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Le Beethoven peu convaincant de Vladimir Jurowski et de l’Orchestre d’État de Bavière

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Brett Dean (né en 1961) : Testament, musique pour orchestre. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 2 op. 36. Orchestre d’État de Bavière, direction : Vladimir Jurowski. 1 CD Bayerische Staatsoper Recordings (BSR). Enregistré au Théâtre national de Munich en octobre 2020. Notice en anglais et en allemand. Durée : 59:55

 

Fruit de la captation de deux concerts, cette production ne convainc guère, hormis l’œuvre de . Certes, voilà un Beethoven propre à séduire en concert, mais les références de la Symphonie n° 2 sont si nombreuses, que l’on ne voit guère la place d’une telle interprétation dans la discographie.

Artiste choyé par nombre d’orchestres, le compositeur australien est également connu en tant qu’interprète (il fut altiste de l’Orchestre philharmonique de Berlin entre 1985 et 1999). Son œuvre est influencée par des esthétiques diverses, allant des écritures de Paul Hindemith à György Ligeti en passant par Hans Werner Henze, György Kurtag et Witold Lutoslawski. Complexe et expressive à la fois, la musique de s’inspire souvent d’éléments littéraires et historiques. C’est le cas de la pièce Testament qui fait explicitement référence au Testament d’Heiligenstadt que Beethoven rédigea sans l’envoyer à ses destinataires, à l’époque de la composition de la Symphonie n° 2.

Testament cite habilement l’œuvre de Beethoven – notamment ses quatuors à cordes – dans le fourmillement sonore d’une polyphonie chargée et propre à stimuler l’oreille de l’auditeur. La partition de près d’un quart d’heure oscille entre réminiscences de musiques de Ligeti et du minimalisme américain, puisant son énergie dans une perception efficace des effets dramatiques. Les incessantes ruptures de rythmes, la finesse de l’orchestration d’un matériau fragmenté sont magnifiées par la direction de . Son interprétation surpasse en virtuosité, en définition et en souplesse, celles de l’Orchestre de Tasmanie qui assura la création de Testament en 2008, sous la baguette de Sébastian Lang Lessing (ABC Classics) puis de Martin Brabbins avec le Symphonique de la BBC (Bis).

« Bizarre, sauvage et criarde », « artificielle », « un amas d’accords barbares », « un dragon qui n’en finit pas de mourir »… La critique viennoise ne ménagea pas ses “éloges” lors de la création de la Symphonie n° 2 de Beethoven, sous la direction du compositeur, le 5 avril 1803 au Theater an der Wien. D’une certaine façon, l’interprétation de Jurowski est en phase avec les critiques… Les timbres peu amènes des violons, le vibrato incongru des bois dans les premières mesures, les changements de tempi pour le moins curieux et pour tout dire, le manque de fluidité, tout cela déconcerte. La direction raide provoque des à-coups dans les basses avant que l’allegro con brio remette l’ensemble sur “les rails”. Dans l’acoustique sèche du Théâtre national de Munich, la romance du larghetto demeure froidement lue par les cordes. L’énergie déployée dans le scherzo ne devrait pas être incompatible avec la fantaisie et une certaine ironie. C’est, hélas, le cas. Le finale, allegro molto, se déroule en “mode automatique”, avec une force irrépressible, à bout de souffle et sans tirer profit des quelques silences qui révèlent le traumatisme du compositeur.

« Tout est riant dans cette symphonie, les élans guerriers du premier allegro sont eux-mêmes tout à fait exempts de violence ; on n’y saurait voir que l’ardeur juvénile d’un noble cœur dans lequel se sont conservées intactes les plus belles illusions de la vie » écrit Hector Berlioz dans la Revue et Gazette musicale de Paris, le 28 janvier 1838. Déjà, en 2010, et en vidéo (Idéal Audience), Jurowski proposait une lecture inutilement raide des Symphonies n° 4 et n° 7, à la tête de l’Orchestre de l’Âge des Lumières. Faut-il nécessairement témoigner de la modernité “révolutionnaire” de l’écriture beethovénienne en omettant le souffle et la beauté du message musical ?

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Brett Dean (né en 1961) : Testament, musique pour orchestre. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 2 op. 36. Orchestre d’État de Bavière, direction : Vladimir Jurowski. 1 CD Bayerische Staatsoper Recordings (BSR). Enregistré au Théâtre national de Munich en octobre 2020. Notice en anglais et en allemand. Durée : 59:55

 
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