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Rameau : une explosion festive pour deux clavecins

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Fêtes persanes, symphonies à deux clavecins. Loris Barrucand et Clément Geoffroy, clavecins. 1 CD Château de Versailles Spectacles. Enregistré en décembre 2021 à l’église luthérienne St Pierre à Paris. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 59:42

 

Après un premier enregistrement remarqué consacré à Rebel et Boismortier chez le même label Versailles Spectacles, les clavecinistes et nous proposent quatre nouvelles suites pour deux clavecins, imaginées à partir des opéras de Rameau.

On sait que utilisait sa musique de clavecin comme laboratoire d’essai pour ses opéras à venir. Il a orchestré pour la scène plusieurs de ses propres pièces pour clavier, l’exemple le plus connu étant la fameuse danse des Sauvages des Indes Galantes, qui a d’abord existé sous forme de pièce de clavecin. Et dans la préface de ses Pièces de clavecin en concert, Rameau ouvre la voie à une grande liberté des interprètes en donnant le choix entre une exécution en quatuor ou pour clavecin seul.

Aucune musique concertante ne se prête donc mieux que celle de Rameau à une transcription pour clavier, dans un mouvement d’aller-retour que le compositeur a lui-même encouragé. Le fil conducteur choisi par les deux jeunes interprètes de cet enregistrement est l’évocation par Rameau d’un Orient rêvé, celle d’une Perse fantasmée, à l’image des récits des Mille et une nuits (traduits en français en 1717). Au début du XVIIIe siècle, le monde persan exerce une véritable fascination sur les Français lettrés, comme l’explique dans un texte de présentation remarquable. Chez Rameau, quatre de ses comédies-ballets trouvent leur inspiration dans cette mode orientaliste : Les Indes galantes, Les Boréades, Zaïs et Zoroastre. C’est à partir de ces opéras que les deux clavecinistes ont construit quatre suites de danses, dont la transcription pour deux clavecins permet de rendre tous les contrastes.

C’est dans les Ouvertures que les sonorités mêlées des deux instruments du facteur Émile Jobin sont les plus explosives. L’ouverture de Zaïs, en particulier, est un feu d’artifice d’où il nous semble voir jaillir les notes comme autant d’étincelles multicolores. Autre sommet, la célèbre Contredanse des Boréades, le dernier opéra de Rameau, avec sa polyrythmie volontairement boiteuse et ses dissonances savoureuses. Tout au long de ce joyeux programme, la grande virtuosité des interprètes et la précision de leur toucher sont au service d’une parfaite lisibilité : fusées jaillissantes, ornementation profuse et chatoyante, tout est remarquablement articulé et donne l’impression d’une facilité heureuse. La prise de son de Ken Yoshida est un modèle du genre et rend hommage à la sensualité de ces musiques festives.

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Fêtes persanes, symphonies à deux clavecins. Loris Barrucand et Clément Geoffroy, clavecins. 1 CD Château de Versailles Spectacles. Enregistré en décembre 2021 à l’église luthérienne St Pierre à Paris. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 59:42

 
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