Cinéma, Danse , Parutions

En corps de Cédric Klapisch : Élise ou la vraie vie d’une danseuse

Plus de détails

En corps, film de Cédric Klapisch. Scénario : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena. Musisque : Hofesh Schechter, Thomas Banghalter. Chorégraphie : Hofesh Schechter. Avec Marion Barbeau, Hofesh Schechter, Denis Podalydès (de la Comédie Française), Muriel Robin, Pio Marmaï, François Civil, Souheila Yacoub. Durée : 2 heures. Au cinéma le 30 mars 2022

 

Avec En corps, le nouveau film de qui se déroule dans l’univers de la danse, , première danseuse de l’Opéra de Paris, devient une véritable actrice dans le rôle d’Élise, une danseuse qui passe du classique au contemporain à la suite d’une blessure.

En corps est construit en miroir. Élise, le personnage de danseuse joué par , première danseuse de l’Opéra de Paris (lire notre entretien), est conquérant dans le 1er acte de La Bayadère, chorégraphié par d’après Petipa. Mais, comme son personnage dans le ballet, elle est victime de la trahison de l’être aimé, à laquelle elle assiste dans les coulisses. Alors que son monde personnel s’effondre, elle tombe sur scène et se fait une entorse sévère à la cheville. Urgences, plâtre, immobilisation… C’est son corps qui a réagi à ce qu’elle vit, assure son kiné, joué par un François Civil énamouré et ultra-sensible. Son médecin est formel, il faut plusieurs mois d’arrêt et peut-être ne lui sera-t-il plus jamais possible de remonter sur pointes. Un renoncement impossible à admettre à 26 ans, l’âge de tous les possibles pour une danseuse. retrace les années d’apprentissage par le truchement d’un journal intime adressé par Elise à sa mère disparue prématurément. Après un lent chemin de reconstruction tant de son corps que de sa volonté, la jeune femme retrouvera l’esprit de conquête, de liberté et de fierté en intégrant la compagnie du chorégraphe contemporain Hofesh Schechter dont elle créera le nouveau spectacle à la Grande Halle de La Villette.

Entre ces deux forts moments de danse, le classique et le contemporain, ce film bienveillant et juste porte un regard tendre et généreux sur les jeunes artistes, qu’ils soient danseurs, musiciens, cuisiniers ou même… kiné. Un regard qui laisse la place aux sentiments, aux émotions et à la fragilité, masculine et féminine.

Dans une narration classique, qui porte aussi un regard générationnel – celui de l’âge des parents de ces jeunes adultes (Denis Podalydès en avocat veuf un peu dépassé et Muriel Robin en hôtesse au cœur large) sur ceux qui se trouvent à la croisée des chemins et doivent faire des choix. Abandonner la danse classique pour le contemporain, faire le deuil d’un amour non réciproque, rendre fiers ses parents… Au passage, Cédric Klapisch toujours fin observateur de notre époque, fait exploser les stéréotypes et n’oublie pas de glisser quelques allusions aux débats qui agitent la société : l’image de la femme (hilarante scène de shooting de photos de robes de mariée) ou le véganisme (un cuisinier perfectionniste joué par Pio Marmaï qui se pose des questions). Son choix des lieux de tournage est aussi très pertinent : la halle bruissante du 104 où toutes les sortes de danse cohabitent, la cafétéria un peu déglinguée de la Recyclerie, ancienne gare de la petite ceinture Porte de Clignancourt, les studios de danse de La Ménagerie de Verre et surtout cette magnifique maison bretonne, devenue lieu de résidence pour artistes. Seule sa vision de l’amour et de la sexualité semble un peu fleur bleue et plus conventionnelle.

En revanche, ce que Cédric Klapisch fait à la perfection, c’est filmer la danse et les danseurs. La Bayadère, sur la scène du Théâtre du Châtelet où il joue un petit rôle de régisseur, comme les répétitions de la compagnie d’Hofesh Schechter en résidence en Bretagne ou au 104, ou encore les magnifiques scènes finales de spectacle, tournées à La Villette. Il sait aussi faire surgir des moments de grâce comme cette improvisation collective contre le vent sur un sentier de randonnée du Morbihan ou les moments où Marion Barbeau travaille son corps, pour une barre improvisée sur la rampe d’escalier de son immeuble ou seule en pleine nuit dans un studio silencieux.

Le choix de la première danseuse de l’Opéra de Paris pour incarner cet animal fragile et blessé qui renaît à la danse est d’une lumineuse évidence. L’expressivité de son visage sur lequel passent toutes les émotions, l’impressionnante maîtrise de son corps de danseuse et surtout les nuances de son jeu sont un bonheur de chaque plan. Et quand, à la fin du film, Élise s’est à la fois réconciliée avec elle-même, avec la danse et avec son corps, en ayant réussi à émouvoir son père – et nous avec – elle peut enfin avancer vers la vie.

Crédits photographiques : © Emmanuelle Jacobson-Roques – CQMM

(Visited 2 686 times, 2 visits today)

Plus de détails

En corps, film de Cédric Klapisch. Scénario : Cédric Klapisch et Santiago Amigorena. Musisque : Hofesh Schechter, Thomas Banghalter. Chorégraphie : Hofesh Schechter. Avec Marion Barbeau, Hofesh Schechter, Denis Podalydès (de la Comédie Française), Muriel Robin, Pio Marmaï, François Civil, Souheila Yacoub. Durée : 2 heures. Au cinéma le 30 mars 2022

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.