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Les derniers jours de Richard Wagner, une fiction toute en nuances

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Les derniers jours de Richard Wagner (roman) Roland Brival. Caraïbéditions, 416 pages. 21,30€. 2023

 
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Parler d'un écrit sur , que ce soit un roman ou une biographie, est une entreprise périlleuse. La vérité sur le sujet aujourd'hui tabou du racisme et de l'antisémitisme reste un serpent de mer pour le monde des idées qui accuse systématiquement Wagner d'en être le modèle.

Dans son roman Les derniers jours de , l'écrivain Roland Brival, originaire de la Martinique, a créé une fiction envoûtante pour en parler à partir d'un manuscrit inédit, racontant en forme de journal intime les mémoires d'un certain Barnabé Morel, esclave affranchi. Engagé pendant l'hiver 1882-1883 au Palais Vendramin de Venise, celui-ci fut valet de chambre au service de la famille Wagner.

Grâce à la mise en abîme de trois textes – Brival l‘auteur, Morel l'Antillais et Soulanges le « découvreur » du manuscrit, le séjour de Venise est ponctué d'épisodes qui mènent habilement l'action, de l'époque coloniale jusqu'à nos jours. L'empressement du vieux valet Barnabé lui permet de nous conter le quotidien du génial magicien de Bayreuth dans ses derniers jours, en proie à des incidents cardiaques et à des disputes homériques avec son épouse-mante-religieuse, Cosima. On découvre alors la mésentente conjugale que l'on avait devinée en lisant le fameux Journal de Cosima, document authentique, publié en 1977 chez Gallimard. Mais en apercevant la mise en scène à l'intérieur du ménage des Wagner, on comprend mieux la vie quotidienne, avec le personnage de l'artiste « nerveux et impressionnable à l'excès », aux côtés d'une femme qui a sacrifié toute sa famille et sa vie pour un homme qui ne lui demandait pas tant. Les situations décrites par les biographes de Wagner et le journal de Cosima permettent aussi à Barnabé de déclarer tout ce qu'il dit sur ses maîtres, qui contredisent les clichés en usage contre le compositeur, les faux-semblants de son entourage et l'hypocrisie commune aux deux époux pour faire paraître une sorte de paix familiale. Pour le lecteur, le danger de succomber aux idées reçues plane toujours, même pour celui qui sait qu'il se trompe.

Il faut signaler toutefois quelques injustices, même pour un roman. Notamment les poèmes de , sa muse un peu encombrante pour Tristan, qui sont incontestablement les siens. Contrairement à ce qui est insinué dans le texte, ils n'étaient pas écrits par Wagner pour elle. La correspondance entre Richard et Mathilde, le Journal de Venise et moult autres documents, censurés par Cosima sont restés dans la doxa de l'establishment fixé par la famille Wagner après la mort du Maître. Ils n'ont jamais été publiés dans leur intégralité, tandis que nous avons trouvé à l'époque de l'édition consacrée à Madame Wesendonck, les parties manquantes et des lettres inédites adressées à la famille de Mathilde. Le mythe et le mensonge orchestré par Cosima, suggéré modérément par Brival, ont été soigneusement transmis aux générations ultérieures, jusqu'aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Au moment de la mort de , l'auteur nous gratifie de la dévotion d', chef d'orchestre élu par Wagner pour Parsifal. En effet, tout laisse à croire que dans les dernières années de sa vie, Wagner avait complètement renié ses opinions antisémites, contrairement à son épouse Cosima qui devint la prêtresse du temple.

Plus qu'une « folie wagnérienne » comme diraient certains, la vraisemblance de ce roman est un commencement. Peut-être une prise de conscience pour remédier à un oubli ou pour réparer une faute. Pas spécialement celle d'un Noir ou d'un Juif, mais celle du cœur de l'humain.

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