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Anna Netrebko, diva assoluta en récital à Paris, la musique retrouvée

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 11-X-2023. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Mélodies et Romances. Anna Netrebko, soprano. Pavel Nebolsin, piano.

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C'est avec un plaisir non dissimulé qu'on retrouvait hier soir la soprano et le pianiste sur la scène de la Philharmonie, dans un programme exclusivement composé de mélodies et romances russes de Rimski-Korsakov, Serge Rachmaninov et .

Pour l'exercice périlleux du récital, mettant la voix à nu, a choisi de ne chanter que dans sa langue maternelle, éludant ainsi quelques problèmes de diction qui ont pu lui être parfois reprochés. Diva ? Vous avez dit diva ? Véritable prima donna du XXIᵉ siècle séduit tant par la qualité de son chant que par son imposante présence scénique reconnue depuis des années sur toutes les scènes lyriques internationales, mais quid du récital, nécessairement plus intimiste ?

La première partie ne dégage finalement que peu d'émotion, quelque peu entachée par une théâtralité un rien excessive et hors de propos dans les mélodies souvent mélancoliques de Rimski-Korsakov écrites pour l'essentiel entre 1865 et 1898. Dès sa première mélodie « Ce dont je rêve en secret » (op.40) tout est dit, et on reste subjugué face à la beauté et l'onctuosité du timbre charnu sans aucun vibrato et à l'aisance vocale confondante d'Anna Netrebko ; admiratifs sans aucun doute, mais en même temps surpris par l'étonnante déambulation de la soliste autour du piano dans des « chorégraphies » au charme kitsch un peu douteux qui détournent l'attention de l'auditeur et nuisent à la nécessaire intériorité du chant, sans toutefois altérer en rien la qualité de la projection qui reste souveraine.

Toutes les évocations naturalistes suivantes (le Vent, l'Alouette, les Monts de Géorgie, la Rose et le Vin, la Chanson de Zuléika, le Rossignol, l'Hymne au soleil extrait du Coq d'Or, la Nymphe, la Fille de neige ou le Songe d'une nuit d'été) sont prétexte à faire valoir les talents de conteuse et la perfection d'un chant puissant qui remplit aisément la grande nef de la Philharmonie. Riche en couleurs et en nuances, porté par un souffle infini on y admire l'étendue impressionnante de l'ambitus. On savoure avec délice les graves bien timbrés de l'Alouette, les aigus filés de la Chanson de Zuléika, autant que la fluidité et la sensualité de la ligne dans la Nymphe ou dans le Songe d'une nuit d'été baigné d'un intense sentiment d'urgence.

La seconde partie dévolue aux romances de Rachmaninov et surtout de Tchaïkovski ne souffre d'aucune réserve, immédiatement convaincante par l'adéquation étroite existant entre la beauté du chant et l'engagement scénique plus mesuré, plus intériorisé comme habité, en un mot plus sincère et mieux adapté au thème de l'amour largement développé dans ces mélodies romantiques. La perfection vocale atteint ici son acmé par l'éloquence du phrasé et l'excellence de la diction comme par la large palette de couleurs qui caractérisent toutes ces miniatures, exaltées par l'émotion d'un sublime legato dans une interprétation à fleur de peau où le piano de subtil, raffiné s'affirme comme un partenaire complice, non seulement par sa délicatesse dans « Rêves » (op. 8 de Rachmaninov), mais aussi dans les romances de Tchaïkovski où il trouve un terrain de choix. Tantôt engagé, dramatique, tourmenté ou pesant dans « Oublier », « Nuit de folie » ou « J'étais pourtant comme un brin d'herbe », tantôt joyeux et dansant dans « Sérénade », attendrissant dans « Le soleil s'est couché », omniprésent et véhément dans « Que règne le jour » qui conclut ce beau récital sur un message plein d'espoir, avant qu'un superbe extrait de Francesca da Rimini de Rachmaninov, donné en « bis » ne fasse lever le public de la Philharmonie pour une « standing ovation » bien méritée.

Crédit photographique : © Olga Rubio Dalmau

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 11-X-2023. Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Mélodies et Romances. Anna Netrebko, soprano. Pavel Nebolsin, piano.

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