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Hervé selon Dominique Ghesquière : l’Offenbach so british

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Hervé entre France et Angleterre, Le rival oublié d’Offenbach. Dominique Ghesquière. Editions Delatour France. 303 pages. 33 €. Mai 2024.

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Les Clefs d'or

Dans l'ombre d'Offenbach, Florimond Ronger, dit « », n'en est pas moins une figure emblématique de l'opéra bouffe français du XIXe siècle, faisant même oublier à certains, dont ses contemporains, qu'il en est à l'origine.

Après son ouvrage , un musicien paradoxal, Dominique Ghesquière réhabilite de nouveau avec ce nouvel opus entre France et Angleterre. Le rival oublié d'Offenbach, un musicien complet de la scène lyrique française – et britannique ! – : compositeur, auteur, chanteur, directeur d'orchestre et organiste multiforme et hybride.

Une fois la renommée parisienne du « compositeur toqué » retracée dans les grandes lignes, l'auteur concentre son étude à sa carrière outre-Manche, les Anglais lui ouvrant les portes de la scène lyrique londonienne en 1870 grâce à son Chilpéric. Dans un style fluide, Dominique Ghesquière choisit de découper son texte en consacrant un chapitre à chaque ouvrage lyrique, productions anglaises ou importations françaises, selon l'ordre chronologique de leur création britannique. Au lieu d'une analyse musicale approfondie, l'auteur choisit de privilégier les documents d'époque en retranscrivant de longs extraits de la presse spécialisée des deux capitales. Dans la même ligne de cette démarche, de nombreuses illustrations, particulièrement bien éditées, immergent le lecteur dans cette production éclectique et foisonnante : lithographie de scènes emblématiques de ces productions lyriques, portraits choisis des différents protagonistes rencontrés au fil des pages, affiches de spectacle, couvertures de partitions éditées, caricatures d'artistes interprétant l'œuvre d'Hervé, carte postale du Carnaval de Nice de 1890 où parade un char consacré au Petit Faust…

Dominique Ghesquière retrace avec attachement l'activité débordante de son héros, hyperactif musicalement avec ces aller-retour incessants entre Paris et Londres où il est joué simultanément. Il retrace ainsi les spécificités de ces deux cultures lyriques selon le style surréaliste de ses productions qu'Hervé mène dans toutes ses composantes – même sur scène en tant qu'interprète ! -, tout aussi ambivalent sur le plan personnel avec une seconde famille britannique malgré une femme en France, et sa naturalisation anglaise qu'une certaine presse française lui fera payer avec bassesse à son retour.

On retrouve les codes de la recherche universitaire, le foisonnement de notes de bas de page privilégiant plusieurs lectures : celle d'abord du texte principal, puis dans un second temps, cette multitude d'informations « complémentaires », qui ont elles aussi leur importance. En somme cette présentation permet une dynamique de lecture différente selon l'humeur du lecteur.

Dominique Ghesquière contextualise son récit avec mesure et justesse, innovant dans son dernier chapitre en retraçant la succession de Florimond Ronger, affaire familiale difficile à mener, qui a finalement amené à la constitution du Fonds Hervé à la Bibliothèque de l'Opéra.

Cerise sur le gâteau : l'objet-livre est très beau, la maison d'éditions ayant choisi un grand format offrant ainsi des pages aérées et largement illustrées, tout comme une impression en couleurs de grande qualité dont bénéficient les nombreuses annexes de l'auteur. Il y expose notamment un « cahier iconographique » (Annexe 7) digne d'un livre d'art. Quel beau préambule pour se préparer au bicentenaire de la naissance d'Hervé l'année prochaine !

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Hervé entre France et Angleterre, Le rival oublié d’Offenbach. Dominique Ghesquière. Editions Delatour France. 303 pages. 33 €. Mai 2024.

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3 commentaires sur “Hervé selon Dominique Ghesquière : l’Offenbach so british”

  • C DOUCIERE dit :

    Ouvrage que je vais m’empresser de commander. Un petit mot pour Jacques Rouchouse, grand défenseur d’Hervé et décédé récemment aurait été le bienvenu.

  • Ghesquiere Dominique dit :

    Un grand merci à Madame Charlotte Saulneron pour sa critique chaleureuse de mon travail sur Hervé entre France et Angleterre. Plus de cinq années de recherches, mais quel honneur et quel bonheur de ressentir combien la minutie de mes fouilles théâtrales, musicales et généalogiques, de part et d’autre de la Manche, ont été appréciées et parfaitement analysées ici. Et le « so british » titrant votre article me plait beaucoup;
    Ce n’est pas sans émotion, Chère Madame, que j’ai lu vos lignes, elles m’ont infiniment touché.
    Avec ma respectueuse sympathie,
    Dominique Ghesquière.

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