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Paquita revisitée par le Ballet de l’Oural

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Ballet de l’Oural : Paquita. Ballet en trois actes (1881). Musique : Édouard Deldevez (1846) et Ludwig Minkus (1881) recomposée par Yuri Krasavin (2018). Livret : Paul Fouché et Joseph Mazilier (1846). Chorégraphie : Marius Petipa. Reconstitution : Sergei Vikharev et Slava Samodurov. Mise en scène : Slava Samodurov. Conception décors : Alyona Pikalova. Costumes : Elena Zaytseva. Lumières : Aleksander Naumov. Assistant du chorégraphe : Klara Dovzhik. Réalisation : Bertrand Normand. Avec : Ekaterina Malkovich, Paquita ; Arsenti Lazarev, Lucien d’Hervilly ; Maxim Klekovkin, Iñigo ; Orchestre de l’Opéra de l’Oural – Ekaterinbourg, direction : Fyodor Lednyov. 1 DVD / Blu-Ray Bel Air Classiques. Enregistré à l’Opéra de l’Oural en novembre 2021. Livret en français et anglais. Durée : 102 min.

 

Une reconstitution inédite de Paquita de Petipa remise au goût du jour par le Ballet de l’Oural à Ekaterinburg et captée par Bel Air classiques. Un étonnant mélange des genres et des époques, porté par une compagnie de haut vol.

De Paquita, on connaît en France la version remontée par Pierre Lacotte en 2000 et le célèbre Pas de trois du premier acte, avec deux variations féminines et une variation masculine souvent utilisées pour les concours internes du Ballet de l’Opéra de Paris ou les concours internationaux, et le non moins célèbre Grand pas classique du troisième acte. , danseur, chorégraphe et pédagogue du Théâtre Mariinsky mort en 2017, avait décidé de remonter pour le Ballet de l’Oural une nouvelle version de Paquita, après ses reconstitutions réussies de La Belle au bois dormant, Coppélia, La Bayadère, Raymonda ou La fille mal gardée. Il travaillait notamment à partir des notations de Nicholas Sergeyev, directeur du Ballet impérial du Théâtre Mariinsky à la fin du XIXᵉ siècle, dont les archives sont aujourd’hui conservées à la Bibliothèque Houghton de Harvard.

C’est à ce scrupuleux travail historique que l’on doit cette étrange Paquita, histoire d’amour entre une jeune gitane espagnole et un officier français en pleine occupation napoléonienne à Saragosse. Le livret original de 1846, date de la création du ballet à l’Opéra de Paris par le chorégraphe Joseph Mazilier, est cosigné du dramaturge Paul Foucher, d’après la nouvelle La Petite Gitane de Miguel de Cervantes. fit ses débuts à Saint-Pétersbourg l’année suivante, en 1847, avec sa première version personnelle de ce ballet romantique tardif, dans laquelle il interprétait lui-même le rôle principal masculin, celui de Lucien d’Hervilly. En 1881, il remanie largement le ballet, pour en faire un ballet classique russe, conservant le Pas de manteaux et le Pas de sept, présents dans la version de 1847 et ajoutant le Pas de trois au premier acte et surtout le Grand pas classique, d’une très grande complexité technique, qui témoigne de la virtuosité des compagnies qui l’exécutent.

Le Ballet de l’Oural propose aujourd’hui une captation de ce grand ballet d’une soirée, dans une production supervisée par , diplômé de l’Académie Vaganova et ancien soliste du Théâtre Mariinsky à Saint-Petersbourg. Le chorégraphe a repris et complété le travail de reconstitution entamé par , et y a superposé différentes strates temporelles. Il a, au passage, supprimé des parties de danse qui figurent pourtant dans la version reconstituée par Pierre Lacotte, comme la Polonaise des élèves de l’école de danse.

Le premier acte se déroule dans un superbe décor en grisaille inspiré de gravures anciennes, imaginé par Alyona Pikalova. A Saragosse, pendant l’occupation napoléonienne de l’Espagne, un monument en hommage au frère du Comte d’Hervilly et de sa famille, assassinés 15 ans plus tôt, est dévoilé en présence de la noblesse locale. Une idylle naît entre Paquita, la jolie gitane sous la coupe d’Iñigo, et l’officier Lucien d’Hervilly, fils du Comte. Des divertissements sont proposés, dont le célèbre Pas de trois, le Pas de manteaux et le Pas de sept. Paquita est incarnée par la mutine , dont les talents de comédienne vont être très utiles pour la suite du spectacle. Dans le rôle de Lucien d’Hervilly, on découvre le brillant . Les costumes très réussis et toniques d’Elena Zaytseva respectent les codes du ballet classique (tutu tuyauté et pointes pour les gitanes, jupe à mi mollet et chaussures de caractère pour les Espagnoles) mais sont stylisés, avec des couleurs vives et des formes géométriques.

Après un premier acte que l’on peut encore qualifier de conventionnel, le ballet prend un tout autre visage au deuxième acte. L’intrigue, un complot fomenté par le gouverneur de la province et Iñigo pour tuer Lucien d’Hervilly, se noue sous la forme d’un film expressionniste, avec des sous-titres, accompagné en direct au piano comme à l’époque du cinéma muet. On retrouve les personnages principaux, dans un décor anguleux et graphique en noir et blanc. L’essentiel de l’action se déroule sous la forme de pantomime, et cet acte ne comprend quasiment aucune danse.

Le voyage temporel continue au début du troisième acte, qui se déroule dans le foyer des artistes d’un théâtre, avant une représentation, de nos jours. Paquita et Lucien d’Hervilly sont alors des danseurs solistes de la compagnie, le directeur du théâtre et sa femme étant les parents de Lucien et le gouverneur de la province un mécène du théâtre. Là encore, pas de danse, mais une mise en scène qui s’inspire du « Regietheater » allemand, un style prosaïque que l’on retrouve aujourd’hui dans les mises en scène d’opéras contemporains.

Après ces deux intermèdes purement dramatiques, la danse reprend pleinement sa place dans le Grand pas classique, avec des costumes jaune vif et noir, dans une scénographie contemporaine simplement agrémentée d’une citation de William Shakespeare, sans rapport avec le spectacle. La forme abstraite voulue par Petipa triomphe dans ce morceau de bravoure purement chorégraphique, avec des solistes d’une absolue précision et des Coryphées à un très haut niveau de technicité. Cette dernière partie est un régal pour les yeux, même si la modification géométrique de la chorégraphie, passant de la diagonale du corps de ballet à des lignes droites en raison des spécificités scéniques du Théâtre d’Ekaterinburg, est un peu perturbante.

La nouvelle production modernisée de ce ballet, qui réserve de nombreuses surprises scéniques et scénographiques, est une réussite incontestable, soutenue par des partis-pris tranchés et une partition entièrement réorchestrée par le compositeur . Elle a été parfaitement captée par le réalisateur français Bertrand Normand pour Bel Air Media.

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Ballet de l’Oural : Paquita. Ballet en trois actes (1881). Musique : Édouard Deldevez (1846) et Ludwig Minkus (1881) recomposée par Yuri Krasavin (2018). Livret : Paul Fouché et Joseph Mazilier (1846). Chorégraphie : Marius Petipa. Reconstitution : Sergei Vikharev et Slava Samodurov. Mise en scène : Slava Samodurov. Conception décors : Alyona Pikalova. Costumes : Elena Zaytseva. Lumières : Aleksander Naumov. Assistant du chorégraphe : Klara Dovzhik. Réalisation : Bertrand Normand. Avec : Ekaterina Malkovich, Paquita ; Arsenti Lazarev, Lucien d’Hervilly ; Maxim Klekovkin, Iñigo ; Orchestre de l’Opéra de l’Oural – Ekaterinbourg, direction : Fyodor Lednyov. 1 DVD / Blu-Ray Bel Air Classiques. Enregistré à l’Opéra de l’Oural en novembre 2021. Livret en français et anglais. Durée : 102 min.

 
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