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Pli de Viktor Černický au Théâtre de la Ville : chaises musicales pour partition obsessionnelle

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Paris. Théâtre de la Ville. 16.V.2022. Pli. Concept, chorégraphie et perfomance : Viktor Černický. Lumière : Zuzana Režná . Dramaturgie : Lukáš Karásek. Scènographie : Drahomir Stuli

Dans Pli, vu à l’Espace Cardin du Théâtre de la Ville, à l’occasion des Chantiers d’Europe 22,  se livre à une performance dansée tout autant virtuose que poétique, dépassant l’exercice de style pour faire voir une représentation de nos angoisses.

Le studio de l’Espace Cardin est blanc. Au sol, un carré blanc, aux dimensions de la scène, sur lequel sont disposées vingt-deux chaises de conférence. À l’entrée du public, est déjà présent sur scène, tapant du pied en rythme, geste qu’il gardera tout au long de la pièce, réalisant une prouesse physique remarquable. Pendant toute la pièce, ce geste, comme un hoquet physique, obsédant et rassurant, accompagne le déplacement des chaises, performance à mi-chemin entre le cirque, la danse ou le théâtre.

Avec ses airs de Chaplin monomaniaque, Viktor Černický semble trouver comme un réconfort dans la manipulation des chaises, comme si une anxiété existentielle pouvait trouver un apaisement dans l’exécution obsessionnelle d’une sorte de rite sans cesse recommencé. Becket ou Pinter ne sont pas loin et, tout comme la Winnie de Oh les beaux jours parle frénétiquement pour conjurer la catastrophe à venir, le clown blanc de Pli empile des chaises comme pour échapper, lui aussi, au désastre. Avec une inventivité proche de celle de Marlene Monteiro Freitas, qui dans Bacchantes faisait manipuler des pupitres à ses interprètes ou des feuilles blanches dans Mal – Embriaguez Divina, Viktor Černický explore les points d’équilibre, les figures géométriques, faisant sienne la devise platonicienne : « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », inscrite à l’entrée de l’Académie du philosophe.

Et en effet, dans Pli, la recherche d’une harmonie fragile, sous-tendue par l’absurde quête d’une forme qui réaliserait un achèvement complet, inscrit la performance dans une téléologie de la perfection et place l’interprète dans la position d’un Sisyphe esthète prêt à tout pour trouver un repos dans une stabilité presque chimérique. Car, lorsqu’enfin la balance des chaises semble trouvée, rien n’empêche qu’elle ne s’effondre, une fois le public parti, et que le bal des chaises recommence sans fin.

La simplicité des moyens, la situation élémentaire qui se déploie tout le long du spectacle, cet espace vide peuplé d’une danse précise et itérative, l’ataraxie recherchée sans relâche au milieu d’un vocabulaire catalyseur de jeu, font de Pli un spectacle lumineux qui travaille l’essentiel : la créativité à l’extrême dans une économie d’effets revendiquée.

Crédit photographique : © Vojtech Brtnicky

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Paris. Théâtre de la Ville. 16.V.2022. Pli. Concept, chorégraphie et perfomance : Viktor Černický. Lumière : Zuzana Režná . Dramaturgie : Lukáš Karásek. Scènographie : Drahomir Stuli

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