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Richard Strauss par lui-même et sans fard

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Moi, je fais l’Histoire de la musique. Textes de Richard Strauss traduits et annotés par Christophe Looten. Fayard. 309 pages. 24 euros. Mars 2022

 

Compositeur majeur du XXe siècle, aura suscité une attention et des commentaires innombrables quant à sa musique, sa personnalité et ses positions au sein de la société allemande de son époque.

Cet ouvrage, sans constituer une authentique biographie, réunit des textes variés de Strauss, traduits et annotés par . Ce travail remarquable apporte des éclairages complémentaires concernant l’homme et ses créations musicales, fort bienvenus certes, mais proposent surtout de nombreux instantanés, apparemment non destinés à la publication en l’état. Néanmoins, le travail de mérite d’être reconnu et apprécié en particulier grâce aux nombreuses notes de bas de pages qui redressent à propos la subjectivité de l’immense créateur que fut , né en 1864, soit quelques années avant la proclamation de l’Empire allemand, et décédé en 1949, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La première édition de ce texte en allemand ne date que de 2016 et cette version française était jusqu’à présent inédite.

Les propos du compositeur forment une sorte de défilé ininterrompu d’avis, critiques, ragots, concernant les multiples personnalités les plus en vue rencontrées au cours de sa longue et foisonnante carrière. Les jugements fusent de toute part, nets, tranchés, charitables ou pernicieux. Quelques-unes des sommités rencontrées sont encensées, d’autres moquées, certaines encore très connues ou d’autres depuis longtemps oubliées. Les contextes sont rapidement présentés et souvent même lapidaires. Il est évident que la personnalité autocentrée de Richard Strauss guide l’ensemble de ses commentaires. Leur intérêt historique ne fait aucun doute et complète très utilement la découverte d’une personnalité complexe et pas toujours très sympathique mais gagne fortement à s’inscrire en complément de données biographiques moins subjectives. L’activité sociale et musicale de Strauss donne presque le tournis mais si une chose est indiscutable, c’est son génie musical extraordinaire que ses propos – non destinés à la publication sous cette forme brute – ont tendance à dévaluer.

Dans ces pages spontanées où il joue le rôle principal et autocentré, le regard que Strauss porte sur ses propres créations ne manque pas d’intérêt et illustre fort à propos son parcours artistique grâce à l’intérêt qu’il manifeste à la direction musicale, aux textes de ses opéras, aux mises en scène et à l’accueil public de ses musiques. Sans oublier ses jugements concernant ses illustres devanciers (Bach, Beethoven, Mozart, Liszt, Berlioz…).

Son activité, d’une richesse et d’une diversité inouïes, nous permet de prendre connaissance de ses contacts avec des personnalités majeures que furent , et pour n’en citer que quelques-unes. À plusieurs reprises, il confie ce qu’il pense des génies musicaux que furent , Gustav Mahler, ou encore Arnold Schoenberg. Son attitude « flexible » vis-à-vis des dirigeants nazis trahit la délicate situation dans laquelle il se trouvait, plus ou moins conscient que tout pouvait basculer en une fraction de seconde. Placé au centre de la vie musicale et politique germanique de son temps, Richard Strauss, conscient de sa valeur créatrice, se détache difficilement de son arrogance et de son sentiment de supériorité tout en éludant ses implications avec les autorités artistiques et nazies.

Le livre supervisé par Looten, spécialiste réputé de la musique allemande de la deuxième moitié du XXe siècle et par ailleurs compositeur, bénéficie grandement des rappels chronologiques, d’un index indispensable des noms et des œuvres et de notes de bas de pages objectives indispensables pour unifier un texte un peu décousu.

Ce travail précieux mérite toutefois, on l’aura compris, un abord parallèle avec une biographie classique plus complète, et moins subjective de la vie et de l’œuvre de Strauss, afin d’attribuer à chaque propos une complémentarité académique. L’une et l’autre s’enrichissant et complétant le caractère de ce créateur exceptionnel doté d’une personnalité complexe.

Au total, Moi, je fais l’histoire de la musique révèle beaucoup de la psychologie du génial compositeur allemand. Hautement recommandé.

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Moi, je fais l’Histoire de la musique. Textes de Richard Strauss traduits et annotés par Christophe Looten. Fayard. 309 pages. 24 euros. Mars 2022

 
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