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Au Festival d’Avignon, immersion dans le jardin graphique et abstrait d’Emmanuel Eggermont

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Avignon. Gymnase du Lycée Saint-Joseph. 8-VII-2022. Dans le cadre du Festival d’Avignon. Emmanuel Eggermont : All Over Nympheas. Concept, chorégraphie et scénographie : Emmanuel Eggermont. Collaboration artistique et photographie : Jihyé Jung. Création lumière : Alice Dussart. Musique Originale : Julien Lepreux. Régie plateau : Lucie Legrand. Costume : Emmanuel Eggermont, Jihyé Jung, Kite Vollard. Interprétation : Laura Dufour, Emmanuel Eggermont, Mackenzy Bergile, Cassandre Munoz, Eva Assayas

Avec All Over Nymphéas, , artiste associé au CCN de Tours, poursuit avec brio une recherche chorégraphique approfondie, inspirée du processus créatif de différentes figures majeures de l’art pictural.

All Over Nymphéas est le troisième volet d’un cycle d’études « chromato-chorégraphiques » débuté en 2017 avec le spectacle Πόλις (Polis) qui proposait un travail autour de l’Outre-noir du peintre Pierre Soulages. Après s’être consacré au champ chromatique du blanc dans le solo Aberration en 2020, nous offre en In du festival d’Avignon une exploration centrée sur la notion de « motif », qui fait cette fois-ci appel à de vastes palettes de couleurs, de sons, de matières et de gestuelles.

Bien qu’il s’inspire des méthodes de travail de Claude Monet, de Jackson Pollock ou encore de Claude Viallat, il n’est pas question d’adapter une œuvre à la scène, mais bien de s’approprier une motivation artistique qui donne naissance à un processus de création propre. Le chorégraphe aborde d’ailleurs plusieurs définitions du mot « motif », qu’il s’agisse d’un élément qui se répète et se décline en série, ou qu’il soit question de la raison qui impulse tout action ou geste créateur.

Dans cette pièce, les motifs se retrouvent également dans la diversité des palettes dans lesquelles chaque élément du spectacle vient puiser, afin de construire de concert un univers chorégraphique élaboré et cohérent. Danse, musique, costumes, lumière et scénographie sont autant d’acteurs d’importance égale qui apportent des facettes très différentes et pourtant indissociables. Rien n’est laissé au hasard, et l’on peut très vite apprécier le travail de recherche minutieux qui a abouti à une sélection stricte des meilleures trouvailles pour ne laisser aucune fioriture.

La danse, tout comme l’ensemble des composantes de la pièce, est précise, nette, sobre, angulaire et très maîtrisée. Mains, coudes, genoux et jambes forment des poses, tracent des lignes et des angles graphiques et asymétriques avec souplesse et sans extravagance. Les cinq interprètes fonctionnent de manière indépendante et viennent structurer de façon dynamique l’espace scénique, en déclinant plusieurs séquences chorégraphiques qui leurs sont propres dans différents espaces et orientations. Ils se croisent, se rencontrent parfois, et participent à la métamorphose progressive d’un décor évolutif, portés par une composition musicale originale électro, construite en superposition de strates dont les combinaisons varient en osmose avec le déroulement d’une œuvre qui se renouvelle constamment sous nos yeux.

Les découpes de feutre épais bleu électrique, les barres de métal suspendues, les carreaux de plastique transparent ou le tapis de danse mat, ne sont que quelques-uns des éléments de décors manipulés par les interprètes, dont le rôle est de figurer de manière abstraite les éléments d’un jardin qui reprend les gammes de couleurs des Nymphéas de Monet. Les costumes ajoutent à ce travail sur les textures avec de nombreux changements de vêtements qui tantôt créent de nouvelles figures géométriques, tantôt esquissent des personnages énigmatiques par un travail d’association des coupes et des matières digne d’un défilé de mode. La création lumière minimaliste trouve également sa place en venant sublimer les diverses nuances de bleu, de vert, de bordeaux, de rose et de jaune, tout en sachant parfois accentuer les reflets émis par certaines matières, ou bien en créant à son tour des formes géométriques qui s’ajoutent à la composition visuelle de l’instant.

All Over Nymphéas est une création très maîtrisée qui s’inspire de l’ancien de manière profonde et signifiante. Dédiée à Raimund Hoghe, dont l’influence se fait également clairement ressentir, la pièce d’Emmanuel Eggermont nous offre une proposition à la personnalité marquée et invite le public à se questionner sur son rapport au changement, ainsi que sur la nature cyclique de ce dernier.

Photo : (c) Jihyé Jung

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Avignon. Gymnase du Lycée Saint-Joseph. 8-VII-2022. Dans le cadre du Festival d’Avignon. Emmanuel Eggermont : All Over Nympheas. Concept, chorégraphie et scénographie : Emmanuel Eggermont. Collaboration artistique et photographie : Jihyé Jung. Création lumière : Alice Dussart. Musique Originale : Julien Lepreux. Régie plateau : Lucie Legrand. Costume : Emmanuel Eggermont, Jihyé Jung, Kite Vollard. Interprétation : Laura Dufour, Emmanuel Eggermont, Mackenzy Bergile, Cassandre Munoz, Eva Assayas

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