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La Caravane du Caire fait enfin halte à Tours

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Tours. Opéra. 24-IV-2022. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) d’André Ernest Modeste Grétry : La caravane du Caire, Opéra-ballet en 3 actes sur un livret d’Étienne Morel de Chédeville. Mise en scène : Marshall Pynkoski ; Assistant Mise en scène : Charles Di Meglio ; Décors : Antoine Fontaine ; Costumes : Camille Assaf ; Chorégraphe : Jeannette Lajeunesse Zingg ; Éclairages : Hervé Gary. Avec : Jean-Gabriel Saint Martin (Husca & Florestan) ; Enguerrand de Hys (Tamorin) ; Maya Villanueva (Zélime) ; Chloé Jacob (Almaïde) ; Blaise Rantoanina (Saint-Phar) ; Olivier Laquerre (Osman Pacha) ; Lili Aymonino (Esclave française) ; Tatiana Probst (Esclave italienne) ; Mélanie Gardyn (Esclave allemande) ; Jean-Marc Bertre (Osmin) ; Yaxiang Lu (Furville). Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : David Jackson). Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, direction : Stéphanie-Marie Degand

La Caravane du Caire de Grétry était programmée à Tours depuis plus d’un an avant l’annulation des représentations pour cause de COVID. Elle fait enfin étape en Val de Loire, le temps de nous faire voyager dans l’exotisme du XVIIIᵉ siècle.  


A travers l’enlèvement de femmes occidentales destinées au harem du Pacha, le livret de La Caravane du Caire déploie une grande légèreté, mêlant exotisme et burlesque, une valorisation de la « culture française » par le contraste avec un Orient fantasmé de pacotille, une partition où le drame se mêle à la comédie et où le ballet fait avancer l’action ; bref, une sorte de condensé de ces « turqueries » qui faisaient les délices de la cour de Louis XVI.

Fidèle à son approche esthétique, le metteur en scène ne propose pas une reconstitution de ce répertoire mais davantage une évocation, un fantasme, une re-création où le décoratif et le festif, parfois régressif, apparaît vite très réjouissant dans le renouvellement du langage baroque qu’il propose. Des décors de toiles peintes, des robes à panier de taffetas moirés, des chorégraphies de qui évoquent les menuets jusque dans la légèreté des sauts, tout concours à un spectacle haut en couleurs, tout en séduction et joliesse, aboutissant à un feu d’artifice final (au sens propre) qui plaque le sourire aux lèvres et les étoiles dans les yeux.

L’ ne sonne pas « baroque » mais qu’importe, après une ouverture métronomique et empesée, Stéphanie-Marie Degand à la direction apporte par la suite beaucoup d’urgence et de nerfs à cette partition où le charme mélodique mêle la tradition française au goût italien pour la souplesse et la virtuosité. Les pupitres sont soigneusement valorisés et l’élégance des lignes est ici parfaitement restituée de sorte qu’accompagné d’un chœur au diapason, le spectateur et les chanteurs, arrivent à bon port.

La troupe réunie ici s’amuse beaucoup à faire revivre cet « esprit » avec beaucoup de cohésion. Au centre des enjeux dramatique, Saint-Phar, dont la capacité à émouvoir et la générosité sont les atouts, est défendu avec beaucoup de charme par le ténor (lauréat de l’Adami 2016) qui s’inscrit dans la plus pure tradition du chant français, émission claire, vaillance du phrasé et des aigus. Sa Zelime, objet des convoitises du Pacha est quant à elle portée par le soprano léger de Maya Villanueva. Son timbre clair et la délicatesse de son phrasé compensent une diction parfois malmenée par la prosodie.

Husca, le marchand d’esclave est magistralement abordé par le baryton qui bénéficie d’un très beau timbre et d’un charisme vocal indéniable par la simplicité et la clarté de son approche, entre vaillance et élégance non dénuée d’humour et de second degré.

Bien qu’annoncé souffrant, le ténor fait un tabac en Tamorin, eunuque du sérail, qu’il aborde avec beaucoup de fantaisie et dont il assure avec brio la virtuosité de l’écriture.

Par son charisme et son jeu de scène, est parfait en Pacha suffisant, mené par le bout du nez par les femmes et son eunuque. Si on aimerait parfois une voix plus égale sur l’ensemble des registres, le style lui ne fait pas défaut conférant beaucoup de charme à cette prestation.

est une Almaïde impérieuse au chant racé et impressionnant de puissance et de justesse dramatique avec une belle amplitude sur l’ensemble de la tessiture.

Les trois esclaves, française (pétillante ), allemande (toute en rondeur vocale de ) et italienne () remarquable dans la virtuosité comique, sont le clou du spectacle, sans oublier l’Osmin de métier de Jean-Marc Bertre et la voix impressionnante du Furville de Yaxiang Lu.

Un bien agréable voyage en somme que l’on ne demanderait qu’à refaire !

 Crédit photographique : © Marie Pétry

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Tours. Opéra. 24-IV-2022. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) d’André Ernest Modeste Grétry : La caravane du Caire, Opéra-ballet en 3 actes sur un livret d’Étienne Morel de Chédeville. Mise en scène : Marshall Pynkoski ; Assistant Mise en scène : Charles Di Meglio ; Décors : Antoine Fontaine ; Costumes : Camille Assaf ; Chorégraphe : Jeannette Lajeunesse Zingg ; Éclairages : Hervé Gary. Avec : Jean-Gabriel Saint Martin (Husca & Florestan) ; Enguerrand de Hys (Tamorin) ; Maya Villanueva (Zélime) ; Chloé Jacob (Almaïde) ; Blaise Rantoanina (Saint-Phar) ; Olivier Laquerre (Osman Pacha) ; Lili Aymonino (Esclave française) ; Tatiana Probst (Esclave italienne) ; Mélanie Gardyn (Esclave allemande) ; Jean-Marc Bertre (Osmin) ; Yaxiang Lu (Furville). Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : David Jackson). Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, direction : Stéphanie-Marie Degand

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