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Introduction à l’œuvre orchestrale de Valentin Silvestrov

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Valentin Vasylyovych Silvestrov est un compositeur et pianiste ukrainien né à Kyiv (Kiev) en 30 septembre 1937, aujourd’hui âgé de 85 ans et toujours en activité. Les terribles événements consécutifs à la guerre russo-ukrainienne débutée en février 2022 ont perturbé la vie du plus fameux compositeur ukrainien de notre époque. Pour accéder au dossier complet : Valentin Silvestrov

 

Trop peu connu en Europe de l’Ouest, jouit d’une énorme réputation en Ukraine et dans les pays de la région transcaucasienne. Sa profonde amitié avec le Géorgien n’a en rien entaché son originalité et son langage qui appartient à une passionnante variante contemporaine d’un néoromantisme individuel, également qualifié parfois de style musical post-moderne. 

Valentin Vasylyovych Silvestrov est un compositeur et pianiste ukrainien né à Kyiv (Kiev) en 30 septembre 1937, aujourd’hui âgé de 85 ans et toujours en activité. Les terribles événements consécutifs à la guerre russo-ukrainienne débutée en février 2022 ont perturbé la vie du plus fameux compositeur ukrainien de notre époque.

Évolution esthétique de l’œuvre de Silvestrov

Au début des années 1960, se fait connaître comme progressiste et avant-gardiste à Kiev en évoluant autour de Leonid Grabovski (né en 1935 à Kiev) dont l’activité mettait en avant la libre tonalité, le dodécaphonisme, la musique aléatoire, les clusters, le pointillisme, l’utilisation de bruits et d’électronique. Cette période expérimentale se rapproche de l’art conceptuel et du théâtre instrumental. C’est dire s’il reçoit l’influence du post-sérialisme en vogue en Europe de l’Ouest. Les succès s’accumulent et certains, comme le musicologue allemand Theodor Adorno, le considèrent comme un musicien de grande valeur. De cette période date sa Symphonie n° 3 « Escatofonie » fortement remarquée à Darmstadt en 1968.

Il appartient alors à un regroupement hétérogène de jeunes artistes modernistes soviétiques comme Sofia Boubaïdulina, Tigran Mansurian, Edison Denisov, Alfred Schnittke… n’hésitant pas à affronter les critiques acerbes des officiels du régime soviétique. La reconnaissance rapide de ses capacités de compositeur sont tôt remarquées et exprimées par les milieux musicaux occidentaux et contribue à minimiser les brimades officielles. Dès lors, il est utilisé comme élément de propagande, tout comme le fut Chostakovitch.

Conscient que son implication dans l’avant-garde risque de tarir son inspiration (il parle de « ghetto de l’avant-garde »), il s’engage en 1970 dans une œuvre charnière : Drama. Dès lors, il s’éloigne de sa première manière et révise plusieurs de ces partitions modernistes ultérieurement (comme Drama en 2002). Il s’éloigne du sérialisme et se rapproche de la tonalité avec des éléments issus de la modalité, des citations, des collages, le tout constituant des touches héritées du néo-baroque et du néoclassicisme.

Son esthétique évolue vers davantage d’intimité et de confession, ses lignes mélodiques s’allongent, les rythmes brisés l’intéressent moins, sa musique accepte et s’inspire de divers courants expressifs qu’il fusionne sans que l’on puisse la qualifier de polystylisme au sens de ce de qui se pratiquait alors en URSS. A propos d’une œuvre de 1972 comme Méditation pour violoncelle et orchestre de chambre, il recommande une égalité de traitements entre différents styles. La rupture avec son style du début est consommée. Le compositeur estime que les transformations s’installèrent naturellement et peu à peu. Cette métamorphose esthétique le dirige vers une sorte de néo-romantisme individuel.

Depuis quelques années, Silvestrov revient vers, les formes musicales anciennes où les accords parfaits retrouvent leur place et le legs classique et romantique de nouveau conquiert droit de cité. Sa musique s’enrichit d’une profonde et presque constante nostalgie traitée d’une manière très personnelle.

Valentin Silvestrov s’impose comme l’un des ultimes grands romantiques de notre temps Lui-même compare son existence à celle d’un « poète lyrique ».

Globalement son esthétique se rapproche sensiblement d’un style post-moderniste avec souvent des dominantes néoclassiques. Conscient de ne pas appartenir aux créateurs en recherche de nouveautés absolues, il avance plus modestement, ambitionnant d’élaborer une réponse personnelle à ce qui existe déjà. Sa musique mêle souvent des traits assez modernes et des pages mélancoliques. Il aura adopté à son propre tempérament des techniques diverses comme le contrepoint tonal, l’atonalité, le sérialisme, emprunté des traits venus de la Seconde Ecole de Vienne (surtout Webern et Schoenberg) et effectué une recherche sur les timbres et le déroulement de son propos orchestral.

Il remarque combien sa musique a besoin, pour reprendre ses propres mots, de beauté et de tensions mélodiques. Il confie aussi que son acte créateur part d’une pure intuition et s’enrichit de recherches mélodiques où la beauté doit être présente selon lui. Tout comme l’expression de son monde intérieur lyrique, intense, authentique qu’il considère comme nullement nostalgique, car il en réinvente sa perception et la dépouille de ses excès sentimentaux.

Dans les années 2001-2002, il s’adonne davantage aux petites formes, retrouve de belles mélodies bien dessinées et enrichit son important catalogue destiné au piano seul. Un peu plus tard, il élabore plusieurs œuvres chorales, particulièrement sacrées (sans les destiner pour autant à l’usage liturgique). Les tensions et la guerre stimulent l’écriture de Majdan Hymns et Prayers for the Ukraine.

En résumé, le compositeur lui-même divise son évolution esthétique : période dodécaphonique (1960-1963) ; période avant-gardiste (1964-1969) ; accueil de différents systèmes stylistiques à la recherche d’une certaine unité (1970-1973) ; style métaphorique (1974-1989), concept de métamusique, à la recherche d’un style universel (à partir de 1990) puis se concentre sur de plus petites partitions, musique chorale a cappella, formes instrumentales plus modestes. (à partir de 2001-2002). A ses yeux, composer constitue la motivation de son existence depuis ses tout débuts.

Conclusion

Le vaste catalogue de Valentin Silvestrov s’est enrichi au fil des années de ses contacts intimes et inspirés avec le monde de la mélodie, des sensations, des impressions, de la mémoire et de la farouche volonté de ne composer que ce que son cœur ou son intellect lui ont dicté depuis de nombreuses décennies. De ces postulats, il paraîtra plus évident encore de le considérer comme une résurgence inédite et brillante du grand romantisme.

Les dramatiques événements engendrés par la guerre déclenchée par la Russie ont amené la programmation très récente de plusieurs de ses œuvres dans différents pays, projetant brutalement la musique de notre compositeur comme porte-drapeau pacifique du nationalisme ukrainien. L’opéra de Tbilissi (Géorgie), grâce à l’Orchestre philharmonique de Géorgie, interprète sa Symphonie n° 7 le 28 mars 2022 et l’Orchestre symphonique de la Radio de Berlin dirigé par Vladimir Jurowski présente le même jour à Innsbruck (Autriche) Farewell Serenade.

Sources

Bondarenko Larissa, Silvestrov Valentin, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, ed. by Standley Sadie, T 17, p. 321-322, 1988.

CARON Jean-Luc, , L’Harmattan, 2022.

DI VANNI Jacques, 1953-1988. Trente ans de musique soviétique, Actes Sud, 1987.

HAUTOT André, Compositeurs contemporains : Valentin Silvestrov, compositeur ukrainien, 2017.

LEMAIRE Frans C., La musique du XXe siècle en Russie et dans les anciennes Républiques soviétiques, Fayard, 1994.

LEMAIRE Frans C., Le destin russe et la musique. Un siècle d’histoire de la Révolution à nos jours, Fayard, 2005.

Valentin Silvestrov, Schott éditeur.

Crédits photographiques : Portrait © Anton Singurov

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