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La Création de Haydn par Jordi Savall, le premier oratorio profane

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Franz-Joseph Haydn (1732-1809) : Die Schöpfung Hob. XXI:2, oratorio sur un livret de Gottfried van Swieten d’après le Paradis perdu de John Milton. Yeree Suh, soparo ; Tilman Lichdi, ténor ; Matthias Winckhler, bayrton ; La Capella Reial de Catalunya ; Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall. 2 SACD hybrides Alia Vox. Enregistrés en mai 2021 à la Collégiale du château de Cardona (Catalogne). Livret en français, anglais, allemand, italien, castillan, catalan. Durée totale : 103:18

 

avec son ensemble légendaire nous livrent une vision éclatante et solaire du célèbre oratorio de Haydn.

Si est un grand spécialiste des musiques anciennes, il ne s’intéresse pas moins au répertoire classique et maintenant pré romantique avec les symphonies de Beethoven et Schubert. Depuis sa jeunesse et des études à Bâle, il voue une immense admiration à la musique de Haydn, des quatuors, où il tenait le violoncelle et plus particulièrement Les Sept dernières paroles de notre rédempteur sur la croix, dont il enregistra magistralement la version originale pour orchestre en 1990 avec le tout jeune Concert des nations. Si l’œuvre de Haydn est parsemée d’inventivité et de chefs-d’œuvre, son plus grand triomphe est peut-être son deuxième oratorio, La Création, composé entre 1796 et 1798, qui connut immédiatement un immense succès jamais démenti depuis. Haydn revenait de son second voyage en Angleterre où il avait été vivement impressionné par les oratorios de Hændel. (Haydn avait composé un premier oratorio en italien en 1775 Il ritorno di Tobia (Le Retour de Tobie), donné à Vienne au profit d’une société de bienfaisance, qui connut déjà un succès considérable).

Depuis une soixantaine d’années, la discographie est pléthorique et les bonnes, voire excellentes versions ne manquent pas, tant par des chefs romantiques sur instruments modernes, que des « baroqueux » ou « historiquement informés », avec à chaque fois des solistes remarquables selon la sensibilité et le style de l’époque. On peut se demander ce que peut apporter une nouvelle version, qui se heurte à une rude concurrence. La vision du chef catalan est loin de démériter par rapport aux enregistrements précédents et elle s’impose même par une exubérance et une vitalité jubilatoires dans le plein esprit de l’ouvrage. Contraint par les circonstances du temps, à savoir la crise sanitaire du Covid 19, Jordi Savall aura mis presqu’autant que Haydn à la composition pour livrer sa lecture de l’ouvrage. Conformément à son habitude, il l’aura donné de nombreuses fois en concert avant de se poser devant les micros de Manuel Mohino dans sa chère collégiale du château de Cardona en Catalogne.

Baignée de lumière, l’interprétation de Jordi Savall démontre une recherche de timbres, de couleurs, de climats, ainsi qu’une conception dramatique des plus soignées. Il met parfaitement en lumière la structure de la partition en trois parties mettant en scène les éléments, les animaux, l’homme et le paradis terrestre à partir du récit biblique, d’un commentaire lyrique avec les airs solistes, puis un chœur de louange. Le chef souligne le rôle moteur de l’orchestre qui tient magistralement le récit dans son déroulement thématique, assisté d’un piano-forte qui soutient la partie récitative. Tout à son avantage, s’en donne à cœur joie avec des cordes soyeuses à souhait et des cuivres flamboyants. Les trois solistes homogènes sont en parfaite osmose avec la vision du chef. Pointures de la jeune génération, ils se partagent les rôles multiples, Gabriel et Eve pour la soprano coréenne , Raphaël et Adam pour le baryton bavarois et Uriel pour le jeune ténor Wurtembourgeois . Leurs magnifiques arias et duos les laissent quelque peu en retrait par rapport à la prédominance de l’orchestre et du chœur, mais la partition est conçue ainsi. Quant au chœur de la Capella Reial de Cataunya, il brille de tous ses feux dans les synthèses et la morale des différents épisodes, suivis à chaque fois d’une tonitruante louange au Créateur.

La notice érudite signée par Marc Vignal, éminent spécialiste de Haydn et de la musique du XVIIIᵉ siècle, se conclut par une citation du biographe de Haydn, Georg August Griesinger : « Sans doute n’est-il pas superflu d’évoquer en passant l’influence que peuvent avoir de telles œuvres sur l’éducation artistique et morale d’une nation. Jamais un prédicateur ne retrouvera dans ses descriptions de la grandeur du Créateur, de Ses ouvrages, de Ses bienfaits, ni dans ses efforts pour remplir les âmes de gratitude et de respect et pour nous faire dépasser notre condition matérielle, la force persuasive de l’effet combiné des paroles et de la musique dans La Création et Les Saisons. »

Comme à l’accoutumée avec les productions Alia vox, la présentation est très soignée avec un livret richement illustré de photos de l’enregistrement et une notice en six langues.

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Franz-Joseph Haydn (1732-1809) : Die Schöpfung Hob. XXI:2, oratorio sur un livret de Gottfried van Swieten d’après le Paradis perdu de John Milton. Yeree Suh, soparo ; Tilman Lichdi, ténor ; Matthias Winckhler, bayrton ; La Capella Reial de Catalunya ; Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall. 2 SACD hybrides Alia Vox. Enregistrés en mai 2021 à la Collégiale du château de Cardona (Catalogne). Livret en français, anglais, allemand, italien, castillan, catalan. Durée totale : 103:18

 
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