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Les Messes pour orgue de Couperin avec Olivier Latry et Jean-Yves Haymoz à Versailles

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François Couperin (1668-1733) : Messe à l’usage des paroisses ; Messe propre pour les couvents (1690). Olivier Latry à l’orgue de la Chapelle royale de Versailles. Chant sur le livre alterné : Ensemble vocal, direction : Jean-Yves Haymoz. 2 CD Château de Versailles Spectacles. Enregistrés en janvier et avril 2022. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 66:07 + 54:51

 
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Dans la magnifique et généreuse nef de la Chapelle royale de Versailles, les deux Messes pour orgue de rehaussées d'un plain-chant lumineux sonnent en gloire sous les doigts inspirés d'.

Les Messes pour orgue de sont largement représentées au disque. De nombreux organistes intéressés par l'orgue classique français ont proposé leur version, traduisant souvent de fort belles réussites par le choix des instruments et des diverses propositions de plain-chant alterné. En effet, depuis les années 1950 et la naissance d'une discographie vinyle en plein essor, on a vu fleurir au fil des années une trentaine de versions, mettant en valeur tel ou tel orgue historique. André Marchal fut l'un des premiers, à l'orgue du Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe). Cette période fut celle de la redécouverte des répertoires classiques français et surtout d'une manière de jouer qui se voulait déjà historiquement informée, avec en particulier Michel Chapuis en tête qui révéla alors ces œuvres à la fin des années 60 sur le magnifique instrument historique de Saint-Maximin. D'autres musiciens suivirent cette voie y compris certains peu habitués à ce répertoire. Pierre Cochereau, initié aux notes inégales (manière particulière de rythmer les croches) enregistra suivant ces enseignements ce livre d'orgue à Notre-Dame de Paris. Par la suite, ces pièces, devenues familières aux mélomanes, tentèrent de nombreux organistes jusqu'à nos jours, offrant un choix discographique abondant.

Vers l'âge de vingt ans, compose deux Messes pour orgue qui resteront ses seules compositions dédiée à cet instrument. La première dite « à l'usage ordinaire des paroisses pour les fêtes solennelles » s'adresse à un orgue d'importance, de 16 pieds, tel que l'on pouvait en trouver dans les cathédrales ou de grandes églises comme Saint-Gervais à Paris où il était titulaire, comprenant un pédalier de large tessiture. L'écriture réclame des caractéristiques bien précises sur le type d'instrument, l'auteur indiquant les mélanges de jeux à utiliser. La seconde Messe dite « propre pour les couvents de Religieux et Religieuses » est écrite pour un orgue de plus petite taille (8 pieds) que l'on trouvait habituellement dans les abbayes, avec un pédalier plus court, ce dont Couperin tient compte dans son écriture.

A Versailles, les proportions de l'orgue sont intermédiaires et conviennent pour ces œuvres dans leur ensemble. offre ici une très belle version, par une utilisation très mesurée et véridique de l'orgue, à la fois rayonnante et intime. Les tempi sont parfaitement adaptés à l'acoustique généreuse de la chapelle et l'ornementation chatoyante qui agrémente le discours renforce l'émotion de cette musique, notamment dans les pièces méditatives que sont les Tierces ou les Cromornes en taille. L'orgue est utilisé suivant l'une ou l'autre des Messes à l'échelle d'un instrument de cathédrale ou de couvent.

Chaque cathédrale, chaque diocèse, utilisait un plain-chant qui pouvait varier dans sa présentation. Les mélodies, l'ornementation, l'homophonie ou la polyphonie étaient autant de paramètres qui fluctuaient en fonction des lieux et des traditions. Au XVIIᵉ siècle, le compositeur Henry Du Mont écrit plusieurs Messes royales en plain-chant musical. Ces œuvres sont idéales pour la pratique de « l'Alternatim », c'est à dire un dialogue alterné entre les versets de l'orgue et l'ordinaire de la messe, suivant ici la technique du chant sur le livre qui rajoute une ou plusieurs voix, dont certaines sont improvisées. Ainsi, tout le texte de la liturgie est exposé soit à l'orgue, soit au chœur. C'est la Messe du 6ᵉ ton de Dumont qui a été choisie ici pour s'insérer harmonieusement avec les interventions musicales de Couperin pour sa Messe pour les Couvents et la Messe IV « Cunctipotens genitor Deus » choisi par Couperin lui-même pour celle « à l'usage des Paroisses ».

Fidèle à cette pratique du chant sur le livre, Jean-Yves Haymoz dirige le groupe vocal en mettant l'accent sur la variété des interventions : plain-chant tantôt à la basse, au ténor, à une ou plusieurs voix, faisant de cette version une découverte dans toutes les possibilités que peut offrir une simple ligne de mélodie latine. Les six voix mixtes du petit groupe vocal forment ainsi un ensemble équilibré qui joue à parts égales avec l'orgue. Le déroulement musical de la Messe est ainsi complet, y compris le motet incontournable placé à la fin de la cérémonie, juste avant la conclusion de l'ensemble : le fameux Domine salvum fac Regem (Seigneur, sauvez le Roy).

Cet enregistrement devient désormais l'une des références de l'œuvre en ce lieu emblématique où François Couperin fut lui-même organiste titulaire. Sa musique rayonne, portée par des musiciens spécialistes de cet art baroque français. Encore un très bel ensemble dans la collection autour de l'orgue historique du Château de Versailles, enrichi par une prise de son véridique et une iconographie très soignée.

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