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De rares et émouvants Godowski et Szymanowski par Dmitri Makhtin et Mūza Rubackyté

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Leopold Godowski (1870-1938) : Valses Impressions, intégrale de l’œuvre pour violon et piano. Karol Szymanowski (1882-1937) : Trois caprices de Paganini op. 40. Dmitri Makhtin, violon ; Mūza Rubackyté, piano. 1 CD Ligia Digital. Enregistré dans la Grande Salle de la Philharmonie de Lituanie, à Vilnius, en juillet 2021. Notice en français et anglais. Durée : 1h17’

 

C’est en compagnie du violoniste Dmitri Makhtin que la pianiste Mūza Rubackyté renoue avec les deux compositeurs de son précédent disque, Godowski et Szymanowski. 

Quelque part entre Vienne, Prague, Vilnius et Varsovie, mais toujours dans un salon feutré, les effluves de ces pages – douze Impressions pour violon et piano – de Godowski nous prennent à la gorge. C’est un violon et un piano entêtant, joyeux, mais d’une joie douce-amère. Les valses, ces Alt Wien, hésitent entre le lyrisme d’un Korngold, le romantisme suranné et pastiche d’un Kreisler. Godowski était un faiseur d’émotions, un prestidigitateur jusque dans l’opulence lorsqu’il plaquait un barnum sur des Etudes de Chopin qui ne lui avaient rien demandé… Godowski savait aussi émouvoir dans la courbe d’une phrase, les pas de danses esquissés. Dmitri Makhtin joue ainsi une série de personnages, luxueux mendiant, pantin désœuvré, prince soliste d’un soir… En arrière-plan, crée le décor, parfois dramatique comme cet Avowal (aveu) aux harmonies dures. Elle “joue” la salle, le public qui chantonne derrière deux Walz Poem, relance le discours, fait mine d’être une Pénélope fauréenne dans le Larghetto lamentoso, peut-être la plus belle pièce aux côtés de la Valse macabre, finalement moins “macabre” que porteuse de cette Sehnsucht si profondément ancré dans le judaïsme du début du 20e siècle.

Loin de la Sonate pour violon et piano et, plus encore des Mythes, les Trois Caprices de Paganini de Szymanowski paraissent d’une écriture plus audacieuse que celle de Godowski. En 1918, il ne s’agissait plus seulement de divertir, mais d’exploiter la structure du thème en brisant les lignes, en jouant d’un chromatisme raffiné et qui tend au maximum les résolutions harmoniques. De fait, ces Caprices et le second en particulier, pourraient être orchestrés tant la richesse du matériau est grande. Voilà un très beau mouvement lent de concerto ! Les superbes couleurs de l’archet de Dmitri Makhtin sont portées par la souplesse du piano, le caractère rhapsodique qui irrigue le 24e Caprice. C’est une musique certes spectaculaire, mais plus encore intimiste. Les passages de pure évocation surpassent la brillance tourbillonnante. Un très beau disque.

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Leopold Godowski (1870-1938) : Valses Impressions, intégrale de l’œuvre pour violon et piano. Karol Szymanowski (1882-1937) : Trois caprices de Paganini op. 40. Dmitri Makhtin, violon ; Mūza Rubackyté, piano. 1 CD Ligia Digital. Enregistré dans la Grande Salle de la Philharmonie de Lituanie, à Vilnius, en juillet 2021. Notice en français et anglais. Durée : 1h17’

 
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