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Geniušas et Slobodeniouk transcendent l’Orchestre national du Capitole de Toulouse

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Toulouse. Halle aux Grains. 15-XII-2022. Thomas Adès (1971*) : Three-piece Suite, from “Powder Her Face”. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°3 en ré mineur, op.30. Lukas Geniušas, piano. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, ballet intégral. Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction musicale : Dima Slobodeniouk

Quelques jours après la nomination de son nouveau directeur musical, l’Orchestre du Capitole de Toulouse démontre toutes ses qualités dans le répertoire russe sous la direction de , en compagnie d’un exceptionnel pour le Concerto n° 3 de Rachmaninov.


Alors que sa direction vient d’annoncer la nomination du tout jeune Tarmo Peltokoski, l’ fait preuve avec de sa superbe cohésion de groupe ainsi que de la grande qualité de ses solistes. Avant de proposer deux chefs-d’œuvres du répertoire russe, le concert débute avec Three-piece Suite de , trois morceaux de l’opéra Powder her Face du compositeur, réorchestrés pour grand orchestre, car initialement prévus pour un ensemble d’une quinzaine de musiciens. L’Ouverture n’hésite pas à utiliser un caractère grotesque aux tendances jazzy, comme on peut l’entendre parfois chez Ravel, mais avec des ruptures et une fragmentation beaucoup plus prononcées, qui offre l’occasion aux cuivres et percussions de donner de la voix. La Valse se concentre plus sur les bois et met en avant les flûtes avant de se développer sous l’archet de , qui fait pour l’occasion sa première apparition en tant que première violon de l’orchestre. Le rythme toujours bien maintenu évolue par la suite sous les pizzicati des cordes graves pour laisser passer le thème répété par la harpe et le piano en fond de scène, avant de revenir aux vents. La dernière pièce, le Finale de l’opéra, conclut sur un joli solo du piccolo.

Après un changement de plateau pendant lequel un Steinway est amené, entre sur la scène pour s’atteler à l’une des plus grandes œuvres du répertoire concertant pour piano. D’une rare agilité, il trouve dans le Concerto n° 3 pour piano de Rachmaninov un style d’une finesse comparable à celle de l’accompagnement, initié tout en douceur pour une œuvre trop souvent dénaturée par la recherche du gros son. Loin d’une telle démonstrativité, le pianiste comme le chef s’illustrent au contraire par leur subtilité dès l’Allegro ma non troppo, dont ressort notamment le duo avec le premier cor. Extrêmement souple, Geniušas développe ensuite toute la partition avec une superbe justesse et une parfaite maîtrise, puissant dans les grands élans romantiques comme dans les phases très rapides, toujours abordées avec une grande dextérité.

Introduit par le solo exemplaire du hautboïste Chi Yuen Cheng, puis par le soyeux des cordes, l’Intermezzo nous transporte ensuite par la cadence du pianiste. Pensive et mélancolique, jamais exagérée dans son pathos, elle impressionne encore par la célérité du doigté lorsque ce mouvement redevient plus dynamique. Le Finale : alla breve conclut avec la même puissance l’interprétation, toujours aussi passionnante au piano et à l’orchestre. Se démarquent à nouveau plusieurs solistes, mais aussi la capacité de Slobodeniouk à concentrer le son de la formation dans les forte. Évidemment très applaudi, Lukas Geniušas revient pour deux bis, sans doute en hommage à l’Ukraine puisqu’il s’agît de deux pièces modernes du cycle des Chants de Bukovina de Leonid Desyatnikov (né en Ukraine en 1955), dont la première, L’arroche rouge a fleuri en blanc, présente un caractère sombre.


En seconde partie de soirée, l’Orchestre du Capitole de Toulouse rentre au complet pour s’atteler à la version intégrale du ballet L’Oiseau de Feu de Stravinsky, plus souvent représenté en concert par ses suites de 1910, 1919 ou 1945. L’Introduction aux violoncelles puis au reste des cordes démontre encore l’approche particulièrement ajustée de Dima Slobodeniouk, qui s’applique de la même manière à organiser avec une grande intelligence tous les numéros. De la formation ressortent à nouveau le hautboïste et le cor solo, ainsi que la première flûte Sandrine Tilly et surtout la première basson, Estelle Richard. Profitant des bois français, le chef développe la partition en maintenant toujours de parfaits équilibres et une ligne mélodique chantante, en plus de bénéficier des soli du quatuor, notamment ceux de la première violoncelle. A contrario, il parvient à faire exploser un tutti superbement compact dans la Danse Infernale, jusqu’à calmer ses forces pour la Berceuse et le Finale. La merveilleuse Disparition du Palais est introduite par l’ultime solo de cor de Jacques Deleplancque, qui signe par sa prestation de référence ses adieux à l’orchestre, tout comme les violonistes Marie-José Fougeroux et Sylvie Vivies, au risque de beaucoup manquer !

Crédits photographiques : © Romain Alcaraz

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Toulouse. Halle aux Grains. 15-XII-2022. Thomas Adès (1971*) : Three-piece Suite, from “Powder Her Face”. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°3 en ré mineur, op.30. Lukas Geniušas, piano. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, ballet intégral. Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction musicale : Dima Slobodeniouk

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