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La Finlande à l’honneur à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie, grande salle Pierre-Boulez. 15-II-2024, 20h. « Hommage à Saariaho ». Kaija Saariaho (1952-2023) : Aile du songe, pour flûte et orchestre de chambre (2021), Notes on light, pour violoncelle et orchestre (2006) ; Jean Sibelius (1865-1957) : Les Océanides (1914) ; Magnus Lindberg (né en 1958) : Kraft, pour solistes et orchestre, avec électronique (1983-1985). Sophie Cherrier, flûte ; Anssi Karttunen, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Esa-Pekka Salonen ; Ensemble Intercontemporain, direction : Aliisa Neige Barrière. Manuel Poletti, électronique Ircam. Julien Aléonard, diffusion sonore Ircam

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, , : dans cet « Hommage à Saariaho », plusieurs interprètes finlandais célèbrent leurs compatriotes compositeurs. Deux chefs, deux phalanges : , , l' et l'. , violoncelliste quasi attitré de la compositrice, figure parmi les solistes d'une soirée explorant toutes les textures orchestrales.

Ce concert à la mémoire de , disparu l'année passée, fait entendre tout d'abord Aile du songe, pour flûte et orchestre de chambre (2021), réécriture pour effectif plus réduit de L'Aile du songe, concerto pour flûte et orchestre sans vents (2000-2001). D'où, peut-être, un sentiment d'incertitude, de vide ou de perte de densité qui flotte au-dessus d'un EIC un peu atone, en particulier dans « Aérienne », la première partie. Peut-être aussi l'émotion a privé d'une partie de ses moyens la cheffe , fille de la compositrice et du compositeur Jean-Baptiste Barrière. Parce que, dans la musique spectrale, conçue « comme une articulation en puissance de mouvements, de qualités et de masses » (Hugues Dufourt : La Musique spectrale / Une révolution épistémologique), le son est énergie, non plus simple nombre, et la primauté est donnée au devenir du matériau. Ici, les trois mouvements s'enchaînent de manière linéaire, sans qu'augmente l'intensité ni que s'ouvre l'espace, ce qui se passe normalement dans « D'autres rives », dernier mouvement. Mais cette impression disparaît dans le sursaut qu'occasionne « Terrestre », seconde partie plus expressive qui s'ouvre sur les pirouettes de la flûte incarnant l'« Oiseau dansant » et entraînant l'orchestre à sa suite. Entre sons purs, phonèmes chuchotés, cris, poussées dans les suraigus, etc., se montre le digne épigone de Camilla Hoitenga, la dédicataire de l'œuvre. , visiblement affectée, salue le public, remercie l'orchestre en portant la main au cœur puis brandit la partition.

reçut du festival de musique de Norfolk (Connecticut) la commande de ce qui allait devenir Les Océanides (1914), poème symphonique dont le titre renvoie aux nymphes qui, dans la mythologie grecque, règnent sur les fonds marins. Ce sont donc leurs jeux et la puissance de l'océan qui sont évoqués dans une partition beaucoup plus compacte que La Mer de Debussy, d'esprit plus moderne. Ici, la densité de l'orchestre est explorée dans un esprit romantique. Les différents effets (nombreux crescendos-decrescendos, trilles, roulements du son d'un pupitre à l'autre…) sont parfaitement rendus par l' dirigé par la poigne d'.

Dès les premières mesures de Notes on light, pour violoncelle et orchestre (2006) jouée par le violoncelle seul, on reconnaît la patte de , qui ne se lance pas dans un discours, mais ouvre un espace, celui du rêve éveillé. Une partition très concentrée, qui allie une grande expressivité et le calme de l'intériorité dans un climat toujours mystérieux. Cinq mouvements – « Translucent, secret », « On Fire », « Awakening », « Eclipse » et « Heart of light » – dessinent les contours de ce rêve les yeux ouverts, puisqu'il s'agit de donner à entendre toutes les nuances de la lumière, de la transparence à l'ombre, en passant par l'éclat, le halo, le miroitement, le poudroiement et l'embrasement. creuse cette matière – la lumière, c'est le violoncelle – avec la sûreté du créateur et dédicataire de l'œuvre. La masse obscure, c'est l'orchestre (de Paris ici), qui ne menace pas, mais prend toutes les formes sensuelles d'un tournoiement magnifiquement rendu par le mariage des timbres, si chers à la compositrice, des bois (flûte, hautbois, clarinette, basson), de la harpe et du célesta, entre autres instruments.

Kraft, pour solistes et orchestre, avec électronique (1983-1985) de n'y va pas par quatre chemins, et l'auditeur ayant décliné l'offre d'une paire de boules Quies reçoit une formidable masse sonore qui s'abat avec toute la force (Kraft en allemand) possible. Cette musique bruitiste dominée par toutes sortes de percussions, y compris un escabeau et une grosse bombonne d'eau, est spatialisée par un système de haut-parleurs et par les incessants déplacements des solistes, sur scène mais aussi entre les rangs de l'assistance. Il n'y a pas un moment de silence dans tout ce charivari où se télescopent les tensions contraires d'une situation constituée de couches dissemblables et toujours menacée de désintégration pour mieux évoluer vers une nouvelle configuration. dirige les deux formations avec la détermination et la précision nécessaires. Ils sont amplement récompensés par les manifestations d'amitié du compositeur et les hourras du public.

Crédit photographique : © Christophe Abramowitz

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Paris. Philharmonie, grande salle Pierre-Boulez. 15-II-2024, 20h. « Hommage à Saariaho ». Kaija Saariaho (1952-2023) : Aile du songe, pour flûte et orchestre de chambre (2021), Notes on light, pour violoncelle et orchestre (2006) ; Jean Sibelius (1865-1957) : Les Océanides (1914) ; Magnus Lindberg (né en 1958) : Kraft, pour solistes et orchestre, avec électronique (1983-1985). Sophie Cherrier, flûte ; Anssi Karttunen, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Esa-Pekka Salonen ; Ensemble Intercontemporain, direction : Aliisa Neige Barrière. Manuel Poletti, électronique Ircam. Julien Aléonard, diffusion sonore Ircam

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