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La légendaire 9e de Beethoven de Bayreuth par Furtwängler dans un nouveau mastering

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125. Elisabeth Schwarzkopf, soprano ; Elizabeth Hongen, alto ; Hans Hopf, ténor ; Otto Edelmann, basse ; Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Wilhelm Furtwängler. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en public (Festspielhaus) lors de la réouverture du Festival de Bayreuth le 29 juillet 1951. Livret en anglais. Durée : 82:45

 

Retrouver Beethoven et la Neuvième « de » Bayreuth par en cet été 1951, pour la réouverture du Palais du festival, demeure à jamais un voyage initiatique. Le label BIS propose une nouvelle restitution sans retouches sonores, à partir de la retransmission internationale de la radio bavaroise.

Symboliquement cette exécution de la Symphonie n° 9 de Beethoven pour le redémarrage du Festival Wagner de Bayreuth après les années de guerre représentait une renaissance de ce lieu, en écho à son ouverture en 1876 où déjà Richard Wagner lui-même avait dirigé cette œuvre colossale. Aux côtés de la dizaine d’opéras wagnériens régulièrement interprétés seul ce grand chef-d’œuvre beethovénien a trouvé sa place en ce lieu sacré.

Le 29 juillet 1951, jour de la réouverture, la radio bavaroise installe ses micros (ou son micro monophonique) afin de capter l’évènement. La transmission fut nationale et même internationale, jusqu’en Suède d’où provient le présent document. Un malheur faillit arriver car la radio considéra que passé le concert et sa diffusion par les ondes, rien ne justifiait vraiment de conserver l’enregistrement, destiné – on en frémit restrospectivement – à être détruit. Une ultime décision des responsables de la radio permit au contraire de sauver ce trésor !

L’analyse de cette représentation exceptionnelle a souvent été faite, notamment dans les livrets accompagnant les nombreuses parutions discographiques depuis l’époque des 78 tours (neuf galettes en tout pour cette symphonie), des 33 tours et aussi des CD. Aussi on se tournera avec curiosité sur le son même restitué par l’éditeur BIS qui opte résolument pour un message acoustique brut, exempt de tout nettoyage ou de quelconque filtrage.

Les éditions commerciales de cette gravure (également EMI, Warner, Tahra) ont été réalisées à partir d’une bande montée. Les éditions parues chez Tahra ou SWF (Société Furtwängler française) avaient magnifié un rendu sonore très agréable. Celle de BIS se différencie des autres qui avaient éliminé la plupart des bruits de surface ou ceux venus du public durant l’exécution. Elle reprend le concert public enregistré par la radio sans coupures ni retouches. Cela avait déjà été fait par le label Orfeo, ce dernier ayant utilisé la bande de la Radio Bavaroise.

Sur la douzaine de versions connues et enregistrées de cette symphonie beethovénienne sous la baguette de Furtwängler, celle de Bayreuth reste à jamais la plus célèbre et considérée comme l’un des plus grands enregistrements de toute l’histoire du disque. À ce titre, écoutons le regretté André Tubeuf à propos de cette rencontre au sommet : « Bayreuth, ce fut l’apothéose, tout simplement l’accomplissement. Sublime, oui c’est qui l’assuma, comme Wagner avant lui, dirigeant ici cette symphonie. De l’œuvre immense, il a donné des lectures plus incandescentes et plus furieusement sublimées. Mais aucune fois la circonstance n’avait été si vénérablement solennelle. Le disque était là, ce qu’il a fixé, c’est un instant mystique de l’histoire de l’occident ».

Tout est dit ou presque. On peut parler de la magie du direct que Furtwängler aimait tant, de ce « rêve en marche » dont il parlait. Rien d’autre ne traduit mieux que cela le deuxième mouvement « Adagio molto e cantabile », que le chef étire à l’extrême, doublant presque le temps habituel (près de 20 minutes). Jamais pourtant le discours musical n’est rompu par cette lenteur du tempo, jamais décomposé dans la battue, mais plutôt maintenu en apesanteur. On pense à l’image d’un avion au ralenti porté par ses ailes à la limite du décrochage. Et même si quelques imperfections de l’ s’entendent ici ou là, dont le petit malaise sonore du cor vers 09:00, rien ne vient vraiment troubler la magie de ces instants sublimes.

Afin de garder toute l’ambiance de cette soirée, le disque offre également l’annonce radio du concert et les applaudissements au début et à la fin de la représentation. Le minutage de la symphonie, de l’ordre de 75 minutes environ, servit de référence lors de la création des standards du CD, nouveau support audio apparu au début des années 80. Il fallait pouvoir inclure en un seul disque toute cette symphonie, selon la suggestion même d’Herbert von Karajan. La présente nouveauté est proposée en format SACD, ce qui préserve intégralement le document radio, même s’il n’apporte rien de plus au message sonore original. Parmi tous les enregistrements de cette symphonie sous la baguette de Furtwängler, et aux côtés de celles célèbres de Berlin (1942) et Lucerne (1954), on peut considérer la version Bayreuth (1951) comme la référence dans l’art de ce chef d’exception.

En témoignent ces mots recueillis de Denis Vaugham, contrebassiste à l’orchestre de Lucerne :
« La manière dont Wilhelm Furwängler employait les notes de Beethoven pour nous décrire la vérité a été pour moi une expérience indélébile ».

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125. Elisabeth Schwarzkopf, soprano ; Elizabeth Hongen, alto ; Hans Hopf, ténor ; Otto Edelmann, basse ; Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Wilhelm Furtwängler. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en public (Festspielhaus) lors de la réouverture du Festival de Bayreuth le 29 juillet 1951. Livret en anglais. Durée : 82:45

 
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