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Josef Krips ou l’art d’un “bienveillant despote”

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouvertures de Fidelio, Egmont, Coriolan, Léonore III, La Consécration de le maison ; Symphonies n° 1 à n° 9. Johannes Brahms (1833-1897) : Ouverture pour une fête académique ; Variations sur un thème de Haydn ; Ouverture Tragique ; Symphonies n° 1 et n° 2. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonies n° 84, n° 99 et n° 104. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n° 35, n° 40 et n° 41. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonies n° 8 et n° 9. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n° 1 et n° 4. Johann Strauss II (1825-1899) : An der schönen blauen Donau ; Pizzicato-Polka ; Kaiser-Walzer ; Rosen aus dem Süden ; Accelerationen-Walzer ; Frühlingsstimmen-Walzer. Josef Strauss (1827-1870) : Dorfschwalben aus Österreich-Walzer. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier Suite ; Till Eulenspiegel. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 5.
Hilde Gueden, soprano ; Jennifer Vyvyan, soprano ; Shirley Verrett, mezzo-soprano ; Rudolf Petrak, ténor ; Donald Bell, basse ; Chœur de la BBC ; Orchestre philharmonique de Vienne ; Orchestre symphonique de Vienne ; Orchestre national de France ; Tonhalle de Zurich ; Orchestre Philharmonia ; Orchestre symphonique de Londres ; Royal Philharmonic Orchestra ; Orchestre philharmonique d’Israël ; Orchestre du festival de Vienne ; direction : Josef Krips. 14 CD Scribendum. Enregistrés en divers lieux, entre 1956 et 1972. Pas de notice. Durée totale : 15 h 44’

 

Le chef autrichien (1902-1974) avait acquis un surnom auprès des orchestres qu’il dirigea : le “bienveillant despote”. Il fut un technicien très exigeant de la direction d’orchestre, mais surtout un amoureux de l’œuvre de Mozart, qui domine sa discographie. Scribendum nous propose une anthologie qui ne manque pas d’attraits.

Disciple, entre autre, de Felix Weingartner, le Viennois Joseph Krips mena une carrière “exemplaire”. En effet, il apprit son métier dans les fosses d’opéras, du Volksoper de Vienne, aux théâtres d’Aussig, Dortmund, Karlsruhe puis Vienne. Lors de l’Anschluss, en 1938, il perdit ses postes et cessa ses activités durant la guerre avant de prendre une part active, après 1945, à la réorganisation de la vie musicale viennoise. Il mena avant tout une carrière de chef à l’opéra, aussi bien à Vienne qu’à Salzbourg avant de rejoindre l’Orchestre Symphonique de Londres au début des années 50 puis de diriger les orchestre de Buffalo, San Francisco, le Metropolitan Opera de New York et le Deutsche Oper de Berlin.

La discographie de Krips comprend près de 230 enregistrements officiels (et un nombre conséquent de captations en concerts), assez bien répartis entre répertoires symphoniques et lyriques. L’anthologie proposée par Scribendum n’est donc qu’une infime part de son art, n’intégrant aucune œuvre chorale (à l’exception de la Symphonie n° 9 de Beethoven dans le cadre de l’intégrale) ni concertante, et ne présentant que des bandes tardives, en stéréophonie. Pour autant, elle représente le fondement de son répertoire classique et romantique germanique. Nulle archive inédite non plus dans cette compilation qui, hélas, ne mentionne pas les éditions originales. Le coffret reprend gravures Decca (collection Original Master, entre autres, pour Brahms, Haydn, Schumann, Strauss), Everest (ouvertures et symphonies de Beethoven), Concert Hall (Schubert), Orfeo (Strauss) et Emi/Warner (ouvertures et Variations Haydn de Brahms). Les choix sont solides, même si l’on en eut préféré aussi quelques symphonies de Mozart par le Concertgebouw d’Amsterdam (ex-Philips).

De ce coffret, on peut faire l’impasse sur une intégrale Beethoven, hélas, décevante. Disponible à plusieurs reprises sous des labels “prête-noms” ou bien en importation, elle restait en mémoire par la seule garantie du nom du chef. Non seulement la plus belle des formations londoniennes n’est pas exempte de problèmes de justesse, mais la direction ne semble jamais prendre partie dans l’interprétation. La comparaison avec la première intégrale stéréo de Karajan à Berlin est édifiante. Oublions plus encore une Symphonie n° 9 desservie par une distribution vocale totalement dépassée et indigne de la valeur de Krips.

Le chef est plus à son affaire en concert : en témoigne la lecture enflammée de la Symphonie n° 40 de Mozart (“live” de 1965 au Théâtre des Champs-Elysées) avec l’ (archive Montaigne). Krips fut, à juste titre, reconnu comme un immense mozartien. L’intelligence de ses phrasés, la tenue rythmique pour laquelle il ne donnait jamais d’à-coups ni ne forçait le trait fit merveille. C’est toutefois l’époque londonienne qui est mise en avant dans ces rééditions. Les Symphonies n° 39 et n° 41 de Mozart ont une ampleur et une légèreté que l’on ne retrouvera pas toujours dans sa fameuse intégrale pour Philips. Le Symphonique de Londres sonne avec des accents viennois fascinants. A Vienne, la Symphonie n° 1 de Brahms et, à Londres, la Suite du Chevalier à la Rose de Strauss associent élégance racée, générosité et chaleur romantique. Soulignons l’intérêt de l’Inachevée de Schubert, au dramatisme mesuré ainsi que la finesse de l’articulation de la Symphonie n° 4 de Schumann. Petite inexactitude de l’éditeur à propos de la symphonie de Schubert : nous entendons la version 1962 gravée pour le label Concert Hall avec l’Orchestre du festival de Vienne et non le Symphonique Vienne comme indiqué. Cet orchestre “sans festival” avait été créé dans les années 1950 et 1960 uniquement pour enregistrer des labels aux petits budgets. Avec le Philharmonique de Vienne, les Symphonies n° 94 et 99 de Haydn, la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski et, plus encore, les Strauss (Johann et Josef) brillent avec une extrême délicatesse. Le portrait exact de Krips.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Ouvertures de Fidelio, Egmont, Coriolan, Léonore III, La Consécration de le maison ; Symphonies n° 1 à n° 9. Johannes Brahms (1833-1897) : Ouverture pour une fête académique ; Variations sur un thème de Haydn ; Ouverture Tragique ; Symphonies n° 1 et n° 2. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonies n° 84, n° 99 et n° 104. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n° 35, n° 40 et n° 41. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonies n° 8 et n° 9. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n° 1 et n° 4. Johann Strauss II (1825-1899) : An der schönen blauen Donau ; Pizzicato-Polka ; Kaiser-Walzer ; Rosen aus dem Süden ; Accelerationen-Walzer ; Frühlingsstimmen-Walzer. Josef Strauss (1827-1870) : Dorfschwalben aus Österreich-Walzer. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier Suite ; Till Eulenspiegel. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 5.
Hilde Gueden, soprano ; Jennifer Vyvyan, soprano ; Shirley Verrett, mezzo-soprano ; Rudolf Petrak, ténor ; Donald Bell, basse ; Chœur de la BBC ; Orchestre philharmonique de Vienne ; Orchestre symphonique de Vienne ; Orchestre national de France ; Tonhalle de Zurich ; Orchestre Philharmonia ; Orchestre symphonique de Londres ; Royal Philharmonic Orchestra ; Orchestre philharmonique d’Israël ; Orchestre du festival de Vienne ; direction : Josef Krips. 14 CD Scribendum. Enregistrés en divers lieux, entre 1956 et 1972. Pas de notice. Durée totale : 15 h 44’

 
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