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Création du Concerto pour violoncelle et orchestre de Francisco Coll

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Paris. Maison de la Radio et de la Musique, Auditorium. 27-XI-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 35 en ré majeur « Haffner », K. 385. Francisco Coll (1985*) : Concerto pour violoncelle et orchestre (création mondiale). Witold Lutosławski (1913-1994) : Grave, « Métamorphoses » pour violoncelle et orchestre à cordes. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sérénade pour cordes en ut majeur, op. 48. Sol Gabetta, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Francisco Coll (le concerto) et Tarmo Peltokoski (le reste du programme)

Prévu pour mettre en avant la création mondiale du Concerto pour violoncelle et orchestre de avec en soliste dirigé par le compositeur lui-même, le concert d’après-midi du Philharmonique de Radio France proposait le reste du programme au chef , encore très jeune face à une telle formation.


Dans ce monde qui veut aller trop vite, il semble que chacun veuille trouver son Mäkelä, encore plus jeune et plus frais si possible. Alors plutôt que de laisser un concert entier au compositeur et chef d’orchestre , l’ a cherché une place dans sa saison pour réinviter le plus vite possible le jeune , entendu la saison précédente lorsqu’il remplaçait au pied levé Santu-Matthias Rouvali.

Pourtant, il suffit d’écouter ce dernier dans son récent enregistrement des Symphonies 3 & 5 de Sibelius et de le comparer à celui de la Symphonie réalisé en 2019, pour entendre ce que Rouvali a gagné en maturité après plusieurs années à la direction du Göteborgs Symfoniker, puis à celle du Philharmonia. De même, à l’écoute de la récente intégrale Sibelius de Mäkelä, très saluée, on comprend qu’un prodige à l’orchestre a besoin de temps pour murir son approche des œuvres et des compositeurs, d’autant que contrairement à un pianiste ou un violoniste, un chef n’a pu se familiariser avec son instrument que dans les dernières années de son apprentissage, et non des milliers d’heures depuis son plus jeune âge.

Issu encore de l’Académie Panula, comme si ce directeur réussissait chaque année à trouver un nouveau génie de la direction, Peltokoski entre ce dimanche sur la scène de l’Auditorium pour diriger sans partition la Haffner de Mozart, avec en plus des cuivres baroques. Mais si la jeunesse offre l’assurance, elle occulte malheureusement la sagesse. L’Allegro con spirito de la 35ème Symphonie de Mozart débute donc par une attaque vigoureuse, d’un ensemble bien trop chaud aux cordes pour s’adapter à une lecture baroque ou même classique. D’équilibres jamais surveillés ni adaptés ressort alors toujours en force le timbalier, tandis qu’à coup de grands gestes, le chef de 22 ans s’amuse à mettre en exergue les groupes en fonction de phrases proposées dans de grands élans romantiques, plutôt qu’à tenter d’y trouver un rapport avec la musique de Mozart. Certes bien plus complexe qu’on peut le croire, la symphonie avance pendant vingt minutes par ces différentes approches, d’un chef qui ne connaît visiblement pas les préceptes de Wagner ou Strauss sur les cuivres, et préfère les faire jouer encore plus fort quand ceux-ci débordent déjà, oubliant d’apporter la moindre finesse à sa prestation.

Manquant de tomber tant il gesticule sur son podium – on se souvient ici de la rumeur disant que l’orchestre londonien avait réduit la taille de celui de Rouvali au début, afin d’en limiter les mouvements – Peltokoski revient en seconde partie pour accompagner dans une courte pièce de Lutosławski, dont il ne sait vraiment quoi faire, et pour laquelle il laisse alors la soliste s’épanouir, bien que l’ouvrage, Grave, ne soit pas de la meilleure écriture du compositeur polonais. Puis il rentre une dernière fois, juste devant les cordes, pour une Sérénade de Tchaïkovski espérée mieux adaptée à son style, bien que là encore, le jeune homme passionné d’improvisation et de comédies musicales l’aborde sans partition, pour en proposer une interprétation sans la moindre cohérence. Plutôt que d’écouter et d’accompagner sa formation dans une œuvre faite pour être jouée sans chef, il préfère à nouveau y apporter son grain de sel à chaque grande phrase, et par exemple se focaliser sur un long solo de la première violon. Alors seulement croyons-nous reconnaître Tchaïkovski, quand l’Andante non troppo déliquescent fait plutôt penser à un mauvais Adagio de Barber, ou le Moderato à un caricatural morceau de Chostakovitch.

Heureusement, au milieu du concert est présenté la création de Francisco Coll, façon de sceller l’amitié entre le compositeur – ICMA 2022 au Luxembourg en avril dernier – et la violoncelliste ; une rencontre rendue possible par l’intermédiaire de la violoniste Patricia Kopatchinskaja, justement elle aussi devant le Philharmonique deux jours plus tôt. En quatre mouvements enchaînés, le Concerto pour violoncelle permet à Francisco Coll, bien plus sobre et plus mûr que Peltokoski, de présenter un ouvrage fait pour mettre en avant la virtuosité de Sol Gabetta, où les rythmes syncopés du Giocoso contrastent avec ceux des deux mouvements lents médians, dont ressort à la fin du Misterioso une longue cadence. Avec des traits descendants répétés, le finale Festoso offre une belle dynamique conclusive, à faire regretter de n’avoir pu entendre le compositeur normalement à l’honneur diriger le reste du programme de la journée.

Crédits photographiques : ©Christophe Abramowitz/Radio France

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Paris. Maison de la Radio et de la Musique, Auditorium. 27-XI-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 35 en ré majeur « Haffner », K. 385. Francisco Coll (1985*) : Concerto pour violoncelle et orchestre (création mondiale). Witold Lutosławski (1913-1994) : Grave, « Métamorphoses » pour violoncelle et orchestre à cordes. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sérénade pour cordes en ut majeur, op. 48. Sol Gabetta, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Francisco Coll (le concerto) et Tarmo Peltokoski (le reste du programme)

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