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L’Orchestre de Lille en pleine lumière avec Nante et Sibelius

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Lille. Auditorium du Nouveau Siècle. 7-IV-2022. Alex Nante (né en 1992) : Concerto pour piano et orchestre « Luz de lejos » (CM) ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°6 op. 104. Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National de Lille ; direction, Emilia Hoving

Soirée-événement à l’Auditorium du Nouveau siècle avec la création de Luz de lejos, le concerto pour piano du compositeur en résidence à l’Orchestre de Lille, , qui invite sur la scène et la cheffe finlandaise .

Jeunes et animés du même élan, et se connaissent déjà ; ils se sont rencontrés dans le cadre du mentoring de la Fondation Eötvös à Budapest. Avec Luz de Lejos (« Lumière de loin »), et après Sinfonia del cuerpo de luz (« Symphonie du corps de la lumière »), dévoilé au public lillois en septembre dernier sous la baguette d’Alexandre Bloch, le compositeur argentin poursuit sa quête spirituelle de la lumière. La thématique nourrit aujourd’hui toute sa création et sert de fil conducteur à sa résidence. Luz de lejos appréhende de manière non linéaire ce va et vient de la lumière, mouvement de distance et de rapprochement qu’incarne la partie de piano. La rencontre du compositeur avec s’est faite également en amont et c’est pour le pianiste, pour sa main et toutes les facettes de son jeu qu’il connaît bien que le compositeur a pensé son concerto.

 

L’écriture d’Alex Nante s’en tient à la notation traditionnelle, sans renier d’ailleurs la consonance ; pas de techniques de jeu étendues chez le jeune compositeur mais une manière qui trouve sa singularité dans la recherche d’associations de timbres raffinées autant qu’expressives où se ressent l’influence du maître George Benjamin avec qui Nante est allé étudier à Londres. Les six mouvements du concerto, auxquels le compositeur donne un titre, s’enchaînent et observent une certaine symétrie autour d’un axe central. L’alliage du piano et du basson dans le Prélude qui ouvre un espace sonore poétique capte d’emblée notre écoute tout comme la fusion chaleureuse du cor et du piano dans le troisième mouvement (Annonciation). Le jeu complice de la harpe avec l’instrument soliste (Chanson d’amour du 4) déporte les sonorités vers l’aigu et la pureté diamantaire d’un Ravel juste avant la cadence du piano. Le soliste s’emballe dans Toccata I où il infiltre l’écriture orchestrale et lui communique sa lumière dans un élan et une belle fluidité du mouvement. L’inclination pour les lignes ciselées d’une polyphonie savante n’est pas sans évoquer une fois encore l’art d’un Benjamin : dans Toccata II, le piano se tait laissant s’exprimer l’orchestre dans sa plénitude sonore. Le tissu polyphonique des cordes lissées par la résonance des bois juste avant l’entrée du piano dans le final, « Lumière de loin », confine à l’émotion.

Alexandre Tharaud timbre son clavier dans tous les registres, avec l’énergie du son et une présence scénique électrisante qui met l’écoute en alerte. La direction d’Emilia Hoving (formée à l’Académie Sibelius d’Helsinki) est éminemment souple et expressive, la cheffe dosant les équilibres et mettant en osmose soliste et orchestre avec une grâce et un naturel dans le geste qui nous comblent.

La jeune cheffe (tout juste 29 ans) dont on découvre l’immense talent est en terrain connu avec la Symphonie n° 6 de qu’elle a déjà plusieurs fois dirigée et qui referme ce soir ce concert sans entracte. C’est l’avant-dernière œuvre dans le corpus symphonique du compositeur finlandais qui maintient ses quatre mouvements relativement concis dans un espace orchestral peu contrasté, n’ouvrant pas moins sur de larges horizons. La texture est transparente et l’ambiance lumineuse dans l’Allegro molto modérato initial que traverse un souffle léger sous la direction sensible d’Emilia Hoving. La cheffe semble réunir tout à la fois la fluidité du mouvement d’un Salonen et la rondeur du geste de Mikko Franck. Le discours est léger et sans emphase, si ce n’est la légère dramatisation amenée dans les dernières minutes du mouvement. L’Allegretto moderato, introduit par la timbale, semble plus narratif, mettant en dialogue les familles de l’orchestre conduit toujours avec ce geste magnétique qui porte la phalange lilloise, et notamment le pupitre des cordes, à son meilleur niveau. Le Poco vivace est un scherzo plus alerte, presque brucknérien dans sa pulsation obsessive, où la mélodie populaire s’esquisse furtivement. On y apprécie là encore l’extraordinaire ductilité au sein des pupitres qu’obtient la jeune cheffe. Couleurs, flexibilité des lignes et précision des attaques sont à l’œuvre dans un Finale plus animé où chaque motif mélodique nourrit le développement jusqu’au choral conclusif chanté d’une seule voix. L’onctuosité du timbre de l’orchestre le dispute à la lumière singulière qui émane ce soir de l’orchestre dans une musique qu’Emilia Hoving sait si bien défendre.

Crédit photographique : © Orchestre de Lille

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Lille. Auditorium du Nouveau Siècle. 7-IV-2022. Alex Nante (né en 1992) : Concerto pour piano et orchestre « Luz de lejos » (CM) ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°6 op. 104. Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National de Lille ; direction, Emilia Hoving

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