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Cristian Măcelaru et le National : sur un petit air de Hongrie

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 17-XI-2022. Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses de Galanta pour orchestre ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto n° 5 pour violon et orchestre en la majeur K. 219 ; Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre. Maxim Vengerov, violon. Orchestre National de France, direction : Cristian Măcelaru.

Dans un concert où souffle un petit air venu de Hongrie, Cristian Măcelaru et le « National » réunissent et Béla Bartók, dans une authentique fête orchestrale où les accents folkloriques des Danses de Galanta de l’un répondent à la modernité percutante du Concerto pour orchestre de l’autre. Mozart complète ce beau programme avec le Concerto pour violon n° 5 interprété par .

C’est de 1906 que date la rencontre entre les deux compositeurs hongrois et Béla Bártok, tous deux professeurs au Conservatoire de Budapest, tous deux unis par leurs recherches ethno musicologiques enracinées dans le folklore et par une même maitrise de l’orchestration dont le concert de ce soir se veut la plus vivante preuve.

Les Danses de Galanta (1933) tiennent leur nom du petit village de Galanta (anciennement austro-hongrois, appartenant aujourd’hui à la Slovaquie) où Kodaly passa une partie de son enfance bercée par les rythmes tziganes émanant de l’orchestre local. Cette partition haute en couleurs s’appuie sur des rythmes de verbunkos caractéristiques (danse traditionnelle pratiquée par des hommes s’accompagnant de mains frappées sur les bottes). Elle alterne les mouvements lents et les mouvements rapides syncopés et laisse une large part aux instruments à vent. Après une introduction lente des violoncelles, la clarinette de Carlos Ferreira entame une belle cantilène nostalgique avant que le phrasé progressivement ne s’anime pour devenir plus dansant, un peu orientalisant, en recrutant tous les pupitres dans une alternance de mouvements pastoraux (cordes et vents) langoureux et mélancoliques (bois) avant qu’ une coda endiablée, comme une invitation à la danse, ne vienne mettre un terme à une belle interprétation qui confirme, s’il en était encore besoin, l’embellie persistante entre et la phalange parisienne.

Faisant quelque peu figure d’intrus dans ce concert aux couleurs de la Hongrie, hormis ses rythmes de czardas dans le Rondo final, le Concerto pour violon n° 5 de Mozart (1775) nous donne l’occasion de retrouver sur scène l’immense violoniste . Même si la blessure de l’épaule datant de 2008, l’intervention chirurgicale qui s’en suivit et les longs mois d’absence paraissent désormais oubliés, il semble bien que le violoniste ne se soit jamais parfaitement remis de cette épreuve comme en témoigne la lecture donnée ce soir où manque justement ce petit supplément d’âme propre aux grandes interprétations et où l’on se surprend par instant à prêter plus d’attention au superbe accompagnement orchestral qu’au jeu du soliste ! Après un Allegro initial qui manque un peu de grâce et d’allegria, un Adagio qui semble quelque peu laborieux malgré une belle cadence, c’est dans le Rondo final que le soliste retrouve enfin toute la verve bondissante, qui a fait sa gloire, dans les rythmes de czardas bien scandés. La Havanaise de Saint-Saëns donnée en « bis » conclut cette première partie sur son thème langoureux de habanera et ses traits de virtuosité éclatante.

Le célèbre Concerto pour orchestre de (1943), pièce incontournable du répertoire symphonique, achève en beauté cette fête orchestrale haute en couleurs par un superbe exercice d’orchestre et de direction au cours duquel le « National » se montre à son meilleur sous la baguette précise, engagée et complice de son directeur musical. L’Introduction met immédiatement en avant la clarté de la texture, l’expressivité et le relief du phrasé à la fois mystérieux et tendu, ainsi que les performances individuelles irréprochables (contrebasses, cordes, percussions, harpe et petite harmonie) et la richesse en nuances rythmiques et dynamiques. Le second mouvement « jeu de couples » renoue avec la tradition du concerto grosso sur un mode ironique en appariant les instruments deux à deux, successivement bassons, hautbois, clarinettes, flutes et trompettes se déployant sur un tapis de cordes graves. Initiée par les contrebasses l’Elégie développe tout d’abord des sonorités nocturnes (bois et piccolo) prenant rapidement un caractère lugubre et dramatique (altos, cuivres et percussions) avant de s’élever dans un véritable chant funèbre. L’Intermezzo associe avec bonheur la composante folklorique (altos et harpe) et les intentions parodiques dans l’évocation burlesque de la Symphonie n° 7 de Chostakovitch et de la Veuve joyeuse de Lehár, avant que le Finale fasse montre de toute la virtuosité du National dans une pyrotechnie orchestrale débridée dont on admire la dynamique et la précision de la mise en place. Magnifique !

Crédit photographique : © Sorin Popa

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 17-XI-2022. Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses de Galanta pour orchestre ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto n° 5 pour violon et orchestre en la majeur K. 219 ; Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre. Maxim Vengerov, violon. Orchestre National de France, direction : Cristian Măcelaru.

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