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Couleurs d’orchestre et découverte de Zlatomir Fung à Lille avec Lionel Bringuier

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Lille. Auditorium du Nouveau Siècle. Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104. Henri Dutilleux (1916-2013) : Métaboles. Albert Roussel (1869-1937) : Symphonie n° 3 en sol mineur op. 42. Zlatomir Fung, violoncelle. Orchestre National de Lille, direction : Lionel Bringuier

Pour deux soirs devant l’ONL, profite du violoncelle du jeune et déjà passionnant dans Dvořák, avant de livrer d’énergiques ouvrages symphoniques de Dutilleux et Roussel.


Obligé d’annuler ses prochaines apparitions, Truls Mørk cède sa place à Lille au gagnant du Concours Tchaïkovski de 2019, , qui apparaît donc pour la première fois en France grâce au Concerto pour violoncelle de Dvořák. De retour devant l’ pour un programme sur Les Couleurs de l’Orchestre, l’accompagne et n’hésite pas à dynamiser les musiciens dès l’introduction, mettant en avant la superbe petite harmonie ainsi que des cordes vives, portées par la première violon Ayako Tanaka.

Après des clarinettes rondes auxquelles s’accorde le basson, puis un son ample en provenance des violons, un beau solo de cor introduit Fung, entré d’un geste sûr bien que non-démonstratif, dont le but semble être de tout simplement porter la partition au plus proche du texte, sans pour autant valoriser particulièrement son expression tchèque. Non sans rappeler le jeune Yo-Yo Ma, par l’apparence autant que par le style, l’Américain d’origine sino-bulgare entre dans le chef-d’œuvre de Dvořák tout en finesse avec son magnifique violoncelle Goffriler. Très concentré, il garde une véritable liberté en plus de toujours écouter l’orchestre pour s’y adapter, avant de passionner seul pour la superbe partie larmoyante de l’Allegro, pendant laquelle il ne survalorise jamais le vibrato sur la touche.

L’Adagio ma non troppo suit la même ligne, parvenant à créer une écoute d’un calme absolu dans la magnifique acoustique du Nouveau Siècle, où le public en plus d’être silencieux pendant les mouvements, l’est aussi entre eux, même quand les gestes conclusifs des artistes pourraient facilement conduire à des applaudissements, qui n’arriveront nourris qu’après la toute dernière note de l’ouvrage. Avec la même finesse et une dextérité toujours magnifiquement utilisée, le Finale profite encore et toujours de la valeur du soliste, en plus de trouver un orchestre lillois très dynamique grâce au chef français, apte à faire ressortir à nouveau les bois et plus particulièrement la flûte solo. Un extrait de Pirin de Tabakova, dans sa version pour violoncelle, est offert en bis avant l’entracte.

Exclusivement symphonique, la deuxième partie met en avant deux grandes œuvres symphoniques françaises et débute par la plus jouée de  : ses Métaboles. Commandée pour le cinquantième anniversaire du Cleveland Symphony Orchestra et créée par cette formation et George Szell en 1965, la partition s’apparente à un concerto pour orchestre voué à mettre en avant un groupe différent à chacune de ses parties. Bringuier en profite alors pour remettre en exergue les beaux bois lillois, puissants dans Incantatoire, avant de s’intéresser plus aux cordes pour Linéaire, aux percussions pour Obsessionnel et aux cuivres pour Torpide, puis de maintenir une bonne rigueur rythmique afin d’enflammer le tutti pour Flamboyant.

À présent très chaud, l’ peut s’épancher dans la dernière pièce du programme, elle aussi redevable à une commande pour les 50 ans d’une formation américaine, cette fois le Boston Symphony Orchestra. Créée en 1930 sous la direction de Serge Koussevitzky, la Symphonie n°3 d’ a été gravée par les plus grands, de Munch à Boulez en passant par Bernstein, et fait partie des œuvres de prédilection de Lionel Bringuier, dont il existe un enregistrement vidéo des Proms avec le BBC Symphony Orchestra. Elle aussi très dynamique et parfaite pour valoriser un orchestre, l’œuvre permet d’étaler les couleurs françaises et la parfaite adaptation de l’ensemble lillois pour exalter la musique d’un compositeur né à quelques kilomètres de là, dans la ville de Tourcoing. Passé l’Allegro vivo, l’Adagio offre un ample développement aux cordes avant de souligner encore la qualité de la première violon et des bois. Le Scherzo puis l’Allegro con spirito concluent avec la même ferveur cette très belle soirée d’orchestre.

Crédits photographiques : © Ugo Ponte – ONL

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Lille. Auditorium du Nouveau Siècle. Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104. Henri Dutilleux (1916-2013) : Métaboles. Albert Roussel (1869-1937) : Symphonie n° 3 en sol mineur op. 42. Zlatomir Fung, violoncelle. Orchestre National de Lille, direction : Lionel Bringuier

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