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Enfin, le premier disque de Rachel Willis-Sørensen

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Guiseppe Verdi (1813-1901) : airs extraits de La traviata, Les Vêpres siciliennes, Otello et Il trovatore. Wolfgang Amadeus Mozart (1759-1791) : extraits de Don Giovanni. Giacomo Puccini (1858-1924) : extraits de La Bohême. Antonín Dvořák (1841-1904) : « Chant à la lune » extrait de Rusalka. Franz Lehár (1870-1948) : « Es lebt’ eine Vilja, ein Waldmägdelein » extrait de Die lustige Witwe. Rachel Willis-Sørensen, soprano ; Olivia Kahler, soprano ; Jonas Kaufmann, ténor ; Giovanni Sala, ténor ; Chœur Capella Cracoviensis ; Orchestra del Teatro Carlo Felice di Genova, direction : Frédéric Chaslin. 1 CD Sony Classical. Enregistré à la Fondation Teatro Carlo Felice di Genova en juillet 2021. Texte de présentation en anglais et allemand. Textes des airs traduits en anglais. Durée : 73:31

 

Plutôt qu’un album « carte de visite », c’est un portrait discographique de la célèbre soprano qui nous est proposé, et c’est bien la moindre des choses que de rendre justice à une voix de cette qualité en lui faisant graver cette très belle série d’airs.

Le mot portrait vient d’autant mieux que c’est effectivement le répertoire habituel de la soprano qui nous est proposé, sans innovation, sans découverte de rareté. Beaucoup de Verdi, mais aussi du Mozart, du Lehar, du Dvořák. La lecture du programme amène à se demander si est une soprano assoluta. Elle a chanté Elsa, Marguerite sur scène, elle chante ici Traviata, Donna Anna, Hélène des Vêpres Siciliennes, Hanna de La Veuve Joyeuse… Sa versatilité permet de poser la question. Écoutons, et tâchons d’y répondre.

Le sommet de ce disque est certainement l’ensemble des deux airs du IVᵉ acte d’Otello, ou la chanteuse américaine déploie les splendeurs de son timbre pulpeux et argenté, la longueur de son souffle, et la souplesse d’une ligne de chant qui semble infinie. L’émotion éclot d’elle-même par la seule simplicité d’un chant parfaitement solfégique, mais aussi par la magie d’un timbre qui semble chargé d’une densité dramatique intrinsèque. Un moment de très beau chant, très pur. Il faut dire qu’elle est bien aidée par , un chef aux intentions et aux tempi justes, à la tête d’un orchestre léger et très clair, ce qui aide à développer un lyrisme simple, onctueux et immédiat. Le chant à la lune de Rusalka démontre les mêmes qualités de ligne et d’opulence sonore. Décidément parfaite pour les ambiances nocturnes et lunaires, crève encore tous les plafonds dans « Tacea la notte » du Trouvère. Sa morbidezza, sa puissance d’évocation font merveille, et elle ne fait qu’une bouchée de la cabalette « Di tale amor ». C’est étonnant de rencontrer une telle virtuosité chez une voix aussi intensément dramatique, aussi riche de timbre. Sans surprise, sa Traviata est brillante, mais un petit degré en dessous de sa Léonore et de sa Desdémone : certes, elle est très agile, mais elle doit tout de même prendre un peu l’ascenseur. On apprécie encore son phrasé magnifique dans l’air d’Hélène des Vêpres Siciliennes, et dans La veuve joyeuse.

Les incursions dans Mozart et Puccini sont intéressantes. Dans Mimi de La Bohême, où sa voix parait presque trop grande, elle est rejointe par le très héroïque et le duo « O soave Fanciulla » fait peur aux premières répliques. Que font dans une petite mansarde cette Elsa et ce Lohengrin de grand calibre ? Mais à force d’allègements, ils nous emmènent effectivement au paradis, dans des pianissimi éthérés de toute beauté. Un chouia trop grande aussi pour Donna Anna, Rachel Willis-Sørensen renouvelle la tradition ancienne des voix dramatiques ou grand’ dramatiques, sauf qu’à la différence des Nilson et Crespin, elle n’a aucun problème à vocaliser comme un rossignol. Au contraire, elle rajoute des fioritures et ornementations, très impressionnantes (et très inutiles, avouons-le…). A noter, la belle réplique, parfaitement stylée de en Don Ottavio. On va quand même trouver quelques petits défauts à cette très belle chanteuse : son élocution est floutée, dans quelque langue qu’elle chante, et le même brouillard ternit son italien, comme son français, son allemand ou son tchèque. Enfin, autant ses incarnations lyriques sont chargées d’un sens tragique immédiat, autant sa Veuve Joyeuse est dépourvue de sourire, et à plus forte raison de second degré d’ironie ou de nostalgie viennoise. Une erreur de choix dans ce disque-portrait.

Donc, soprano assoluta ? Non, sans doute pas. Ce n’est pas une Lucia qui pourrait chanter Brünhilde le lendemain. Mais un soprano lirico-spinto d’agilita, oui, et même très impressionnante. Voilà apparaitre une verdienne d’exception, qu’on voudrait entendre dans une belle intégrale des Vêpres ou du Trovatore. Mais elle est encore plus qu’une verdienne, et on rêve, avec une telle voix à la fois colorature et dramatique, de la voir ajouter des Daphne ou des Kaiserin de Strauss, aux Agathe et Elsa qu’elle est déjà.

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Guiseppe Verdi (1813-1901) : airs extraits de La traviata, Les Vêpres siciliennes, Otello et Il trovatore. Wolfgang Amadeus Mozart (1759-1791) : extraits de Don Giovanni. Giacomo Puccini (1858-1924) : extraits de La Bohême. Antonín Dvořák (1841-1904) : « Chant à la lune » extrait de Rusalka. Franz Lehár (1870-1948) : « Es lebt’ eine Vilja, ein Waldmägdelein » extrait de Die lustige Witwe. Rachel Willis-Sørensen, soprano ; Olivia Kahler, soprano ; Jonas Kaufmann, ténor ; Giovanni Sala, ténor ; Chœur Capella Cracoviensis ; Orchestra del Teatro Carlo Felice di Genova, direction : Frédéric Chaslin. 1 CD Sony Classical. Enregistré à la Fondation Teatro Carlo Felice di Genova en juillet 2021. Texte de présentation en anglais et allemand. Textes des airs traduits en anglais. Durée : 73:31

 
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