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La Symphonie n° 14 de Chostakovitch en version inédite par Nicolas Stavy

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 14 (version pour piano, percussions, soprano et basse, premier enregistrement mondial) ; Sonate (inachevée) pour violon et piano (1945) ; Quatre pièces pour piano solo (1917?-1919). Fragment de la Symphonie n° 10 de Gustav Mahler pour piano à quatre mains (premier enregistrement mondial). Nicolas Stavy, piano ; Cédric Tiberghien, piano ; Florent Jodelet, percussions ; Ekaterina Bakanova, soprano ; Alexandros Stavrakakis, basse. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en décembre 2021 à Brême, Allemagne. Durée : 76:27

 
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Dans la longue série des créations d'œuvres inédits de , révèle un morceau de choix avec cette transcription par le compositeur de sa crépusculaire Symphonie n° 14, complétée par plusieurs pièces de jeunesses ou inachevées.

tenait énormément à sa Symphonie n° 14, certainement la plus personnelle de son corpus symphonique, composée à l'hôpital et qu'il craignait de ne pouvoir jamais entendre. Crépusculaire, hantée par la mort, elle fut originellement écrite pour orchestre à cordes avant d'être rehaussée d'instruments à percussion, lesquels ajoutent un métallique et une résonance essentiels, lointain écho de l'ironie macabre de la danse de sabbat berliozienne de la Fantastique. On ignorait que le compositeur avait réalisé une transcription pour piano et percussions. Si la transcription pour piano était courante à l'époque en vue d'obtenir une autorisation d'exécution de l'Union des Compositeurs, et pour permettre aux chanteurs de se préparer avant les répétitions avec orchestre, la transcription pour piano et percussions n'avait pas de nécessité pratique. Il s'agissait donc pour le compositeur d'une version à destination du concert. La création mondiale de cette version n'eut lieu, avec les interprètes de ce disque, que le 7 novembre 2022 à la Philharmonie de Paris !

Pour la création en public et l'enregistrement – réalisé en studio en décembre 2021 – on retrouve un en grand ordonnateur, fournissant l'assise sur laquelle se construit l'interprétation collective. A Paris, dans la tension du concert et avec le fondu acoustique de la salle, la soprano se détachait davantage par un engagement expressionniste impressionnant, et officiait avec une précision et un impact qui captivaient l'attention. Au disque, la prise de son analytique et proche de chaque interprète fait perdre quelque peu la spatialisation, qui concourt à l'effet d'ensemble. Le velouté de la basse donne une chaleur qui adoucit la sévérité de la partition. On retrouve en somme les qualités spécifiques habituelles du concert et du studio : le premier a plus d'engagement et exacerbe la tension, le second offre l'équilibre et les nuances.

Les compléments sont secondaires mais ne manquent pas d'intérêt, en particulier le fragment de la Sonate pour violon et piano de 1945, de près de cinq minutes, qui sera repris dans la Symphonie n° 10. Alfred Schnittke, sollicité pour compléter cette sonate avait considéré que Chostakovitch n'avait pas poursuivi cette œuvre car l'exposition qui était composée était d'une telle ampleur que le développement aurait pris des proportions excédant le cadre d'une pièce de musique de chambre. On retrouve cette même ambition démesurée et finalement jugée déplacée par le compositeur dans le Mouvement symphonique inachevé composé la même année et qui devait devenir le premier mouvement de sa Symphonie n° 9. Et ce n'est sans doute pas un hasard si ce fragment de sonate sera repris dans la Symphonie n° 10, qui était la réponse d'un Chostakovitch qui pouvait enfin revenir à la vie musicale officielle après la mort du dictateur Staline. Ce fragment est le témoin intime de ce qu'est le travail d'un compositeur qui construit une œuvre universelle dans un régime politique dangereux pour la liberté de pensée. Un danger que malheureusement les artistes russes vivent encore aujourd'hui, avec par exemple l'interdiction aujourd'hui en Russie du film (russe) La Femme de Tchaïkovski de Kirill Serebrennikov.

Les pièces pour piano du tout jeune Chostakovitch composées entre 1917 et 1919 montrent un visage romantique et fort séduisant, que ce soit dans le funèbre (la Marche funèbre à la mémoire des victimes de la Révolution, qui fait écho à la Sonate n° 2 de Chopin), ou l'élégiaque Toska aux accents schubertiens.

L'album se conclut par une transcription fragmentaire de la Symphonie n° 10 de Mahler, réalisée sans doute par Chostakovitch dans les années 1920 pour la présenter aux membres de la toute jeune Société Mahler créée à Leningrad par son ami Ivan Sollertinski.

Un album qui compte dans la discographie de Chostakovitch, pour la découverte des ces partitions, et pour ce que ces inédits révèlent du compositeur, de ses choix, de ses combats. L'interprétation est d'une grande intégrité, toute au service du compositeur. Soulignons également la qualité de la notice (traduite avec soin en français) par Elizabeth Wilson.

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 14 (version pour piano, percussions, soprano et basse, premier enregistrement mondial) ; Sonate (inachevée) pour violon et piano (1945) ; Quatre pièces pour piano solo (1917?-1919). Fragment de la Symphonie n° 10 de Gustav Mahler pour piano à quatre mains (premier enregistrement mondial). Nicolas Stavy, piano ; Cédric Tiberghien, piano ; Florent Jodelet, percussions ; Ekaterina Bakanova, soprano ; Alexandros Stavrakakis, basse. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré en décembre 2021 à Brême, Allemagne. Durée : 76:27

 
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