La Scène, Spectacles divers

Florentin Ginot seul en scène sur le plateau du Théâtre de la Cité internationale

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Paris. Théâtre de la Cité internationale. 28-III-2024. Disturbance : conception musique & lumière, traitement vidéo live, performance, Florentin Ginot ; vidéo Janet Sinica ; création lumière Simon Gautier ; création son Yann Bouloiseau ; régie lumière et vidéo, Valentin Mouligné ; diffusion Cléo Michiels (L’Équipage).

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Concepteur et performer, est seul en scène, pieds nus et tout de noir vêtu dans son nouveau spectacle Disturbance qui associe intimement la lumière, le flux sonore et la vidéo de avec qui il collabore depuis de longues années.

 

Contrebassiste hors norme et membre de l'Ensemble Musikfabrik de Cologne, aime mettre son instrument en scène dans un spectacle total dont il maîtrise toutes les composantes. On se souvient de l'ambitieux Dead trees give no shelter vu à Marseille en 2022. Depuis 2019, il s'investit dans l'univers de l'électronique et les outils analogiques que sont les synthétiseurs modulaires. Il en a trois sur sa table dont il joue en direct et en alternance avec la contrebasse qui trône à quelques pas de là. Un poème d'Emily Dickinson, visible et traduit dans le programme de salle, est au cœur du projet et de la dramaturgie : We dream – it is good we are dreaming –.

Le spectacle commence dans l'obscurité ; on distingue à peine la longue silhouette du musicien – la machine à fumée aidant – qui mixe à sa table avant l'arrivée des images ; musique au spectre large, et au temps long, à la marge de la distorsion, qui embrase l'espace et distille d'emblée les effluves du rêve. La projection du son comme celle des images est contrôlée par le logiciel Ableton dans une même synergie du flux. Des voix remixées mêlées aux fréquences purement électroniques réchauffent la trame sonore tandis que les images louvoient entre scènes de fiction et abstraction colorée d'une belle étrangeté. Le confort d'écoute est idéal et l'immersion totale, favorisée par une projection vidéo sans bord (extrapolant la dimension de l'écran) qui nous fait perdre nos repères spatio-temporels. La première séquence s'arrête net, le temps pour d'aller à sa contrebasse. Elle est amplifiée et reliée à des pédales d'effets : musique de trames toujours, jouant sur la coloration et la distorsion du spectre opérées avec finesse par le jeu de l'archet et celui des pédales qu'actionne le performer.

Saisissante, la séquence centrale est en phase directe avec le titre Disturbance (perturber, déranger, troubler, en anglais). Parlons d'abord des images superbes de : friches industrielles et pierres dormantes sous la neige et le givre, filmées dans la région de la Ruhr et les environs de Cologne ; gros plans sur des visages et des figures antiques. La musique qui les accompagne est comme empêchée, parasitée, morcelée, effritée, rappelant l'intermodulation (glitch) d'un Stockhausen. S'entendent dans le lointain, plus lisses et plus flottants, les bariolages de l'Arpeggiata de Karl Friedrich Abel… Florentin revient à sa contrebasse, explorant plus avant les « disturbances » du son (granulations, bruit blanc, saturation) sous l'effet de l'archet et des pédales. Le dernier set, à la table de mixage, est jubilatoire : solo incandescent de guitare électrique mêlé aux « claquements cinétiques » de l'électronique. D'autres extraits musicaux y sont remixés comme cette Banda de Cornetas y tambores « Maria Santisima de la Palma » que cite Florentin Ginot dans sa note de programme, donnant le relief et les couleurs de ce « plein-jeu » électronique.

Sur l'écran, reviennent certaines images déjà vues et d'autres plus mouvantes encore. La coda très épurée où une femme vue de dos avance en murmurant d'une voix douce le poème d'Emily Dickinson, prolonge le rêve que les derniers sursauts des synthétiseurs viennent balayer d'un geste sans appel.

Crédit photographique : © Frederike Wetzels

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Paris. Théâtre de la Cité internationale. 28-III-2024. Disturbance : conception musique & lumière, traitement vidéo live, performance, Florentin Ginot ; vidéo Janet Sinica ; création lumière Simon Gautier ; création son Yann Bouloiseau ; régie lumière et vidéo, Valentin Mouligné ; diffusion Cléo Michiels (L’Équipage).

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