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Premier concert du Quatuor Ébène en résidence à Radio France

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Paris. Maison de la Radio. 28-X-2022. Henry Purcell (1659-1695) : Fantaisie n°4 Z. 735, n°5 Z. 736, n°6 Z. 737, n°9 Z. 740 et n°11 Z. 742. György Ligeti (1923-2006) : Quatuor à cordes n° 1 « Métamorphoses nocturnes ». Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes n° 1. Quatuor Ébène : Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, violons ; Marie Chilemme, alto ; Simon Dechambre, violoncelle

Pour son concert inaugural de résidence à Radio France, le jouait Purcell, Ligeti et Schumann : un concert de haute tenue, en dépit de l’absence de son violoncelliste Raphaël Merlin.

Un bras en écharpe, Raphaël Merlin présente la soirée : il restera « sur le banc de touche » pendant que , violoncelliste du Quatuor Hanson, le remplacera. Ce dernier s’est intégré au quatuor d’une façon confondante.

Comme entrée en matière, les Fantaisies de Purcell, pièces célèbres chez les violistes, ne sont pas les œuvres les plus divertissantes du compositeur, s’apparentant parfois à un brillant exercice contrapuntique. Leur intérêt tient notamment à ses ruptures de continuité, entre différentes séquences (en particulier dans les Fantaisies 5 et 11) ou encore dans certaines surprises de la partition, comme ce bref choral poignant, repris plus tard dans le début des Funérailles de la reine Mary. Si l’on peut regretter le timbre de la viole, cette adaptation pour quatuor est loin d’être inédite, découlant du principe d’un consort de violes sur instruments de tailles et tessitures différentes. L’adaptation fonctionne d’autant mieux que le quatuor respecte ici un équilibre entre les pupitres des trois voix de dessus, avec une basse (le violoncelle) plus en retrait, les voix s’entrelaçant avec clarté et fluidité.

Nous avions déjà apprécié le climat nocturne du concert Dutilleux / Schönberg à la Cité de la Musique il y a presque un an. Le premier Quatuor de Ligeti, interprété de manière tout aussi époustouflante, est la grande réussite de ce concert. Encore marqué par l’héritage de Bartók, d’une écriture très dense, ces « Métamorphoses nocturnes », dont les quatre mouvements sont joués sans interruption, présentent des variations à partir d’une cellule génératrice commune, comme autant de facettes d’un paysage sonore nocturne. Le quatuor se fait éthéré, avec des pianissimi merveilleux, formant un tissu fin et flottant de trilles et de tremolos ; ou tendu, avec des progressions chromatiques qui se résolvent en un éclat ; ou encore sauvage, « allegro barbaro » pourrait-on dire, à la manière de Bartók ; et même parodique dans le Tempo di valse, moderato, con eleganza, un poco capricioso. Le transmet tout cela de manière à la fois maîtrisée et inspirée, y compris avec une dose d’humour.

En deuxième partie de concert, le Quatuor n° 1 de Schumann nous plonge dans un climat bien différent. L’Introduzione nous laisse goûter le plaisir des réponses en imitation entre les instruments et de l’onctuosité de l’ensemble, dans un climat calme et intime. Le Scherzo est spirituel et vif et comprend un Intermezzo délicieux, où l’osmose entre les voix permet un pur moment de lyrisme. L’Andante installe une grande plage méditative d’où ressortent le premier violon de et l’alto de à la présence chaleureuse. C’est un Presto plein d’esprit, bondissant, magnifique dans le moment en forme de choral, inventif jusqu’au bout, qui conclut ce concert enthousiasmant.

Crédits photographiques : Quatuor Ébène © Julien Mignot

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Paris. Maison de la Radio. 28-X-2022. Henry Purcell (1659-1695) : Fantaisie n°4 Z. 735, n°5 Z. 736, n°6 Z. 737, n°9 Z. 740 et n°11 Z. 742. György Ligeti (1923-2006) : Quatuor à cordes n° 1 « Métamorphoses nocturnes ». Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes n° 1. Quatuor Ébène : Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, violons ; Marie Chilemme, alto ; Simon Dechambre, violoncelle

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