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Kontakthof : Pina Bausch au contact du ballet de l’Opéra de Paris

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Paris. Opéra de Paris. 2-XII-2022. Pina Bausch : Kontakthof. Chorégraphie : Pina Bausch. Décors et costumes : Rolf Borzik. Lumière : Jo Verlei. Avec : Eve Grinsztajn, Letizia Galloni, Clémence Gross, Caroline Osmont, Ida Viikinkoski, Victoire Anquetil, Juliette Hilaire, Laurène Levy, Charlotte Ranson, Nine Seropian, Adèle Belem, Camille de Bellefon, Lucie Devignes, Awa Joannais, Améli Joannidès, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini, Germain Louvet, Alexandre Gasse, Axel Ibot, Florimond Lorieux, Fabien Revillion, Daniel Stokes,Matthieu Botto, Julien Cozette, Léo de Busserolles, Yvon Demol, Maxime Thomas, Nathan Bisson, Alexandre Boccara, Samuel Bray, Julien Guillemard, Loup Marcault-Derouard, Antonin Monié

Kontakthof, de , fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris et suscite l’admiration. L’adhésion du public à la mythique pièce de 1978 ne va non plus sans poser certaines questions.

Sur scène, un immense espace vide. En fond de scène, un grand rideau gris cache la niche d’un probable orchestre, à ses pieds et sur les côtés, des chaises. Nous sommes dans une salle de bal. À jardin, une monumentale fenêtre diffuse tout au long de la pièce une lumière tamisée, rappelant celle déjà présente dans Barbe Bleue au Théâtre du Châtelet. D’ailleurs, les similitudes avec la pièce créée en 1977 et jouée la saison passée, sont criantes. L’espace bien sûr, mais aussi les affres des relations hommes-femmes.

Et en effet, à l’ère de Mee too et de la dénonciation de la domination masculine et des violences conjugales, Kontakthof marque les esprits. Que ce soit dans les années 70 ou aujourd’hui, le patriarcat domine et, à l’image de cette meute qui maltraite une femme seule durant de longues minutes, il s’impose comme sujet majeur de la recherche de la chorégraphe de Wuppertal. Mais d’autres questionnements viennent irriguer la pièce, fer de lance de tout un nouveau théâtre.

Si hérite de la danse allemande expressionniste de et de Rudolf von Laban avant elle, si elle se place dans les pas de , elle crée, véritablement, une forme innovante de représentation dont l’héritage nous parvient encore aujourd’hui. Alors que les festivals d’Automne et d’Avignon rendent hommage à la danse moderne en cette année 1978, c’est bien ce que Pina appela le « Tanztheater » qui va bouleverser la scène artistique mondiale. Nous ne sommes pas loin, aussi, d’une autre révolution : le May B de date de 1981.

Pina Bausch crée des cellules de sens éclatées : des scènes de théâtre et de danse entremêlées, une poétique ou une chorégraphie du geste qui modèle et habite l’espace. Il y a une vérité dans ce travail, tous ces mouvements portent de l’intention, tout parait simple, incarné et à la bonne place. De la première scène où, un par un, les danseurs viennent exposer au proscenium leurs corps, jusqu’à ce moment où ils délivrent une anecdote de leur vie intime au micro, la danse, les corps, les récits, tout a sa place dans ces performances d’acteurs et de danseurs.

Derrière le rideau, un petit film à propos de la vie de canards dans un étang est projeté. Les danseurs lui font face en ligne, le dos tourné au public. Et la voix off qui commente la vie aquatique de conclure : « ils se sont amusés et se sont accouplés ». C’est l’histoire de l’espèce humaine renvoyée à la scène, renvoyée au public. Et oui, il y eut de l’amusement et de l’insouciance sur cette scène de Garnier : des jeux dansés, des danses aériennes, une atmosphère de fête foraine au milieu de chansons allemandes des années 20 et 30. Il y eut du désir aussi, de l’animalité presque.

La pièce fut jouée par des personnes âgées et par des adolescents, montée également à ces occasions par Pina Bausch. On peut se poser la question de la pertinence et de la valeur ajoutée de sa reprise par les danseurs de l’Opéra de Paris, transmission assurée, entre autres, par une ancienne danseuse de Pina : Julie Shanahan. Mais comme tout chef d’œuvre, la pièce de la chorégraphe s’affranchit de ces questions en révélant l’intime chez ses interprètes, ce qui la révèle en retour. Les questions sur la notion de représentation soulevées par ce mélange de jeu sur l’espace et le récit s’effacent dans la révélation la plus simple possible d’une poésie en acte.

Dans le flot de saynètes tendres et violentes, dans cette joie de voir se réaliser sur scène la pure présence, c’est la vérité de chaque mouvement, chaque intention, chaque respiration des interprètes qui étincelle. survole avec tendresse et malice les difficiles moments de jeu. déjoue avec simplicité les pièges de la pièce et illumine de sa présence magnétique et de son air espiègle la scène rendue à sa plus simple expression : le lieu d’un chant de félicité et d’allégresse porté par une troupe éthérée.

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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Paris. Opéra de Paris. 2-XII-2022. Pina Bausch : Kontakthof. Chorégraphie : Pina Bausch. Décors et costumes : Rolf Borzik. Lumière : Jo Verlei. Avec : Eve Grinsztajn, Letizia Galloni, Clémence Gross, Caroline Osmont, Ida Viikinkoski, Victoire Anquetil, Juliette Hilaire, Laurène Levy, Charlotte Ranson, Nine Seropian, Adèle Belem, Camille de Bellefon, Lucie Devignes, Awa Joannais, Améli Joannidès, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini, Germain Louvet, Alexandre Gasse, Axel Ibot, Florimond Lorieux, Fabien Revillion, Daniel Stokes,Matthieu Botto, Julien Cozette, Léo de Busserolles, Yvon Demol, Maxime Thomas, Nathan Bisson, Alexandre Boccara, Samuel Bray, Julien Guillemard, Loup Marcault-Derouard, Antonin Monié

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