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Aux sources de l’imaginaire du chef Willem Mengelberg

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Œuvres de Marnix van St Aldegonde, Hendrik Andriessen, Johann Christian Bach, Johann Sebastian Bach, Ludwig van Beethoven, Hector Berlioz, Georges Bizet, Alexandre Borodine, Johannes Brahms, Luigi Cherubini, Claude Debussy, Cornelis Dopper, Antonín Dvořák, Christoph Willibald Gluck, Edward Grieg, César Franck, Zoltán Kodály, Franz Liszt, Gustav Mahler, Rudolf Mengelberg, Felix Mendelssohn, Wolfgang Amadeus Mozart, Maurice Ravel, Julius Röntgen, Franz Schubert, Robert Schumann, Johann Strauss II, Richard Strauss, Franz von Suppé, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Adrianus Valerius, Antonio Vivaldi, Alexander Voormolen, Johan Wagenaar, Richard Wagner, Carl Maria von Weber.
Walter Gieseking, piano ; Jo Vincent, soprano ; To van der Sluys, soprano ; Suze Luger, contralto ; Louis van Tulder, ténor ; Willem Ravelli, baryton ; Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Willem Mengelberg. 31 CD Scribendum. Enregistrés au Concertgebouw d’Amsterdam, entre 1926 et 1944. Pas de notice. Durée totale : 36 h 20’

 

Le label Scribendum a réuni des documents épars du chef néerlandais (1871-1951) qui façonna durant un demi-siècle l’orchestre du Concertgebouw, l’une des plus belles phalanges au monde.

Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que le nom de Mengelberg, “propriété” jusqu’alors exclusive des mélomanes, est réapparu dans l’histoire officielle de la direction d’orchestre. Cet enterrement de la mémoire collective des Pays-Bas fut pendant des années aussi respecté que la popularité du musicien avait été grande avant la Seconde Guerre mondiale.

Scribendum ne proposant aucun livret, rappelons quelques données à propos du chef et des enregistrements présentés. Mengelberg étudia auprès de Franz Wüllner qui, lui-même, avait été un disciple de Schindler, secrétaire particulier de Beethoven. Mengelberg eut souvent la coquetterie de revendiquer cet héritage spirituel… Il débuta une carrière de pianiste virtuose, notamment sous la direction de Willem Kes, le premier directeur musical de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, formation alors assez médiocre si l’on en croit les témoignages de l’époque. Devenu maître absolu du Concertgebouw d’Amsterdam en 1895, le jeune Mengelberg forgea un outil exceptionnel grâce à la rigueur et à la continuité du travail, ne concentrant son talent que dans l’univers orchestral et demeurant étranger à celui de l’opéra. Dès les années trente, le chef s’opposa farouchement aux principes de la reconstitution historique qui apparut avec les premières éditions originales. À l’instar de Wagner et de Mahler, il s’arrogea le droit de prendre des libertés avec les œuvres, allant jusqu’à modifier les indications de l’instrumentation. Toute la carrière de Mengelberg fut jalonnée de créations, mais deux compositeurs tinrent toutefois une place essentielle dans sa vie : Strauss et Mahler. Artiste reconnu dans le monde entier, il se rendit coupable d’actes de collaboration avec l’Allemagne nazie, ce qui mit fin à sa carrière à l’issue du conflit. Coupable, il le fut assurément. Victime exutoire “officielle” d’une nation, il le fut également. Le successeur de Mengelberg à la tête du Concertgebouw, Eduard von Beinum, guère suspect de collaboration, réclama avec véhémence sa réhabilitation. Otto Klemperer, d’origine juive, dirigea en 1951, le concert donné à sa mémoire.

Sur le plan discographique, c’est avec le Concertgebouw d’Amsterdam que Mengelberg grava le plus grand nombre d’œuvres, de mai 1926 à février 1944 (les premiers disques du chef datent d’avril 1922 avec le Philharmonique de New York). Deux grandes compagnies accompagnèrent l’orchestre : la Columbia puis à partir de 1937, Telefunken. L’édition Scribendum offre une sélection disparate en termes de répertoires. Elle reprend des bandes de provenances diverses, notamment issues du label Q.Disc (exploitant officiel des archives de la radio hollandaise) qui commercialisa plusieurs superbes albums consacrés à diverses périodes de l’orchestre. Ajoutons que toutes les archives (studio et “live”) sont déjà parues chez Biddulph, Naxos, Teldec, Philips, Andante, Opus Kura, Andromeda, Pearl etc. Quelques raretés réapparaissent dans ce coffret comme la très néoclassique Symphonie n° 7 de Dopper (issue des Archive Documents de 1940). On notera d’inévitables manques comme, par exemple, les enregistrements que l’orchestre réalisa en tournée en France, dans les studios d’Epinay-sur-Seine, en 1931 (Q. Disc), mais aussi les gravures parues chez Tahra (symphonies de Beethoven en 1938 et 1940), ainsi que chez Philips (Passion selon St Matthieu de Bach en 1939, Un Requiem Allemand de Brahms en 1940) et divers Telefunken (Finlandia de Sibelius, en 1941) etc. Enfin, hormis les Variations symphonique de Franck et la Fantaisie de Debussy avec Gieseking, il n’y a aucune œuvre concertante dans cette parution, ce qui est bien dommage, eu égard au legs du chef et de ses solistes dans les œuvres de Bach, Bartok, Beethoven, Brahms, Liszt etc.

Concernant la restitution des prises de son, Scribendum a visiblement choisi de “nettoyer” au maximum les bandes copiées. Sont passés à la trappe, les deux petits coups sec de baguette si caractéristiques que donnait le chef sur le pupitre et qui réclamaient la concentration de chacun. Pourquoi avoir supprimé ce “tic” et gardé les pauses inutiles et bruits du public entre des mouvements de symphonies ? Nous sommes loin du travail entrepris à la source par Q.Disc et Tahra.

Quoiqu’il en soit, on retrouve l’imaginaire du chef hollandais ainsi que ses excès en matière d’accents déplacés, de rubatos qui animent des houles d’une formidable énergie. La prise de risques demeure constante et bien des partitions sont littéralement “vampirisées”. La recherche de l’émotion, de l’expression d’une forme de sensualité peut passer pour de l’exhibitionnisme sinon du mauvais goût à notre époque si soucieuse de ne jamais choquer… De fait, le maniérisme de Mengelberg est parfois poussé à son comble, il est vrai moins supportable dans le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy que dans Psyché de Franck, les ouvertures de Berlioz ou bien Don Juan et Mort et transfiguration de Strauss, sans oublier les symphonies n° 5 et n° 6 de Tchaïkovski. À noter que la Symphonie “Pathétique” est plus bouleversante dans sa lecture de 1941 (une musique slave en pleine occupation allemande !), que dans celle de 1937.

Les symphonies de Beethoven paraissent, en revanche, beaucoup plus “objectives”, d’une netteté remarquable dans leur mise en place et la canalisation des énergies. Les symphonies de Brahms (captées entre 1938 et 1944) reflètent une vision entièrement tournée vers le chant, et une narration épique à l’opposé de la conception d’un Toscanini, à la même époque. Il n’en demeure pas moins que Mengelberg demeure un narrateur d’une puissance de conviction inouïe. Le mouvement permanent – chez Schubert dans les deux versions des symphonies n° 8 et n° 9 (1939, 1943) – le lyrisme des phrasés, l’exacerbation des tensions, tout le romantisme tel qu’on le ressentait dans les années trente est servi par les excellentes captations de la Columbia et de Telefunken. Voilà un coffret précieux si l’on souhaite avoir une vue d’ensemble de l’art de la direction de avant d’approfondir la connaissance vers d’autres labels.

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Œuvres de Marnix van St Aldegonde, Hendrik Andriessen, Johann Christian Bach, Johann Sebastian Bach, Ludwig van Beethoven, Hector Berlioz, Georges Bizet, Alexandre Borodine, Johannes Brahms, Luigi Cherubini, Claude Debussy, Cornelis Dopper, Antonín Dvořák, Christoph Willibald Gluck, Edward Grieg, César Franck, Zoltán Kodály, Franz Liszt, Gustav Mahler, Rudolf Mengelberg, Felix Mendelssohn, Wolfgang Amadeus Mozart, Maurice Ravel, Julius Röntgen, Franz Schubert, Robert Schumann, Johann Strauss II, Richard Strauss, Franz von Suppé, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Adrianus Valerius, Antonio Vivaldi, Alexander Voormolen, Johan Wagenaar, Richard Wagner, Carl Maria von Weber.
Walter Gieseking, piano ; Jo Vincent, soprano ; To van der Sluys, soprano ; Suze Luger, contralto ; Louis van Tulder, ténor ; Willem Ravelli, baryton ; Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, direction : Willem Mengelberg. 31 CD Scribendum. Enregistrés au Concertgebouw d’Amsterdam, entre 1926 et 1944. Pas de notice. Durée totale : 36 h 20’

 
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