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Nancy : La Flûte enchantée chez Walt Disney

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 17-XII-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène : Anna Bernreitner. Décors, costumes et animations : Hannah Oellinger & Manfred Rainer. Lumières : Olaf Freese. Avec : Jack Swanson, Tamino ; Christina Gansch, Pamina ; David Leigh, Sarastro ; Christina Poulitsi, la Reine de la nuit ; Michael Nagl, Papageno ; Anita Rosati, Papagena ; Mark Omvlee, Monostatos ; Susanna Hurrell, Première Dame ; Ramya Roy, Deuxième Dame ; Gala El Hadidi, Troisième Dame ; Christian Immler, l’Orateur ; Ill Ju Lee, Premier Homme armé ; Benjamin Colin, Deuxième Homme armé. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Guillaume Fauchère) ; Orchestre de l’Opéra national de Lorraine ; direction musicale : Bas Wiegers

Avec son univers directement inspiré des cartoons américains, la Flûte enchantée de l’Opéra national de Lorraine est propre à séduire petits et grands.

Nancy n’est pas épargné par la cinquième vague du coronavirus. Durant les répétitions de cette Flûte enchantée, plusieurs membres de la troupe ont été touchés. Il a fallu en urgence remplacer par exemple quinze instrumentistes à l’orchestre ou trouver trois jeunes figurants pour incarner sur scène les trois enfants (les jeunes chanteurs du Conservatoire régional du Grand Nancy initialement prévus étant eux aussi contaminés), tandis que trois membres du chœur assuraient la partie vocale depuis une loge. Grâce à l’adaptabilité et à la réactivité de toutes les équipes de l’Opéra, saluées en début de spectacle par son directeur Matthieu Dussouillez, le rideau a néanmoins pu se lever sur cette première.

Dès le début du spectacle, la scénographie de Hannah Oellinger et Manfred Rainer nous transporte dans un monde de carton-pâte féerique et enchanté : les frondaisons d’une forêt, une montagne rocailleuse, les tours du château de Sarastro à son sommet. En tournant à vue, il révèlera une sombre grotte ou le monde d’un blanc immaculé de Sarastro, où Pamina bénéficie d’une toute petit loge. Les costumes très colorés, à base d’amples chasubles et de hautes perruques, et surtout les remarquables animations vidéos se réfèrent nettement à l’esthétique des dessins animés de style Disney. Le serpent rappelle Kaa du Livre de la Jungle, des yeux aux paupières clignotantes menacent et épient, les feuilles des arbres sont agitées par le vent, les sons issus de la flûte enchantée ou du glockenspiel se matérialisent dans l’air. On est impressionné par l’apparition de la Reine de la Nuit flottant dans un ciel tourbillonnant d’étoiles ou ému par la tentative de suicide de Papageno au sein d’un décor qui se délite peu à peu jusqu’à ronger le chanteur lui-même. La metteuse en scène n’a alors plus qu’à dérouler la narration du conte en soignant la caractérisation de chaque personnage, ce qu’elle réussit avec talent. Une Flûte enchantée au premier degré, accessible à tous. Un idéal spectacle de Noël reçu avec enthousiasme par le public.

En tête de distribution, on remarque avant tout le formidable Papageno de . L’oiseleur est ici influencé par ses proies dont il adopte costume, plumage et mimiques. Un Papageno un peu balourd comme il se doit, très présent et incarné et surtout superbement chantant dans ce rôle vocalement trop souvent sacrifié, assurant toutes le notes d’un timbre riche et séduisant. est un Tamino jeune et un tantinet benêt, lui aussi très convaincant avec son timbre suave, sa parfaite homogénéité de registres, son émission haut placée et égale. L’aigu systématiquement forte pourrait néanmoins bénéficier de quelques nuances et demi-teintes. est parfaite en Reine de la Nuit dont elle a l’autorité de la projection et la précision des contre-notes. Pour Sarastro, possède les graves sonores et la haute stature, moins l’impact du registre aigu et la présence scénique. Il faut dire qu’ n’en fait pas un personnage uniformément positif et lumineux mais plutôt un chef de secte vieillissant, gagné par le doute, presque dépressif. Il en vient à proposer le pouvoir à Tamino, ce que ce dernier refuse au profit d’une réconciliation générale à laquelle sont aussi invitées la Reine de la Nuit et sa suite, ainsi que l’avait déjà montré Robert Carsen à Baden-Baden et Paris. La Pamina de déçoit franchement avec son timbre voilé et déjà mûr, ses aigus filés qui détimbrent, son vibrato mal contrôlé sur les notes tenues. Sommet de la partition, son air « Ach, ich fühls » n’émeut jamais et si son « Tamino mein ! » des retrouvailles a toute l’intensité et la lumière nécessaires, il intervient bien tard.

Relié par une robe commune, le trio des trois Dames trouve en Susanna Hurrell, Ramya Roy et Gala El Hadidi des interprètes actives, aux timbres bien différenciés mais manquant du coup un peu d’homogénéité. Sans « blackface », Mark Omvlee réussit à intéresser avec son Monostatos chanté et jamais nasillard comme le font trop d’autres ténors de caractère. Dans les conditions difficiles de leur exercice signalées en préambule, on se gardera de porter un jugement sur le trio des enfants mais on saluera le timbre fruité et l’aisance scénique d’Anita Rosati en Papagena, l’Orateur vocalement digne mais peu charismatique de Christian Immler et la très noble prestation des deux artistes issus du chœur, Ill Ju Lee et Benjamin Colin, en Hommes armés.

Le Chœur de l’Opéra national de Lorraine réussit aussi sa partie, impeccable de présence, d’intensité et toujours glorieux de puissance dans les tutti, encore meilleur du côté des hommes que chez les femmes moins homogènes. Après un début d’ouverture lentissimo (les fameux trois accords), le chef trouve l’allant et les contrastes adéquats, étageant avec soin les plans sonores, mettant en exergue les interventions des bois si fondamentales chez Mozart, le tout sans jamais sacrifier la cohésion avec le plateau. L’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine répond à cette direction ductile et souple avec talent et conviction.

Crédits photographiques : (Papageno) & (Tamino) / (la Reine de la Nuit) & (Pamina) © Jean-Louis Fernandez 

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 17-XII-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène : Anna Bernreitner. Décors, costumes et animations : Hannah Oellinger & Manfred Rainer. Lumières : Olaf Freese. Avec : Jack Swanson, Tamino ; Christina Gansch, Pamina ; David Leigh, Sarastro ; Christina Poulitsi, la Reine de la nuit ; Michael Nagl, Papageno ; Anita Rosati, Papagena ; Mark Omvlee, Monostatos ; Susanna Hurrell, Première Dame ; Ramya Roy, Deuxième Dame ; Gala El Hadidi, Troisième Dame ; Christian Immler, l’Orateur ; Ill Ju Lee, Premier Homme armé ; Benjamin Colin, Deuxième Homme armé. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Guillaume Fauchère) ; Orchestre de l’Opéra national de Lorraine ; direction musicale : Bas Wiegers

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