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Mirga Gražinytė-Tyla, sculptrice d’orchestre avec le Philharmonique de Munich

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Munich. Isarphilharmonie. 2-XII-2022. Raminta Šerkšnytė (née en 1975) : De profundis ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre op. 54 ; Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie n° 3 op. 45. Igor Levit, piano ; Münchner Philharmoniker, direction : Mirga Gražinytė-Tyla

livre un concerto de Schumann très inégal, mais la démonstration d’orchestre en particulier dans la Symphonie n°3 de Weinberg est enivrante.


Au cœur du concert, c’est dans le concerto de Schumann qu’ confronte son art exploratoire et inquiet. Le premier mouvement est très convaincant, le dialogue retenu avec la clarinette dans l’andante central est un grand moment de poésie ; la simplicité n’est pas le fort de Levit, qui multiplie les petites variations de tempo et de dynamique, mais il est à l’aise aussi bien dans le grands traits romantiques que dans le registre le plus intime. Le troisième mouvement, lui, est pris à un tempo particulièrement rapide, certainement à la demande du pianiste : la cheffe réussit parfaitement à conserver le sens des proportions et l’intelligibilité du propos, mais pas le pianiste. Les phrases musicales en perdent toute articulation, les contours estompés, laissant une nette impression de précipitation qui n’est pas l’urgence dramatique que visait sans doute le pianiste.

Autour de ce monument du répertoire, a choisi deux œuvres en marge du répertoire du XXᵉ siècle, mais au cœur de son répertoire personnel – elle les a d’ailleurs toutes deux enregistrées dans ses premiers disques chez Deutsche Grammophon. Le petit quart d’heure pour orchestre à cordes du De Profundis de Raminta Šerkšnytė a des ambitions spirituelles, avec une esthétique d’une modernité très tempérée, mais sans tomber dans la complaisance sentimentale d’Arvo Pärt – on pourrait plutôt lui reprocher une débauche de couleurs un peu démonstratives qui fait presque oublier que seules les cordes sont à ce moment sur la scène, mais c’est un péché véniel pour une œuvre écrite par Šerkšnytė comme œuvre de fin d’études, à 22 ans seulement. Dommage seulement que l’acoustique de la philharmonie provisoire semble donner la priorité à un instrument non prévu dans la partition : les toux du public.

Le programme se termine par la Symphonie n°3 de , une œuvre achevée en 1950 mais créée seulement dix ans plus tard, qui montre l’influence de Chostakovitch sans tout à fait la même hauteur de vue. Weinberg a trouvé en une avocate de rêve, qui tire tout le parti de son intensité expressive et de ses riches couleurs et ôte un peu de platitude aux efforts folklorisants de la partition. Inspiré par elle, l’ sonne ce soir comme un des meilleurs du monde, grâce à de remarquables solistes au hautbois et à la clarinette, mais aussi comme ensemble – la précision rythmique des cuivres et les variations de texture des cordes font merveille. Mirga Gražinytė-Tyla n’est pas de ces chefs qui font le spectacle sur le podium, mais sa gestuelle simple et fluide semble faire flotter le son dans l’espace de la philharmonie – la fin interrogative du deuxième mouvement en est sans doute le plus bel exemple.

Crédit photographique : © Tobias Hase/mphil.

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Munich. Isarphilharmonie. 2-XII-2022. Raminta Šerkšnytė (née en 1975) : De profundis ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre op. 54 ; Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie n° 3 op. 45. Igor Levit, piano ; Münchner Philharmoniker, direction : Mirga Gražinytė-Tyla

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