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Avec Julie Fuchs et Anna Goryachova, reprise des Capuleti à Bastille

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Paris. Opéra Bastille. 23-IX-2022. Vincenzo Bellini (1801-1835) : I Capuleti ed i Montechi, tragédie lyrique en deux actes. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Michael Levine. Lumières : Davy Cunningham. Julie Fuchs, soprano (Giulietta) ; Anna Goryachova, mezzo-soprano (Romeo) ; Francesco Demuro, ténor (Tebaldo) ; Krzysztof Bączyk, basse (Lorenzo) ; Jean Teitgen, basse (Capellio). Chœur de l’Opéra national de Paris (cheffe de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Speranza Scappucci

Distribution renouvelée dans une mise en scène qui a fait ses preuves pendant plus de vingt-cinq ans. Les femmes, qu’il s’agisse des chanteuses et ou de la cheffe , tirent leur épingle du jeu.


Au moment où le Théâtre des Champs-Élysées programme une reprise de l’Orphée et Eurydice de Gluck, dans la production de Robert Carsen, l’Opéra national de Paris affiche un autre des grands succès du célèbre metteur en scène canadien. Créé à Bastille en 1996, ce spectacle a en effet connu de multiples reprises, lesquelles ont permis au public parisien d’entendre au cours de ce dernier quart de siècle la fine fleur du bel canto international : Ruth Ann Swenson, Anna Netrebko ou Ekaterina Siurina en Giulietta, Daniela Barcellona, Joyce DiDonato ou Karine Deshayes en Romeo… L’intérêt de la reprise, dans de telles circonstances, réside ainsi essentiellement dans les prises de rôle des jeunes artistes d’aujourd’hui et de demain. De ce point de vue, et n’auront pas déçu, malgré quelques légers signes d’instabilité vocale en tout début de soirée. Dans le rôle de Romeo, la mezzo-soprano russe affiche une belle ligne vocale, notamment dans le haut médium et dans les notes les plus hautes de sa voix, ce qui lui permet d’incarner un personnage tendre et amoureux. Elle manque en revanche du grave qui serait nécessaire pour camper un Romeo plus fougueux et belliqueux, surtout dans le contexte d’une mise en scène qui met en avant les aspects guerriers de cet opéra. , quant à elle, possède l’instrument idéal pour incarner une Giulietta de rêve : timbre fruité et argenté d’une rare égalité sur toute l’étendue de la gamme, aigus faciles et planants, trille parfaitement régulier et idéalement musical. On attend avec impatience les prises de rôle à venir. À côté des deux amants, est un Tebaldo vaillant et bouillonnant, sûr de ses aigus et de l’éclat de son timbre en dépit d’une légère tendance à nasaliser l’émission dans la partie la plus haute de l’instrument. Belles prestations également de la part des deux basses, le timbre caverneux de en Capellio contrastant efficacement avec la ligne plus belcantiste de . Très sollicités pour cet ouvrage où le chœur joue le rôle d’un véritable personnage, les hommes du Chœur de l’Opéra national de Paris, placés sous la direction de Ching-Lien Wu, sont eux aussi particulièrement convaincants dans leurs intentions d’en découdre avec la partie ennemie. Dirigé par la cheffe , l’orchestre livre une lecture énergique de la partition, tout en réservant de très beaux solos (harpe, cor, clarinette…) pour les pages les plus intimes.


Même si le spectacle est loin d’être nouveau, on ne se privera pas du plaisir de redire tout le bien que l’on pense du somptueux décor de Michael Levine, parfaitement adapté à l’architecture de l’Opéra Bastille. Sur la symbolique des couleurs rouge, noir et blanc tout a déjà été dit, ce qui ne nous empêche pas de nous extasier une fois encore devant la beauté plastique des costumes et devant les effets crépusculaires des éclairages, lesquels soulignent le côté profondément intime d’un drame dont la mise en scène, paradoxalement, se plait à mettre en avant l’élément politique et historique. S’il y avait un point faible dans cette nouvelle reprise, ce serait la relative gaucherie de ce qui reste de la direction d’acteurs, chanteurs et choristes semblant livrés à eux-mêmes dans des déplacements qui manquent singulièrement de naturel et de fluidité. Les mouvements de foule, par exemple, gagneraient à être retravaillés, à l’exception des scènes de combats stylisées qui gardent toute leur efficacité. Une reprise qui, finalement, aurait besoin d’un petit toilettage pour la partie purement scénique.

Crédit photographique : © Emilie Brouchon / Opéra national de Paris

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Paris. Opéra Bastille. 23-IX-2022. Vincenzo Bellini (1801-1835) : I Capuleti ed i Montechi, tragédie lyrique en deux actes. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Michael Levine. Lumières : Davy Cunningham. Julie Fuchs, soprano (Giulietta) ; Anna Goryachova, mezzo-soprano (Romeo) ; Francesco Demuro, ténor (Tebaldo) ; Krzysztof Bączyk, basse (Lorenzo) ; Jean Teitgen, basse (Capellio). Chœur de l’Opéra national de Paris (cheffe de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Speranza Scappucci

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