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Gabriel Pierné : l’autre Saint-François d’Assise

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Gabriel Pierné (1863-1937) : Saint-François d’Assise, oratorio sur un poème de Gabriel Nigond. Jean Giraudeau, ténor (Saint-François) ; Lucien Lovano, basse (le Lépreux) ; Bernard Demigny, basse (Frère Léon) ; Raymond Amade, ténor solo ; Berthe Monmart, soprano (Sœur Claire) ; Jeanne de Faria, alto (La Pauvreté) ; Freda Betti, mezzo-soprano (Lucia) ; Chœurs de la RTF et Orchestre Radio Symphonique de Paris, direction : René Alix
L’An Mil, poème symphonique. Bernard Demigny, basse ; Chœurs et Orchestre National de la RTF, direction : Jean Fournet. 2 CD Solstice. Enregistrés en public à Paris le 30 mars 1953 (Saint-François d’Assise) et le 11 février 1964 (L’An Mil). Notice de 40 pages bilingue (français/anglais). Durée totale : 134:30

 

Les Disques Fy et du Solstice (50 ans d’âge en 2022) poursuivent leur militantisme musical en repêchant dans les riches heures des archives de l’INA, l’oratorio méconnu de . Une première discographique excitante et forcément frustrante.

« Aujourd’hui, on veut être parfait mais c’est au détriment d’autre chose. On perd une part d’âme en quelque sorte », déclare Yvette Carbou, co-fondatrice du label FY : un alibi introductif bousculé par la prime écoute de l’opus le plus long de . Émergeant d’une prise de son sous acétates, ce Saint-François d’Assise, capté en 1953, n’a pas droit au luxe technologique qui immortalisera, 30 ans plus tard, celui d’Olivier Messiaen. Double peine pour nos oreilles d’enfants gâtés : l’oratorio de Pierné, qui avoisinait les deux heures d’horloge, refait surface amputé d’un tableau complet (Les Stigmates, si inspiré chez Messiaen) et d’une partie du Cantique du Soleil, de la Mort de François. Le livret a beau reproduire, en les grisant, les passages abandonnés : les regrets sont vifs.

Des réserves qui s’atténuent cependant dès la seconde audition d’une œuvre de laquelle on avait espéré une puissance de feu de type honeggérienne. Rien à voir entre l’inspiration mélodique et orchestrale soulevant chaque page du Roi David de 1923 et le piétisme étale de ce Saint-François d’Assise de 1912. « Véritable trait d’union entre deux siècles que l’on a trop souvent voulu dissocier », analyse assez justement Cyril Bongers, le destin de Pierné, né en 1863 et mort en 1937, est tout autre. Sa carrière de compositeur (150 opus tout de même) fut éclipsée par celle du grand chef d’orchestre qu’il fut, qui créa Ibéria, les suites de Daphnis et Chloé, L’Oiseau de feu. Moins cataclysmique que celui de Messiaen, le Saint-François d’Assise de Pierné évoque davantage Pelléas et Mélisande que Jeanne au bûcher.

Ramené (avec l’accord du compositeur) à 1h35, il se compose d’un Prologue (La Jeunesse de François/François et la Pauvreté) et de deux parties (Le Lépreux/Sœur Claire/Les Oiseaux puis Les Stigmates/Le Cantique du Soleil/La Mort de François). Suivant la lettre du livret que Gabriel Nigond a tiré des Fioretti di San Francisco, la partition de Pierné fait l’effet (célesta à l’appui) d’une succession d’enluminures dont rien ne vient troubler la quiétude universaliste d’un compositeur à la ferveur religieuse, nous rappelle-t-on, « somme toute relative. »

Au cœur d’une distribution qui confie la Pauvreté à , le Lépreux à , Frère Léon à , en François et en Claire ressuscitent le désuet de diseurs aujourd’hui disparus mais à l’autorité intacte. Même si le chœur féminin, particulièrement tassé par la prise de son, a parfois l’air d’avoir cent ans d’âge (l’Orchestre Radio Symphonique de Paris est dirigé par ), toute une époque revit, jusque dans la présentation conservée du concert par un maître de cérémonie à la diction altière et sobrement pénétrée.

Le beau poème symphonique avec chœur et basse solo, L’An Mil, complète cette précieuse parution. Il s’agit d’une composition antérieure (1890) sur l’angoisse du changement de millénaire, dont les quarante minutes font beaucoup d’effet en concert, notamment avec sa pétulante – et très honeggérienne – Fête des fous et de l’âne. La prise de son de 1964 offre cette fois une amplitude bienvenue au Chœurs et à l’Orchestre National de la RTF dirigés par .

Si Arthur Honegger a finalement vu la quasi-totalité des enregistrements historiques de ses œuvres remplacés par des enregistrements modernes, c’est loin d’être le cas pour Gabriel Pierné en une époque où la moindre musette de Rameau a droit à la plus spectaculaire des prises de son. Que ce temps advienne afin que puisse prendre effet le conseil du critique René Dumesnil : « Tous ceux qui se tourneront vers les partitions de Gabriel Pierné sont sûrs d’y trouver grand profit en même temps que grand plaisir. »

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Gabriel Pierné (1863-1937) : Saint-François d’Assise, oratorio sur un poème de Gabriel Nigond. Jean Giraudeau, ténor (Saint-François) ; Lucien Lovano, basse (le Lépreux) ; Bernard Demigny, basse (Frère Léon) ; Raymond Amade, ténor solo ; Berthe Monmart, soprano (Sœur Claire) ; Jeanne de Faria, alto (La Pauvreté) ; Freda Betti, mezzo-soprano (Lucia) ; Chœurs de la RTF et Orchestre Radio Symphonique de Paris, direction : René Alix
L’An Mil, poème symphonique. Bernard Demigny, basse ; Chœurs et Orchestre National de la RTF, direction : Jean Fournet. 2 CD Solstice. Enregistrés en public à Paris le 30 mars 1953 (Saint-François d’Assise) et le 11 février 1964 (L’An Mil). Notice de 40 pages bilingue (français/anglais). Durée totale : 134:30

 
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