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Le Quatuor Talich : vers une nouvelle référence dans Dvořák

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Antonín Dvořák (1841-1904) : 8 Valses op. 54, B. 101 ; Mouvement de quatuor en fa majeur B. 120 ; Quatuor à cordes en fa majeur op. 96, B. 179 dit « américain ». Quatuor Talich : Jan Talich, 1er violon ; Roman Patočka, 2e violon ; Radim Sedmidubský, alto ; Michal Kañka, violoncelle. 1 CD La Dolce Volta. Enregistré au South Czech Philharmonic en mars 2022. Notice : français-anglais-allemand-japonais. Durée : 63:04

 

Avec ce dernier opus discographique le rend un bel hommage à Anton Dvořák en réunissant dans une même excellence et sur le même album le Quatuor à cordes n° 12 en fa majeur dit « Américain », le Mouvement de quatuor en fa majeur, et les 8 Valses op. 54, transcrites pour quatuor à cordes.

À l’occasion d’un nouveau changement d’effectif, avec l’arrivée en 2018 de Radim Sedmidubský à l’alto et, en 2019, du violoncelliste Michal Kañka, transfuge du Quatuor Pražák, le remet une fois encore Anton Dvořák sur le métier avec ce deuxième album (après les Quatuors n° 10 et n° 11 enregistrés en 2014 pour le même label LDV) consacré aux quatuors à cordes du compositeur tchèque. De cette nouvelle parution, juste dans l’esprit comme dans la note, on ne sait qu’admirer le plus : le plumage, bien sûr, avec un superbe coffret et une notice claire de Jean-Michel Molkhou ; et plus encore, le ramage révélant une interprétation qui séduit par la beauté de sa sonorité, par sa slavitude prégnante, par la cohésion sans faille des instrumentistes, comme par l’équilibre souverain et la lumineuse clarté des lignes dans les entrelacements de la polyphonie, exaltée par une prise de son d’une rare présence.

« Un quatuor cela change à chacune des arrivées d’un de ses nouveaux membres » nous dit Jan Talich junior, à condition toutefois d’en perpétuer le son et la manière de jouer les musiciens slaves, et tout particulièrement Dvořák. Cette position sans ambages explique sans doute la multiplicité des enregistrements du Quatuor américain par le Quatuor Talich depuis celui de 1976, avec Jan Talich père à l’alto, édité par le label Calliope.

Initialement composées pour le piano (1879-1880), secondairement transcrites pour quatuor à cordes, les 8 Valses opus 54 installent d’emblée un climat imprégné « d’odeurs de la campagne et de vin des auberges »… encore convient-il de tempérer quelque peu cette appréciation tant la lecture qui nous en est donnée par les Talich impressionne par sa verve et sa rusticité, certes, avec des appuis rythmiques bien marqués, mais également par son lyrisme contenu teinté d’une pointe de nostalgie, autant que par son élégance mélodique (Valse n° 5 notamment) et sa virtuosité.

Le Mouvement de quatuor en fa majeur (à ne pas confondre avec le Quartettsatz de Schubert) est le fruit d’une commande du Quatuor Hellmesberger. Dvořák ne donna pas suite à ce mouvement isolé, sans doute du fait de références trop voyantes au Freischütz de Weber, préférant s’atteler à l’écriture du Quatuor n° 11 op. 61. De fait, on y reconnait en filigrane l’« Air d’Agathe » baignant dans une effusion romantique passionnée parfaitement rendue.

Le Quatuor n° 12 dit « américain » referme ce bel album. Contemporain de la Symphonie du Nouveau Monde (1893) cet opus dit également « Quatuor nègre » se développe dans un étrange mélange de slavitude et de sonorités américaines autochtones. Après que l’alto a énoncé son célèbre thème, l’Allegro initial conjugue dans un heureux syncrétisme hymne à la nature, chants d’oiseaux, chants religieux et évocation exotiques des grands espaces faisant la part belle aux sonorités graves. D’un émouvant lyrisme, le Lento déploie, dans la même veine, sa longue cantilène nostalgique et rêveuse sur un dialogue des cordes graves et du violon ; plus vigoureux, le Scherzo fait montre, quant à lui, d’un phrasé plus chaotique au sein duquel le violon se plait à imiter le chant de la fauvette américaine, avant que le Finale, conduit par le violon, ne mène la danse jubilatoire dans une atmosphère d’une irrésistible vitalité.

Dans une discographie déjà pléthorique, ce nouvel opus des Talich trouvera indiscutablement sa place aux cotés des références déjà gravées par les Julliard, Emmerson et autre Pražák, sans oublier les « incunables » comme le Quatuor Budapest, pour n’en citer que quelques-uns.

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Antonín Dvořák (1841-1904) : 8 Valses op. 54, B. 101 ; Mouvement de quatuor en fa majeur B. 120 ; Quatuor à cordes en fa majeur op. 96, B. 179 dit « américain ». Quatuor Talich : Jan Talich, 1er violon ; Roman Patočka, 2e violon ; Radim Sedmidubský, alto ; Michal Kañka, violoncelle. 1 CD La Dolce Volta. Enregistré au South Czech Philharmonic en mars 2022. Notice : français-anglais-allemand-japonais. Durée : 63:04

 
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