue.

Saluons la performance, vocale autant qu’instrumentale, des Cris de Paris sous la direction attentive et le geste engagé de Geoffroy Jourdain ; ainsi que l’équilibre sonore instauré (Mathieu Ferrasson est aux manettes) qui contribue à la qualité et la réussite de ces Jardins partagés.

Crédit Photographique : Pierre-Yves Macé © Luc Hossepied

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Paris. Auditorium du Louvre. 8-XII-2021. Luciano Berio (1925-2003) : Folk songs pour mezzo-soprano et sept instruments ; Pierre-Yves Macé (né en 1980) : Jardins Partagés : Prologue aux jardins pour cinq instruments ; Jardins Partagés I – À contre-allée, pour ensemble vocal et instrumental ; Jardins Partagés II – Tour de chant, pour 5 chanteurs et 5 haut-parleurs ; Jardins Partagés III – Chansons migrantes, cantate pour orchestre de chambre, ensemble vocal mixte et enregistrement. Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Les Cris de Paris, direction : Geoffroy Jourdain

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